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Congo : les violences sexuelles au Sud-Kivu

Du 13 au 20 février, le CNCD-11.11.11 a participé à une mission d’observation à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) et plus précisément à Bukavu et ses environs. Coordonnée par « Justice et Paix », ONG membre du CNCD-11.11.11, cette mission comportait onze personnes : deux journalistes de la presse écrite (néerlandophone et francophone), deux sénateurs, deux députés, des délégués de trois ONG belges (CNCD 11.11.11., Entraide et Fraternité, Justice et Paix) et une ONG européenne (Eurac).

Éléments du rapport de mission

La mission avait pour but de comprendre la situation sur le terrain et de pouvoir ensuite faire un travail de plaidoyer auprès des instances politiques belges et européennes pour soutenir le processus de paix et obtenir l’arrêt des violences sexuelles.

Au Sud Kivu, la délégation belge a rencontré des acteurs de la société civile, des services de santé, des pouvoirs politiques locaux, des représentants de la Monuc (Nations-Unies), des délégués militaires congolais, un mwami (chef coutumier). En outre, elle a rencontré et s’est entretenue avec des femmes violées, des hommes et des enfants victimes de violence sexuelle. Les problèmes liés à ces violences s’inscrivent dans une multiplicité de facteurs.

Parmi les causes épinglées par nos interlocuteurs, nous avons relevé :

  • Le démantèlement de l’État congolais.
  • Les interrogations concernant les dirigeants congolais, leur capacité et leur volonté de ramener la paix dans le pays.
  • Le contrôle sur l’exploitation des richesses naturelles du Congo.
  • Le fait que les violences sexuelles sont une façon de terroriser la population et de détruire la société.
  • Nos interlocuteurs estiment aussi que les violences sexuelles ne favorisent pas le retour au Rwanda des groupes armés, car on les présente comme des génocidaires qui risquent d’aller commettre les mêmes actes là-bas.

Quelles seraient les solutions possibles pour faire arrêter les viols ?
Il convient tout d’abord de rappeler le rôle joué par la Communauté Internationale. En 1994, lors du génocide au Rwanda, elle a laissé les Hutus s’installer en RDC, y compris les ex-FAR (Forces Armées Rwandaises) avec leurs armes. Par conséquent, plutôt que d’être dans les camps de réfugiés, ces gens occupent les montagnes congolaises sans avoir le statut de réfugiés. Pourquoi la Communauté Internationale n’en fait-elle plus son problème ?

Il conviendrait également de :

  • Lutter contre l’impunité.
  • Faire intervenir les tribunaux internationaux et traditionnels.
  • Redéfinir le rôle de la Monuc.
  • Mieux contrôler l’exploitation des richesses naturelles et les réseaux de commerce.
  • Rechercher des solutions économiques car, à cause de la pauvreté, certains jeunes deviennent délinquants, violent et pillent.
  • Soutenir le processus de paix de Goma et de Nairobi.
  • Clarifier le rôle de l’ONU dans le soutien de la paix. Pourquoi imposer un embargo sur les armes à la RDC et non au Rwanda voisin qui est impliqué dans le conflit au Congo ?
  • Réformer le statut social de la femme, qui actuellement aggrave son exclusion dans les cas de viols.

En matière de lutte contre les violences sexuelles, il est difficile de parler des ONG en général. En Belgique comme en RDC, il existe des ONG qui couvrent une série d’initiatives mais qui ont des approches différentes.
Au Sud Kivu, une des questions soulevées par nos interlocuteurs est celle de la multiplication des associations autour de la question de la violence sexuelle. Certaines font un travail remarquable et s’impliquent avec des moyens très limités à des endroits où les grandes institutions n’osent pas aller. Par contre, d’autres commettent des abus et alimentent la mauvaise réputation dont sont victimes certaines ONG. Il y a de plus en plus une multiplicité d’acteurs sur un même terrain géographique, autour de la même thématique de la violence sexuelle, sans qu’il y ait nécessairement un dialogue et une même vision.
Les gens au Sud Kivu sont conscients que les facteurs liés aux violences sexuelles sont complexes. Ces violences détruisent gravement le capital humain. Il faudra beaucoup de temps, plusieurs générations, pour le reconstruire. Mais dans l’immédiat, les gens souhaitent que la violence sexuelle cesse et que la paix revienne.

Suivi de la mission en Belgique

Depuis leur retour en Belgique le 21 février 2008, les membres de la délégation essaient d’interpeller de diverses manières les instances politiques et l’opinion publique :

  • Publication d’articles dans les journaux (Le Soir et De Standaard) par les journalistes qui ont accompagné la délégation.
  • Question d’une parlementaire (Juliette Boulet) en séance plénière sur la situation des violences sexuelles au Sud Kivu.
  • Intervention des sénateurs et parlementaires aux radios et télévisions néerlandophones et francophones.
  • Intervention des membres des ONG (CNCD.11.11.11 et Justice et Paix) et d’une journaliste au colloque organisé le 6 mars 2008 par la Communauté Française dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme.
  • Vote à l’unanimité par le Sénat le 13 mars 2008 de la résolution relative aux viols et violences sexuelles contre les femmes à l’Est de la RDC. La résolution déposée le 27 février 2008 en commission du Sénat par la sénatrice Miet Smet insiste pour que le gouvernement belge soutienne la création d’un tribunal spécial pour la répression des viols et des violences sexuelles contre les femmes.

Les membres de la délégation ont rapporté également des besoins pressants de certains acteurs de terrain qui luttent contre les violences sexuelles. Une des demandes du docteur J. Denis Mukwege de l’hôpital de Panzi est d’avoir à ses côtés, deux fois par an et pendant un mois, un spécialiste en urologie. En effet, le docteur Mukwege, gynécologue obstétricien, rencontre des difficultés à trouver une solution de substitution à l’appareil génital et urinaire de la femme, lorsque cet appareil a été complètement détruit par la brutalité des viols et l’introduction délibérée, dans l’appareil génital des victimes, d’objets le plus souvent contendants dans le but de provoquer des lésions irréparables. Le gouvernement belge, à travers son ministre de la Coopération au développement Charles Michel, a répondu à cette demande et enverra dans les prochains jours deux chirurgiens à l’hôpital de Panzi.
Les mesures humanitaires à court et moyen termes sont nécessaires, des initiatives s’annoncent et nous ne pouvons les énumérer toutes.
Cependant, il reste à faire du plaidoyer politique à long terme à l’échelon national, européen et international, à partir des analyses politiques pour garantir la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs et à l’Est de la RDC en particulier.
Les attentes de tous les acteurs congolais et autres ainsi que des victimes que la délégation a rencontrées sont unanimes. Il est indispensable que la Belgique et la Communauté Internationale apportent au gouvernement congolais :

  • une aide pour restaurer les pouvoirs judiciaires et lutter contre l’impunité.
  • une aide militaire qui jouerait, aux côtés des Forces Armées Congolaises, un rôle plus engagé que celui de la Monuc pour faire respecter les accords de paix de Nairobi et de Goma. Ceux-ci recommandent l’arrêt des hostilités, le désarmement des groupes armés et le rapatriement dans leurs pays des groupes armés étrangers.

Le CNCD-11.11.11, ainsi que d’autres ONG et les associations du Nord et du Sud peuvent dénoncer les situations et proposer des alternatives, mais c’est le devoir des États et des institutions de régler les problèmes, de ramener la paix en République Démocratique du Congo et de faire respecter les droits des femmes et des communautés.

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