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Conférence d’Addis-Abeba : un triste jour pour le financement du développement

16 juillet 2015

Communiqué de presse, jeudi 16 juillet 2015 - La Conférence des Nations Unies sur le financement du développement s’achève officiellement ce 16 juillet, en Ethiopie. Le texte final du « Programme d’action d’Addis-Abeba » (PAAA), censé compiler les engagements en matière de financement des futurs Objectifs de développement durable, est très décevant : aucune mesure ambitieuse et novatrice n’a été prise en compte.

Le sujet central des négociations a concerné la gouvernance fiscale mondiale et la création d’un Conseil mondial de la fiscalité. La fuite des flux financiers illicites, essentiellement liée à des phénomènes de fraude, d’évasion et d’optimisation fiscales, demeurent la première source d’appauvrissement des pays en développement : pour chaque euro d’aide au développement, près de 10 euros prennent le chemin inverse. Pourtant, la Conférence a décidé en substance de ne rien changer au système actuel. L’organisation de la coopération fiscale internationale reste aux mains de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), qui ne représente qu’une quarantaine de pays riches, à l’exclusion donc de la plupart des pays en développement.

Sur les autres sujets (commerce, secteur privé, aide publique au développement), le PAAA n’enregistre aucun progrès significatif par rapport aux conférences de Monterrey en 2002 et de Doha en 2008. Les taxes globales, comme la taxe sur les transactions financières internationales ou sur les émissions de gaz à effet de serre, ne sont même pas mentionnées. A la place, une confiance aveugle au secteur privé conduit le texte à recommander la multiplication des partenariats public-privé (PPP) et des « blending » (montages financiers mélangeant fonds publics et privés), pourtant critiqués pour leur manque de transparence et leur inefficacité dans les pays pauvres. L’objectif de 0,7% pour l’aide publique au développement est réaffirmé, mais cet engagement est de moins en moins crédible, quand on sait que la moyenne mondiale plafonne actuellement sous la barre des 0,3%.

Sur la question de la dette publique, dans la tourmente de la crise grecque, le texte recommande d’agir contre les fonds vautours, à l’instar de la récente loi belge sur le sujet. Mais le PAAA s’abstient de soutenir les travaux en cours à l’Assemblée générale des Nations unies pour créer un mécanisme international de résolution des crises des dettes souveraines. Des travaux boycottés par la Belgique et l’ensemble de l’Union européenne.

La Conférence qui s’achève aujourd’hui est le prélude à une prochaine Conférence des Nations unies, à New York en septembre, sur les nouveaux « Objectifs de développement durable ». Cette première étape n’est pas un succès. Selon Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11 : « Rarement l’actualité a autant souligné l’urgence de répondre aux problèmes d’évasion fiscale, de dette insoutenable et de financement du développement durable. Pourtant, les gouvernements restent sourds aux appels de la société civile. Les Etats membres de l’ONU vont donc discuter en septembre d’Objectifs de développement durable pour lesquels aucun financement digne de ce nom n’a été décidé. C’est un triste jour pour le financement du développement. »

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