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Coupe du monde 2022 : plus de morts sur les chantiers que de joueurs dans les stades ?

2 octobre 2013

Lettre ouverte aux Diables rouges, à leurs supporters, à l’Union belge de football, au gouvernement, aux entreprises belges actives au Qatar
à tous les citoyens.

Il est inhumain de jouer au football en été au Qatar. Voilà ce qu’affirmait en substance Joseph Blatter, président de la FIFA, le 25 août dernier. Nous partageons cet avis, car, même si vos performances remarquables de ces derniers mois (encore bravo pour l’Écosse !) pourraient nous laisser croire que vous êtes surhumains, il paraît difficilement concevable d’exercer votre métier sous des températures pouvant atteindre plus de 50°C. Ainsi, des voix s’élèvent pour organiser la coupe du monde ailleurs qu’au Qatar.
Ces voix retiennent toute notre attention. Pourquoi ? D’abord parce que nous ne doutons pas de votre qualification pour 2014, 2018 et 2022 et il nous tient à cœur que vous bénéficiiez de bonnes conditions de travail.

Par ailleurs, et surtout, parce que le Qatar ne respecte pas ses engagements en matière de droits fondamentaux et permet l’esclavagisme de milliers de travailleurs sur les chantiers des futures infrastructures de la coupe du monde. Oui, nous sommes inquiets du sort des milliers d’ouvriers qui travaillent à la construction de ces stades, quinze heures par jour, six jours par semaine, sous 50°C, et qui meurent par centaines à force d’épuisement ou d’accidents du travail.

250 000 Qataris gagnent en moyenne l’équivalent de 5 185 € par mois, contre 142 € pour les 1,2 million travailleurs migrants du bâtiment. Ces derniers décident d’aller travailler au Qatar sur la base de promesses salariales mensongères.
Cloîtrés dans des campements isolés, ils sont interdits d’accès aux magasins, restaurants et autres lieux publics.
Pour 86% d’entre eux, c’est l’employeur qui détient leur passeport et ils ne peuvent changer d’emploi sans son aval... Leur départ -même pour cause d’abus- est passible de prison ou de déportation.

Le taux de mortalité des ouvriers de la construction est jusqu’à huit fois plus élevé au Qatar que dans d’autres pays riches.

Les plus touchés par ces pratiques d’un autre âge sont les « ouvriers », mais de graves abus touchent aussi d’autres travailleurs et des footballeurs professionnels.
Comme la FIFA, nous pensons qu’il faut « utiliser ce sport pour promouvoir la solidarité par-delà les sexes, les ethnies, les religions ou les cultures ».

Ainsi, la communauté footballistique belge peut-elle se rendre complice d’un gouvernement qui méprise la vie humaine et les droits humains les plus fondamentaux en ne prenant pas position et en acceptant une coupe du monde au Qatar dans de telles conditions ?
Non ! Et il est encore temps de sortir de l’indifférence, mais il faut jouer collectif. C’est la raison pour laquelle nous lançons des appels…

Aux Diables rouges, qui représentent dignement notre pays, nous demandons de représenter également nos valeurs en adressant, avec l’Union belge de football un message clair à la FIFA : soit le Qatar fait respecter les droits fondamentaux des travailleurs, soit la FIFA doit revoter et attribuer le Mondial 2022 à un autre pays.

Aux supporters, nous demandons d’appeler à la signature de la pétition mondiale www.rerunthevote.org avant les matchs contre la Croatie et le Pays de Galle !

Au gouvernement belge, nous réclamons de la cohérence : soit faire respecter par les investisseurs belges au Qatar (et par le gouvernement qatari) le traité d’investissement Belgique-Qatar approuvé en 2012 contenant une clause sociale censée promouvoir les normes fondamentales du travail -dont l’élimination du travail forcé-, soit proposer un texte renforcé au service des droits humains des travailleurs.

Aux investisseurs belges présents au Qatar (en particulier aux entreprises qui ont remporté des contrats pour plusieurs dizaines de millions de dollars), nous demandons la garantie que les chantiers sur lesquels leurs hommes travaillent ne sont pas le théâtre des pratiques esclavagistes que nous avons décrites.

Enfin, nous les invitons tous à participer à un petit match de foot amical devant le stade Roi Baudouin à Bruxelles le lundi 7 octobre à 11h00, à l’occasion de la journée mondiale du travail décent. Avec un message : pas de Mondial sans respect des droits humains fondamentaux des travailleurs.

La Coalition belge pour le travail décent : Claude Rolin, secrétaire général, CSC ; Anne Demelenne, secrétaire générale, FGTB ;
Bernard Noël, secrétaire national CGSLB ; Arnaud Zacharie, secrétaire général, CNCD-11.11.11 ; Andre Kiekens, secrétaire général, Solidarité mondiale ; Xavier Declercq , directeur du programme Nord, Oxfam Solidarité ; Carole Crabbé, secrétaire générale, achACT ; Alain Coheur, président, Solidarité Socialiste ; Pierre Santacatterina, directeur général, Oxfam-Magasins du monde.

Source : carte blanche publiée dans Le Soir (www.lesoir.be) le jeudi 3 octobre 2013.

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