Etude

Commerce international : de la compétition au développement durable

Un éclairage sur les enjeux contemporains du commerce international

« L’Europe doit choisir entre le Pacte Vert ou le libre-échange sans foi ni loi ! » proclamait l’un des slogans brandis par les agriculteurs et agricultrices wallons dans les rues de Bruxelles en novembre 2024. Ces manifestants dénonçaient vigoureusement l’accord commercial en cours de finalisation entre l’Union européenne et quatre des cinq pays du Mercosur (Uruguay, Paraguay, Brésil et Argentine).

Cette étude de la collection Point Sud ambitionne d’éclairer les enjeux contemporains du commerce international. Si certains enjeux du commerce international, tels que les inégalités Nord-Sud, demeurent, les cinq dernières années ont été marquées par des transformations profondes, tant dans les relations commerciales que dans les dynamiques géopolitiques.

Autrefois perçue comme une panacée, la politique de libre-échange est aujourd’hui de plus en plus contestée. Les normes européennes en matière d’environnement et de droits humains en témoignent, avec des avancées législatives telles que la directive sur le devoir de vigilance devoir de vigilance , l’interdiction des produits issus du travail forcé et de la déforestation, ou encore le mécanisme d’ajustement carbone mécanisme d’ajustement carbone
ajustement carbone
aux frontières de l’UE. Cependant, ces progrès demeurent fragiles, menacés par l’influence des nouvelles majorités parlementaires européennes, plus conservatrices.

Si les politiques industrielles volontaristes, notamment pour investir dans les technologies vertes, méritent d’être saluées, ces stratégies peinent à réduire les inégalités Nord-Sud en raison de leur manque de cohérence et d’envergure et l’absence de transferts de technologie. En outre, elles reposent sur l’intensification de l’exploitation des minerais et terres rares, confinant les pays du Sud à des activités à faible valeur ajoutée, tout en aggravant les violations des droits humains, l’accaparement des terres et les impacts environnementaux.

Dans un contexte marqué par le repli sur soi, ce Point Sud défend un commerce au service de la justice sociale, du respect des droits humains et de la durabilité, et aspire à nourrir l’action politique avec des propositions concrètes.

Nos recommandations

Mondialiser des normes sociales et environnementales normes sociales et environnementales
  • Réviser le modèle d’accords de commerce commerce juste et durable
    accords de commerce
    de l’Union européenne, afin de garantir au minimum la présence d’un chapitre sur le développement durable contraignant assorti d’un mécanisme de plainte et de sanction, et conditionner la signature et la ratification de tout accord à la présence d’un tel chapitre.
  • Renforcer l’alignement de la directive sur le devoir de vigilance sur les normes internationales existantes durant sa transposition, élargir le champ des entreprises couvertes et y inclure le secteur financier.
  • Plaider pour un mandat européen en vue de l’adoption d’un traité aux Nations Unies garantissant la primauté des droits humains sur les normes commerciales et d’investissement, et assurant l’accès à la justice pour les victimes de violations liées aux activités des entreprises étrangères, y compris les femmes et les peuples autochtones.
  • Promouvoir la mise en application rapide de la loi européenne luttant contre l’importation des produits issus de la déforestation et s’assurer que cette dernière ne soit pas vidée de son contenu.
  • Appliquer des mesures miroirs pour garantir que l’accès des produits importés dans l’UE respecte les normes sanitaires, sociales, environnementales et de bien-être animal, et interdire l’exportation par l’UE de produits interdits sur son territoire, tout en offrant un traitement spécial et différencié aux pays à faible revenu et en mobilisant des financements pour soutenir le respect des normes internationales dans les pays en développement.
  • Promouvoir le respect des normes sociales et environnementales dans les appels d’offres publics via l’adoption d’un « Buy European and Sustainable Act » favorisant le développement des entreprises durables via les commandes publiques, plutôt que la stratégie actuelle qui consiste à ouvrir unilatéralement les marchés publics européens et à exiger la réciprocité aux partenaires commerciaux ; réviser la loi de 2016 sur les marchés publics pour y renforcer les clauses sociales et environnementales.
  • Assurer la conformité de la politique commerciale commune avec le droit international en interdisant le commerce avec les entités illégalement installées par une puissance occupante dans le territoire qu’elle occupe. Tant que l’UE n’agit pas en la matière, la Belgique a l’obligation d’interdire elle-même ce type de commerce.
Revoir la logique des accords d’investissement
  • Réviser les modèles d’accords d’investissement de l’Union européenne et de l’Union économique belgo-luxembourgeoise et réviser tous les accords existants qui incluent une clause d’arbitrage clause d’arbitrage
    clauses d’arbitrage
    tribunal d'arbitrage
    tribunaux d'arbitrage
    ISDS ou ICS qui permet de poursuivre un État pour expropriation indirecte. Proposer des modèles d’accords d’investissement qui offrent les tribunaux d’arbitrage comme ultimes recours, uniquement disponibles aux investisseurs après avoir épuisé les poursuites judiciaires dans les systèmes juridiques nationaux et limités aux expropriations directes.
  • Sortir du Traité sur la Charte de l’énergie et mettre fin aux futurs litiges. Cela implique que l’Union Européenne obtienne un accord qui interdirait tout litige intra-européen et qui annulerait la clause de survie du TCE. La Belgique et les autres États parties doivent aussi mettre fin à l’expansion du TCE, en ne soutenant plus l’adhésion de nouveaux pays à ce traité.
Refonder l’OMC

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