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Crise financière : l’Afrique ne sera pas épargnée !

Alors que la crise financière s’internationalise et se double progressivement d’une sévère crise économique, certains économistes développent la thèse selon laquelle l’Afrique sortirait grande gagnante de la crise du fait de sa faible intégration à l’économie mondiale. Or non seulement l’Afrique est plus intégrée au marché mondial qu’on le croit, mais en outre, des signes inquiétants laissent déjà penser que cette analyse est infondée.

L’Afrique connectée à l’économie mondiale

Certes, le secteur bancaire africain est très peu développé. Il ne peut donc survenir sur ce continent des tornades financières du même acabit que celle qui frappe actuellement les principales puissances économiques mondiales. Mais cela n’empêche pas les rares pays africains munis d’un système financier relativement développé de connaître les mêmes déconvenues boursières que leurs homologues du Nord. Ainsi, les bourses de Johannesburg, Lagos ou Nairobi piquent du même nez que leurs consœurs du monde entier.

En outre, le constat de l’immunisation de l’économie africaine aux secousses mondiales provient d’une lecture biaisée des statistiques. Certes, comme on ne cesse de le répéter, le continent africain représente moins de 3% du commerce mondial. Mais on oublie d’ajouter que la part des échanges dans le produit intérieur brut africain dépasse 50%, alors qu’elle ne dépasse pas 20% pour l’Union européenne ou les Etats-Unis. En d’autres termes, le fait que les économies africaines sont tournées vers l’exportation de matières premières de base (café, cacao, thé, sucre, coton, cuivre, etc.) implique qu’elles exportent l’essentiel de ce qu’elles produisent, ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux « chocs externes ».

L’Afrique victime de la crise financière

Par conséquent, la récession qui s’installe en Europe et aux Etats-Unis signifie que les marchés d’exportation vont diminuer pour les produits africains. Vu que l’économie africaine dépend fortement de ces exportations, l’impact social n’en sera que plus grand. Les conséquences pourraient être encore plus importantes dans les pays qui ont gagé d’importants investissements sur les recettes liées aux exportations. Ce type de contrat s’est fortement développé depuis que la Chine a fait des ressources africaines une priorité géostratégique.

En outre, l’Afrique est fortement dépendante des flux d’aide au développement (13,7 milliards de dollars en 2007), ainsi que des transferts financiers des migrants africains qui, depuis l’Europe ou les Etats-Unis, envoient une partie de leurs revenus à leur famille dans leur pays d’origine (11 milliards de dollars en 2007). Or il est évidemment à craindre que les centaines de milliards de dollars investies par les Etats du Nord dans les plans de sauvetage bancaires débouchent sur une diminution des flux d’aide au développement, qui plafonnent déjà depuis trois ans. Parallèlement, l’augmentation du chômage au Nord va immanquablement toucher les travailleurs migrants et peser sur les flux de transferts de ces migrants vers leur pays d’origine.

En définitive, la part de l’Afrique dans le commerce mondial a beau être très faible, le continent n’en est pas mois très vulnérables à la conjoncture internationale. Comme le souligne Paul Collier, professeur d’économie à Oxford : « Les pays du bas de la pyramide vont souffrir de la baisse ponctuelle des matières premières et de la réduction de l’aide aux pays en développement qui va probablement découler de la récession » [1]. Loin d’être épargnée par la crise financière, l’Afrique risque donc d’en subir les « dégâts collatéraux ».

[1Le Monde, 24/10/2008.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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