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Cuisiner au Sud sans fumées toxiques

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
22 juin 2015

Trois milliards de personnes préparent leurs repas sur des cuisinières artisanales. Selon l’OMS, 4,3 millions d’entre elles décèdent chaque année à cause des fumées toxiques. Les Nations unies lancent une campagne pour installer un maximum de foyers améliorés à travers le monde.

Trois milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, cuisinent dans une marmite posée directement sur un foyer incandescent fait de bois, de charbon, de détritus ou d’excréments. Ce mode rudimentaire de cuisson dégage des fumées toxiques qui tuent, selon l’Organisation mondiale de la santé, 4,3 millions de personnes chaque année.

« On parle du “tueur silencieux dans la cuisine”, confirme Vincent Dulong, directeur de Bolivia Inti-Soleil Sud, une association nantaise qui distribue des foyers améliorés. Les premières victimes sont les femmes bien sûr, mais aussi les enfants dont elles ont la garde. »

Une tambouille collective en Afrique . Une tambouille collective en Afrique (Crédit : © Bolivia Inti-Sud Soleil )

Aux risques sanitaires de ces foyers s’ajoute le temps perdu à récolter un combustible qui sera en grande partie gaspillé. « Un foyer traditionnel, poursuit l’expert, ce sont trois pierres, du bois et une marmite au-dessus. Le vent disperse les fumées, mais également la chaleur. Ces foyers ont un rendement d’à peine 5 à 10 %. Par ailleurs, il faut beaucoup de combustible pour préparer un repas. Une famille africaine consomme jusqu’à 5 kilos de bois par jour et une femme peut consacrer jusqu’à 20 heures par semaine à sa récolte. Un temps précieux qu’elle ne peut consacrer à l’éducation de ses enfants ou à des activités génératrices de revenus. Un foyer amélioré permet de diviser par 5 ou 6 la consommation de bois et par 10 le dégagement de fumée.  »

100 millions de foyers d’ici 2020

Un foyer amélioré, c’est bien souvent un bidon tapissé de terre cuite et muni d’un clapet pour alimenter le foyer en bois et en oxygène. Une solution toute simple mais qui est une excellente alternative aux cuisinières toxiques.
En 2010, les Nations unies ont élevé la diffusion de ces foyers au rang de cause planétaire en créant la Global Alliance for Clean Cookstoves (l’Alliance globale pour des cuisinières propres) chargée de pousser les pouvoirs publics, les associations et le secteur privé de tous les pays à installer 100 millions de foyers améliorés d’ici 2020. Un objectif qui pourrait bien être atteint tant la mobilisation est effectivement forte.

La cuisson mixte en Inde . La cuisson mixte en Inde (Crédit : ©Global Alliance for Clean Cookstoves )

« Au Cambodge, 3 millions d’unités ont été vendus en 10 ans, se félicite Julien Jacquot, qui gère dans la capitale khmère, Phnom Penh, un programme de distribution de foyers améliorés. Le défi, c’est de concevoir un foyer adapté aux habitudes locales de cuisson, puis de le faire construire sur place à un coût raisonnable et de le faire connaître auprès du public. Nous avons fait des démonstrations, de la publicité, maintenant c’est le bouche à oreille qui fonctionne.  » Le foyer proposé par Julien Jacquot fonctionne au bois et au charbon de bois. «  Ce sont les combustibles les plus polluants, poursuit-il. Nous n’essayons pas de nous substituer aux foyers à gaz, qui polluent beaucoup moins et sont utilisés par un public plus fortuné qui investira plus spontanément dans un bon foyer. »

Le soleil, dieu des cuisines

Un four solaire en Bolivie . Un four solaire en Bolivie (Crédit : © Bolivia Inti-Sud Soleil )

Plus radical encore que le foyer amélioré, il y a le four solaire, qui n’a besoin d’aucun combustible et ne dégage aucune fumée. Mais celui-ci ne convient pas partout et ne fonctionne pas tous les jours, même sous les tropiques. Il faut donc pouvoir s’en passer par temps couvert. Et ce type de four ne permet pas de préparer de grandes quantités de nourriture à la fois.

«  En Amérique latine, nous parvenons à imposer des fours solaires, poursuit Vincent Dulong, car la taille des familles, les habitudes alimentaires et surtout la culture locale le permettent. Dans les Andes, tout ce qui vient du soleil est considéré comme divin, donc pourquoi ne cuisinerait-on pas grâce au soleil ? Sur l’Altiplano, le four solaire est particulièrement utile du fait qu’il n’y pas de bois là-haut. On cuisine au gaz, mais une bonbonne coûte le tiers des revenus d’une famille modeste. »

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