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Climat : un bon accord à Paris ne se mesurera qu’à son degré de solidarité avec les plus vulnérables

Véronique Rigot Véronique Rigot
23 novembre 2015

A la veille de la Conférence de Paris, et suite aux événements dramatiques de ces derniers jours, la société civile rappelle ses attentes : aujourd’hui plus que jamais, il faut un accord mondial pour limiter le réchauffement de l’atmosphère et surtout, ses conséquences désastreuses. Analyse des enjeux de la négociation finale.

Ca y est, nous y sommes ! Tout d’abord, la conférence aura bien lieu. Moins de 24h après les attentats, le président américain a été le premier à confirmer sa présence à Paris pour la Conférence des Nations Unies sur le climat. Les Nations Unies ont embrayé et confirmé la tenue des négociations climat à Paris, où pas moins de 117 chefs d’Etat sont attendus le lundi 30 novembre pour l’ouverture des négociations.

Les citoyens restent debout

La conférence se déroulera sous haute surveillance, et si la première réaction des ministres français a été d’annuler toutes les manifestations, militantes, festives ou culturelles, de la société civile, les citoyens n’entendent pas pour autant rester muets à l’occasion de cet événement historique. Porteurs d’initiatives de changement pour un monde plus juste et plus solidaire, les associations françaises et internationales ont immédiatement dénoncé les risques de privation des libertés d’expression et de rassemblement. A l’instar de Charles Michel, plusieurs gouvernements martèlent qu’il ne faut pas céder à la peur, les citoyens revendiquent justement l’organisation d’autres mobilisations. De toutes parts, les alternatives s’organisent, et si les 10 000 belges qui devaient se rendre en train à Paris ne le pourront pas, ils s’organisent pour proposer un plan B à Ostende.

Dans l’enceinte des négociations, où 196 pays seront représentés pour la négociation finale de l’accord mondial pour le climat, le travail doit continuer coûte que coûte. Le climat est à l’espoir, on n’a jamais été aussi proches de la conclusion d’un accord de cette ampleur. Les multiples annonces médiatiques (notamment celle des Etats-Unis et de la Chine, il y a un an déjà, confirmée par des engagements concrets en septembre cette année), de nombreuses réunions de préparation ces derniers mois, mais aussi les annonces unilatérales de ce à quoi s’engagent 161 pays, et un soutien diplomatique par le biais des rencontres bilatérales et de l’appui des ambassades françaises, le processus de préparation présage le succès de la Conférence de Paris.

Le processus de préparation

Plusieurs sessions de négociations préparatoires à la COP21 ont été organisées tout au long de l’année pour progresser dans les discussions d’ici Paris (une semaine en février, deux semaines en juin, une semaine fin aout, une semaine en octobre). Les dernières négociations ont ainsi pris place à Bonn, en Allemagne, du 19 au 23 octobre. Les négociateurs des pays du monde entier étaient réunis pour faire le point, dossier par dossier, sur base du projet de texte publié début octobre par les Nations Unies. Ces discussions avaient donc lieu dans l’enceinte multilatérale. A la suite de ces négociations, une multitude de rencontres bilatérales, souvent beaucoup plus discrètes, ont été organisées : des petits tête-à-tête entre François Hollande et différents chefs d’Etat jugés incontournables pour la signature de l’Accord climat à Paris.

Du dimanche 8 novembre au mardi 10 novembre, de nombreux chefs d’Etat étaient réunis à Paris, à l’invitation du Président François Hollande, pour une dernière rencontre politique avant le lancement de la Conférence des Nations Unies le lundi 30 novembre. Cette « pré-COP » (rencontre politique précédant la Conférence des Parties - Conference of the Parties) n’est pas un moment de négociation à proprement parler, mais une rencontre politique de la plus haute importance dans la préparation : elle concrétise le résultat des nombreuses rencontres bilatérales et les engagements politiques des chefs d’Etat, une volonté commune de contribuer ensemble à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et de ne pas revenir sur des décisions prises ces dernières années.

Le contenu des négociations

Lors de la dernière session de négociations à Bonn, le projet de texte de l’Accord de Paris était au cœur de toutes les attentions. Ce texte n’est ni bon ni mauvais en soi, car il contient toutes les options proposées par tous les groupes de pays qui négocient. Ainsi, les demandes des pays les plus vulnérables se retrouvent inscrites au même titre que les positions les moins ambitieuses. Il faudra attendre la clôture officielle de la négociation de la COP21 pour savoir ce qui se trouve finalement dans l’Accord de Paris, et tout le jeu maintenant est d’encourager les pays les moins ambitieux, les moins convaincus ou les plus silencieux à s’exprimer et à s’engager en faveur d’un accord ambitieux.

La session de Bonn aura tout de même permis de dévoiler les cartes de certains pays ou groupes de pays. Si les Etats-Unis et la Chine ont confirmé leur intention de s’impliquer dans la lutte contre le réchauffement en dévoilant des pistes d’action très concrètes, d’autres pays restent plus discrets sur la scène internationale, en particulier la Russie. Les pays les plus vulnérables ont formé un nouveau groupe pour défendre ensemble leurs revendications propres dans l’enceinte des négociations, le V20. Et le groupe des pays les moins avancés a quant à lui exprimé sa bonne volonté à limiter les émissions de gaz à effet de serre, tout en insistant sur le droit au développement et en posant une condition substantielle : ils ne signeront pas l’accord sans plus de clarté sur le financement climat.

Le point de confrontation Nord-Sud : l’injustice climatique

La réparation de l’injustice climatique est au centre des débats : les pays en développement souffrent le plus de dérèglements climatiques qu’ils n’ont pas causé. Cette injustice n’est pas neuve, elle est déjà reconnue dans la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992. Mais elle continue de s’aggraver au fil des décennies, car les pays les plus vulnérables sont aussi les plus pauvres. Que faire pour y remédier ? Trois réponses, trois dossiers clef pour les pays du Sud sans lesquels la COP21 tournera en peau de chagrin. Ces 3 dossiers se résument aux 3 piliers de la lutte contre le réchauffement, et à 3 mots clef : atténuation, adaptation, pertes et préjudices.

1/ Atténuation : viser 1,5°C

La première manière de lutter contre le réchauffement est d’arrêter le problème à sa source, réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre pour arrêter de réchauffer l’atmosphère. Les dernières estimations du GIEC (Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat) sont une hausse de la température de 0,85°C depuis la révolution industrielle ; soit moins de 1°C. 2014 était l’année la plus chaude et 2015 est sur la même voie. Depuis 2000, on a observé 13 des 14 années les plus chaudes, et de nombreux phénomènes climatiques anormaux, de la fonte de la calotte glaciaire aux érosions de littoraux, en passant par des cyclones de plus en plus fréquents et violents.

Pour les pays en développement, tous les signaux sont au rouge et une hausse de température moyenne de 2°C est inenvisageable, tant les risques humains et matériels sont importants. Ils demandent donc plus d’ambition environnementale, c’est-à-dire réviser l’objectif politique actuellement fixé à 2°C à 1,5°C. Ceci prend d’autant plus de sens quand on voit que les engagements actuels sur la table, s’ils sont tous mis en œuvre dans leur scenario le plus ambitieux, ne limitera pas la hausse de la température à moins de 3°C. Il faudra donc faire mieux !

2/ Adaptation : financer les pays en développement pour qu’ils fassent front

Le second pilier de la lutte contre le réchauffement est d’aider les personnes qui subissent les aléas climatiques à vivre le mieux possible. On parle ici de tout le monde sur la planète, car nous aurons tous à faire face aux conséquences des changements climatiques, mais en particulier des régions fort exposées ou fort vulnérables (et en particulier les enfants, les femmes et les personnes âgées dans les pays les plus pauvres).

Depuis 2010, tous les pays ont été appelé à rédiger un rapport de l’état de leur exposition et de leurs vulnérabilités aux changements climatiques, et sur base de ce plan national d’adaptation, de formuler un plan d’action pour répondre aux défis climatiques. Sur base de ces plans d’adaptation, des projets concrets sont formulés, de manière à mettre en place les renforcements institutionnels ou les infrastructures nécessaires.

Pour la mise en œuvre de ces projets, des financements sont bien sûr nécessaires. Ceux-ci doivent être fournis par les pays industrialisés, sur base d’un équilibre entre adaptation et atténuation. Et c’est là que le bât blesse : d’une part la quantité n’y est pas, et d’autre part l’adaptation est le parent pauvre. Les analyses des flux de financement climat internationaux [1] démontrent que l’adaptation reçoit beaucoup moins d’intérêt que l’atténuation [Lire Paris 2015 : Le financement climat pour les nuls ]. Par ailleurs, le Fonds des Nations Unies pour l’adaptation est sous-financé : établi par le Protocole de Kyoto, il est opérationnel depuis 2007 et a commencé à financer ses premiers projets en 2010. Il manque cruellement de ressources et est toujours en recherche de prévisibilité financière. Aussi, les pays les moins avancés, premiers bénéficiaires du soutien à l’adaptation, demandent un objectif de financement spécifique pour l’adaptation, et de la prévisibilité à long terme (à l’horizon 2050) pour savoir si leurs besoins pourront être comblés.

3/ Pertes et préjudices : reconnaître le sort des victimes du climat

Enfin, le troisième pilier de la lutte contre le réchauffement, c’est la question de savoir ‘que faire lorsqu’il est trop tard pour s’adapter ? que faire pour les victimes quand la catastrophe climatique est là ?’ [Lire Pertes & profits sur le climat. Quelle assistance aux victimes ? ].
Les pays riches ont longtemps été réticents à cette demande portée avant tout par les pays les plus vulnérables, qu’il s’agisse des petites îles qui voient leur territoire menacé par la montée de la mer ou de pays comme les Philippines qui subissent de plein fouet des cyclones dévastateurs de plus en plus fréquents. La raison du frein des pays du Nord est facile à comprendre : les dédommagements financiers sont potentiellement sans limite.

Les pays du Sud sont quant à eux prêts à discuter de l’opérationnalisation du pilier, de la pérennisation du Mécanisme créé en 2013 à Varsovie, ou encore des compensations financières à envisager. Mais ils ne mettent pas la priorité sur ces aspects qui doivent en principe être renégociés lors de la conférence climat de 2016. Pour eux, le dossier est hautement politique : ils demandent une reconnaissance politique internationale du sort des pays vulnérables. Aussi, leur demande se résume en une phrase : inscrire les pertes et préjudices comme troisième pilier de la lutte contre les changements climatiques dans l’Accord de Paris.

C’est là que résident les trois grands enjeux pour le monde en développement à la conférence de Paris : le succès de l’Accord de Paris ne se mesurera pas à la signature de l’accord mais bien à son degré de solidarité avec les populations les plus impactées par un mode de développement déraisonné.

Tags: Climat

[1En témoigne le rapport de l’OCDE et CPI publié en octobre 2015 : 16% des financements climat des années 2013 et 2014 sont dédiés à l’adaptation contre 77% pour l’atténuation : http://www.oecd.org/environment/cc/Climate-Finance-in-2013-14-and-the-USD-billion-goal.pdf

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