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Congo : une indépendance toute relative

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
28 juin 2010

Il y a 50 ans, le Congo accédait à l’indépendance. Un demi-siècle plus tard, le bilan ne semble guère réjouissant : l’assassinat dès janvier 1961 du Premier ministre Patrice Lumumba, la mise en place par Mobutu d’une dictature de 32 ans à partir de 1965, une guerre de plusieurs années qualifiées de « première guerre mondiale africaine » après la chute de Mobutu...

Les élections de 2006, qui ont fait suite à trois années de « transition », ont suscité un souffle d’espoir, alors que le gouvernement issu des urnes a lancé les cinq chantiers de la reconstruction congolaise : les infrastructures, l’emploi, l’éduca- tion, la santé, l’eau et l’électricité. Mais si quelques signes de cette reconstruction commencent à germer, notamment avec la construction de routes dans plusieurs provinces du pays, les populations continuent d’attendre que leur niveau de vie s’améliore enfin, multipliant les stratégies de survie au quotidien. En effet, selon le PNUD, les trois-quarts de la population survivent avec moins d’un dollar par jour, plus de la moitié de la population est privée d’accès à l’eau potable et aux soins de santé de base, tandis que l’espérance de vie de près de la moitié de la population ne dépasse pas 40 ans.

LES TROIS-QUARTS DE LA POPULATION SURVIVENT AVEC MOINS D’UN DOLLAR PAR JOUR

Ainsi, bien que la République démocratique du Congo soit officiellement indépendante depuis un demi-siècle, cette indépendance semble toute relative à plus d’un titre. Le Congo est dépendant financièrement des bailleurs de fonds internationaux, qui se concurrencent pour obtenir en contrepartie de leurs financements des contrats d’exploitation des ressources naturelles dont regorge le pays. La dépendance est également alimentaire, malgré un potentiel agricole impressionnant : une étendue de 80 millions d’hectares de terres arables, dont 4 millions sont irrigables ; une diversité climatique et une abondance d’eau qui permettent au moins deux récoltes par an et une importante diversité de cultures ; des ressources pastorales permettant de nourrir environ 40 millions de bovins ou d’autres élevages équivalents ; des ressources halieutiques permettant un approvisionnement annuel de 700.000 tonnes de poissons [1]. La dépendance est également militaire : le Congo ne dispose pas d’une armée digne de ce nom et les conflits orchestrés par des mouvements rebelles ont subsisté à l’est du pays, malgré la présence de la MONUC, la mission des Nations unies au Congo, appelée à quitter le pays sans que la sécurité ne soit pour autant garantie.

À cette aune, le principal enjeu pour l’avenir du peuple congolais consiste à acquérir enfin tous les attributs d’une véritable indépendance. Une perspective qui implique de rompre radicalement avec les travers du passé.

[1Banque mondiale, « République démocratique du Congo : Examen du secteur agricole », 15 avril 2006.

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  • Arnaud Zacharie

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