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Congo - Randgold : Un patron qui préfère la lenteur

Raf Custers Raf Custers
2 septembre 2013

L’entreprise Randgold remballe ses affaires au Mali et déménage au Congo. Elle se mêle aussitôt d’y influencer la révision du Code minier pour protéger les dividendes de ses actionnaires.

Le Code qui régit le secteur minier du Congo a dix ans. Il est donc normal de le remettre à neuf, c’était d’ailleurs prévu dès le départ. L’objectif principal ? Faire en sorte que le pays obtienne une plus grande part des revenus de ses propres mines. La révision associe les entreprises et d’autres composantes de la société civile, de même que le gouvernement. La Banque mondiale avec ses agences y prête main-forte. Mais le parcours est accidenté. En octobre 2012, une rumeur met le feu aux poudres. Selon cette info, qui n’est nulle part taillée dans la pierre, l’État voudrait dorénavant 35 % des revenus miniers (contre 10 % sous le Code existant). Cela durcit les positions. L’entrepreneur sud-africain Mark Bristow donne voix à la résistance. Bristow est l’administrateur délégué de Randgold. Cette entreprise exploite la mine d’or de Kibali, à Kilo Moto, dans le Nord-est du pays. Kibali produira sa première once d’or à la fin de cette année.

Les propriétaires de Kibali sont les entreprises privées Randgold et AngloGold Ashanti (chacun à 45 %) et l’entreprise étatique Sokimo (10 %). Randgold est l’opérateur et dirige le chantier. Des travaux importants sont en cours. On creuse une mine à ciel ouvert et une mine souterraine et on construit des centrales hydroélectriques. Cela représente 2,5 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) d’investissements. Les représentants de Randgold parcourent les sentiers du monde pour convaincre des investisseurs. A New York, ils ont annoncé que Kibali produira 73,5 tonnes d’or. C’était à la fin novembre 2012. En mai 2013, à la Bank of America Merrill Lynch, ils ont dit que le cours de l’action Randgold se portait beaucoup mieux que ses pairs : l’action Randgold aurait gagné 92 % sur cinq ans, tandis que les actions d’autres mines d’or auraient perdu 33 % en moyenne.

Le mardi 16 avril 2013, Randgold invite des décideurs congolais et la presse dans le cadre exclusif de l’hôtel Memling à Kinshasa. Mark Bristow lui-même monte au podium. Nous filmons l’événement et voyons comment Bristow déclenche ses coups de tonnerre. Il condamne les amendements du Code minier envisagés par le gouvernement. Il dit littéralement ceci : « Si on applique le nouveau Code minier proposé, nous recevrions à peine 25 % des revenus. Ce n’est pas une option économique. Les actionnaires n’investissent pas à 100 % si le retour n’est que de 25 %. »

Les actionnaires n’investissent pas 100 % pour n’obtenir que 25 %

Randgold veut que le moment de la redistribution des revenus soit reporté aux calendes grecques. D’autres entrepreneurs ont un même raisonnement. A Lubumbashi, Eric Monga de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) nous dit : « La croissance va de pair avec la patience. D’abord, il y a l’investissement, c’est-à-dire accroissement de la capacité de production génératrice de revenus. Ensuite, le revenu est redistribué. Mais avant la redistribution, il y a une période de récupération de capital. Et, c’est là que la croissance et la patience s’imposent.  »

Bristow et Monga appellent à la temporisation. Le Congo en sera le cocu. Les échéances sont là pour le démontrer. Supposons que le Congo doive attendre encore une décennie avant de renforcer le Code minier en sa faveur. Mauvais calcul. Selon Randgold, la durée de vie de la mine d’or de Kibali est de seize ans. Bien avant cette date, Randgold y aura épuisé les plus importantes réserves. Après seize ans, il ne restera que des miettes. Que Randgold se fera certainement un grand plaisir de redistribuer...

Source : article publié dans dlm, n°21, septembre-octobre 2013.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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