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COP24 en Pologne

Pourquoi la politique climatique belge est peu ambitieuse ?

Rebecca Thissen Rebecca Thissen
4 décembre 2018

Ce dimanche 2 décembre, 75 000 personnes manifestaient dans les rues de Bruxelles pour des politiques climatiques plus ambitieuses. Où en est la Belgique ? Qu’est-ce qui est déjà mis en place ? Qu’attendons-nous concrètement de la Belgique ? Au lancement de la COP24, la Conférence des Nations Unies pour le climat, qui se tient cette année à Katowice, en Pologne, et au lendemain de la plus grande marche jamais organisée pour le climat en Belgique, revenons sur les grandes occasions politiques manquées de ces derniers mois.

Une foule qui scande « au boulot ! » à ses décideurs politiques, des rues pluvieuses inondées de dizaines de milliers de manifestants, un dimanche de décembre, des centaines de slogans humoristiques, créatifs, parfois plus piquants, le signal est clair. Les citoyens belges, venus des quatre coins du pays, demandent du changement. L’urgence climatique est là, mais la politique climatique belge manque toujours cruellement d’ambition. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Voici trois occasions politiques manquées ces derniers mois.

Muette comme une carpe sur la scène européenne

S’il est un point commun entre le Premier Ministre et les quatre ministres régionaux et fédéral du climat, c’est le discours sur l’ambition politique. Le soir de la marche pour le climat, le Premier Ministre Charles Michel s’exprimait sur twitter : « La marche pour le climat est un formidable succès de mobilisation citoyenne. La question climatique doit être une préoccupation centrale au service des générations futures. La Belgique qui a finalisé son Plan Energie Climat défendra des objectifs ambitieux ».

Pourtant, sur la scène européenne, la Belgique a manqué deux occasions politiques en or de prouver qu’elle défend des objectifs ambitieux. Elle est ainsi restée muette quand, en avril dernier, une coalition de huit pays volontaristes s’est formée, avec notamment nos voisins, le Luxembourg, les Pays-Bas et la France. Par cette déclaration, tous appellent à un rehaussement des ambitions climatiques européennes et à une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55% d’ici 2030 [1]. La Belgique, proche de ses voisins, et en particulier dans le cadre de son alliance historique avec les Pays-Bas et le Luxembourg (BENELUX), a été invitée à de nombreuses reprises à rejoindre cette coalition. Sans succès. Plus récemment, à la veille de la COP 24, une déclaration pour un renforcement de l’action climatique de l’Union européenne a été initiée par la présidence autrichienne. Une quinzaine d’Etats l’ont signée mais pas la Belgique [2].

Avec des discours forts et encourageants tant de la part de Didier Reynders aux Nations Unies que de Charles Michel [3], l’automne nous a laissé l’espoir d’une concrétisation de ces discours sur l’ambition climatique. Pourtant, on a constaté avec amertume l’absence de la Belgique aux événements climatiques clés : que ce soit au Dialogue Talanoa Benelux, au Conseil des ministres européens de l’Environnement ou à la réunion préparatoire de la COP24 à Cracovie, aucun ministre belge n’était présent. Plus triste encore, alors que de nombreux chefs d’Etat ou de gouvernement ont pris la parole à Katowice pour le lancement de la COP 24 ce lundi 3 décembre, là aussi la Belgique était absente.

La Belgique est divisée, alors que les Parlements belges sont unis !

Initiative unique pour la politique climatique belge : une résolution commune sur le climat en vue de la COP24 a été adoptée dans tous les parlements du pays. Un texte a été travaillé par des députés des Parlements régionaux et fédéral, puis soumis au vote dans tous les Parlements. Par cette résolution, les parlementaires belges de tous les partis demandent aux gouvernements wallon, bruxellois, flamand et fédéral de respecter l’Accord de Paris. En d’autres mots et sachant que les objectifs belges ne sont actuellement pas alignés sur l’Accord de Paris, cela revient à exiger un rehaussement sensible des objectifs climatiques actuels.
Pourtant, alors que les députés de tous les partis politiques ont soutenu cette résolution, chaque ministre du Climat semble toujours considérer que les autres sont responsables, mais pas eux. L’exemple le plus caricatural est celui de la Ministre Marghem qui pointe la Flandre du doigt dans les médias.

Cette tendance volontariste au niveau parlementaire a été suivie par le Parlement européen : une résolution a été adoptée le 25 octobre dernier en plénière demandant - 55% et zéro émissions nettes en 2050. On notera d’ailleurs que plusieurs eurodéputés belges de la majorité ont voté en faveur de cette résolution, et donc de cet objectif plus ambitieux. Il serait dès lors cohérent de porter cette demande au niveau national également.

« Action ! »

On le voit, nombreuses ont été les occasions politiques manquées ces derniers mois. Cette année s’annonçait pourtant particulièrement importante politiquement pour le dossier climatique, avec la sortie du rapport du GIEC en octobre et le premier bilan mondial des Nations Unies suite à l’accord de Paris. La Belgique n’a pas de quoi être fière de sa politique climatique. Selon un rapport publié par le réseau européen d’ONG Climate Action Network Europe, la Belgique se situe en 16e position dans le classement des pays européens au regard de leurs politiques et mesures de lutte contre le changement climatique. Nos émissions augmentent depuis 2014, principalement à cause des secteurs du transport et du bâtiment. Nous n’atteindrons pas nos objectifs climatiques pour 2020 et nous ne sommes vraisemblablement pas sur la bonne voie pour ceux de 2030. L’ONG dénonce également le silence de Belgique quant à la nécessité de mettre en œuvre une transition vers une Europe zéro carbone et l’absence de vision à long terme pour 2050.

Une des raisons qui explique ce résultat médiocre est le manque de cohérence et de concertation entre les régions et le fédéral

Une des raisons qui explique ce résultat médiocre est le manque de cohérence et de concertation entre les régions et le fédéral. Avec quatre ministres compétents aux commandes, difficile d’établir une stratégie commune. On assiste plutôt à un renvoi de balle constant entre les différentes entités, scénario dans lequel tout le monde est compétent mais personne n’est responsable. La dynamique doit être inversée et une coopération active doit permettre notamment de parvenir, d’ici la fin de l’année, à une annonce du rehaussement des ambitions belges en matière de lutte contre le réchauffement pour rejoindre la coalition des Etats européens les plus ambitieux. Par ailleurs, à très court terme, la Belgique doit finaliser son plan national énergie climat intégré et nous démontrer qu’il est cohérent avec les objectifs de l’Accord de Paris. En plus du court terme, il est indispensable d’avoir une vision à long terme claire pour viser une société zéro carbone en 2050 au plus tard.
Ce dimanche 2 décembre, nous étions 75 000 à demander à nos ministres de se réveiller. Nous leur demandons de se mettre au boulot. « Action !  »

Nicolas Van Ruychevelt / CNCD-11.11.11

#ClaimTheClimate. Marée humaine à Bruxelles pour la justice climatique

https://youtu.be/S1_1yS4XpF8

[3Didier Reynders place la lutte contre le réchauffement climatique comme priorité à l’agenda du Conseil de Sécurité(https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-belgique-veut-amener-le-climat-sur-la-table-du-conseil-de-securite-de-l-onu?id=10015335), Charles Michel dénonce l’entêtement de certains à nier la réalité des changements climatiques(https://plus.lesoir.be/180984/article/2018-09-27/lonu-charles-michel-denonce-lentetement-de-certains-nier-la-realite-des)

Nous étions 75 000 pour la justice climatique !



Marée humaine ce 2 décembre à Bruxelles.
#ClaimTheClimate
]

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