Communes et solidarité Nord-Sud : une coopération de proximité
Beaucoup de communes pilotent ou appuient des projets de développement au Sud. Ceci, pour répondre soit aux propositions de leurs citoyens, soit aux demandes de communes du Sud, souvent friandes de partage d’expériences.
« Nous consacrons un euro par habitant à la solidarité Nord-Sud, un petit budget que nous complétons parfois pour des actions ponctuelles, comme nous l’avons fait lors du tremblement de terre en Haïti, explique Claude Dubrulle, échevin en charge de la solidarité internationale à Ittre, commune du Brabant wallon. Nous soutenons de façon suivie un collectif de femmes au Bénin sur la proposition d’une habitante qui a été coopérante dans ce pays. Pour nous, c’est un gage de réussite, car nous sommes certains que les besoins du projet ont été bien identifiés et que nous serons informés de l’évolution de la situation sur place. »
La solidarité internationale n’est pas la première compétence des municipalités mais la plupart s’y investissent, trouvant dans ce mode d’action une manière d’animer la commune et de tisser des liens avec une autre partie du monde, souvent lointaine.
L’action communale répond aux demandes formulées par les habitants eux-mêmes, selonun mécanisme institutionnel bien rodé. Un échevin responsable chapeaute les actions avec l’aide d’une commission consultative composée de citoyens et d’élus, qui servira de boîte à idées à la commune. La commission reçoit les propositions de projets adressées par des habitants, des organisations de migrants ou parfois des ONG.
« La commission consultative d’Ottignies-Louvain-la-Neuve gère un budget de 9 000 euros par an, plus 2 000 euros pour des projets spécifiquement orientés vers le développement durable, précise l’échevin Jacques Benthuys. Nous n’adoptons pas plus de trois ou quatre projets par an, pour que le financement reste conséquent. La commission est indépendante et son secrétariat est assuré par un fonctionnaire de la commune. La commission comprend des citoyens engagés et des membres de toutes les formations politiques représentées dans la commune, ce qui garantit que les recommandations seront toujours avalisées par le Conseil communal. »
Certaines communes choisissent de participer directement à des récoltes de fonds citoyennes comme l’Opération 11.11.11, ce qui les décharge du travail de sélection des projets à aider sur le terrain, dans le Sud.
Une belle manière de parler de l’autre lointain
La coopération des communes a connu une formidable reconnaissance lorsqu’en 2002, le ministre fédéral en charge de la coopération Eddy Boutmans (Groen !, à l’époque) a créé un fonds de financement des actions communales. Les communes peuvent désormais, pour piloter leurs projets de développement, avoir accès à des fonds qui dépassent largement leur seule capacité financière. « Les communes visualisent mieux les besoins que peut avoir une collectivité du Sud, analyse Jacques Benthuys. Elles peuvent parler d’égal à égal avec leurs homologues, ce qui facilite les partenariats. La Région wallonne intervient aussi, avec un fonds qui couvre 90 % du financement des projets. »
C’est ainsi qu’Ottignies-Louvain-la-Neuve soutient le développement agricole de villages du sud du Vietnam pour un montant représentant la bagatelle de 100 000 euros sur deux ans. « Ici nous travaillons avec une ONG, Mékong plus, précise l’élu. Dans ce genre de partenariat, nous privilégions les ONG de taille suffisante pour gérer un projet ambitieux, sans qu’elles soient cependant des méga-organisations qui risquent de s’emparer du projet au point d’en déposséder la commune. »
Si les communes d’ici veulent garder un certain contrôle de leurs actions, c’est aussi pour faciliter le travail de sensibilisation auprès de leurs administrés. Car l’autre volet de la coopération, c’est l’éducation au développement qui sensibilise le public aux enjeux des relations Nord-Sud et à la nécessité de soutenir le développement partout sur la planète. Or comment mieux parler de l’autre lointain qu’en expliquant que s’il vit mieux là-bas aujourd’hui, c’est notamment mobilisé pour le soutenir ?
Cultiver son identité
De manière plus inattendue, les actions de solidarité permettent également aux communes de cultiver leur particularité. Ainsi, la commune bruxelloise d’Ixelles entretient des contacts privilégiés avec Kalamu. Cette commune de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, accueille le quartier festif de Matonge qui a donné son nom au célèbre quartier congolais d’Ixelles. La commune a restauré une école de Kalamu, formé des agents communaux en matière d’état civil et de population, amélioré les conditions d’accueil du public et de conservation des archives, et soutenu le recensement de la population de la commune.
Ottignies, pour sa part, s’est reconnue dans la commune de Tiassale, en Côte d’Ivoire, une ville au nord d’Abidjan qui comprend deux centres distants de cinq kilomètres, tout comme la commune brabançonne qui partage son territoire avec l’éminente université de Louvain-la-Neuve. Ottignies équipe aujourd’hui les écoles de Tiassale de toilettes sèches, un projet cher à ses promoteurs parce qu’il aide les jeunes filles à se sentir à l’aise à l’école, et parce qu’il s’inscrit dans une logique de développement durable par l’installation d’un système économe en eau.
Deux fonds de soutien de l’action des communes
Le programme de coopération internationale communale financé par l’Etat fédéral soutient l’action communale à hauteur de 10 millions d’euros pour 5 ans (2008-2012). Partant du constat que les communes du Sud rendent de vrais services aux populations, le programme veut renforcer leur action pour faire progresser la démocratie au Sud. « 16 communes bruxelloises et 28 communes wallonnes participent à ce programme par le biais de 45 partenariats », précise Jean-Michel Reniers, qui assure le suivi administratif des partenariats bruxellois à l’Association de la ville et des communes de la région de Bruxelles-Capitale.
« Nous travaillons sur 5 pays. En République démocratique du Congo, 15 communes renforcent les services de l’état civil et de la population. Au Sénégal, nous appuyons le développement local, au Maroc l’action sociale, au Burkina les finances communales et la gestion des déchets, au Bénin les finances et l’état civil. »
Le financement des partenariats est entièrement couvert par le programme, l’apport des communes se limitant aux ressources humaines. « Le cofinancement communal est un paiement en nature, ce qui n’est pas négligeable, un partenariat induit deux ou trois missions par an dans le Sud, ce qui mobilise deux ou trois personnes pendant une dizaine de jours. Et donc demande un soutien politique des mandataires communaux. »
La Fédération Wallonie-Bruxelles soutient un programme de cofinancement de projets de coopération décentralisée ouvert aux communes wallonnes ainsi qu’aux provinces, aux intercommunales et à d’autres acteurs reconnus par la Fédération. Le programme coûte chaque année autour d’un million d’euros. L’année dernière 14 nouveaux projets ont été sélectionnés pour une période d’un à trois ans et pour un montant total de 921 032 euros.
Source : article publié dans Imagine (www.imagine-magazine.com), n° 93, septembre-octobre 2012.


