×

Culture biologique : moins de 1% des surfaces agricoles mondiales

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
21 avril 2015

Imagine Demain le monde - L’agriculture biologique est pratiquée par 1,9 million de paysans sur 37,5 millions d’hectares. Cela représente moins de 1 % de la surface agricole mondiale. L’Europe est bien engagée dans ce secteur, le Japon et le Canada pas du tout.

L’agriculture biologique – c’est « la » condition de base – se passe de tout produit chimique de synthèse. Les sols sont fertilisés grâce à un apport en humus et à une bonne gestion de la rotation des plantes. Les parasites sont éloignés par des méthodes de lutte naturelle. Elle est moins productive, plus respectueuse de l’environnement et obéit à un cahier des charges précis afin de garantir la qualité de ses produits aux consommateurs.

Aujourd’hui, 1,9 million de paysans ont recours à ce type d’agriculture à travers le monde. C’est peu et beaucoup à la fois. Cela représente 37,5 millions d’hectares de terres cultivées, soit moins de 1 % de la surface agricole mondiale (0,89 % précisément). Les deux tiers de ces espaces sont occupés par des prairies, ce qui explique la forte présence du bio en Australie et en Argentine, deux pays qui pratiquent l’élevage extensif.
Les plantes les plus cultivées en bio sont les céréales qui couvrent la moitié des terres arables. La culture des légumes bio est par contre marginale : elle représente environ 200 000 hectares dans le monde.

L’Europe est le continent le plus engagé dans ce processus. Elle occupe 30% de la carte mondiale (voir ci-contre). Les ménages européens sont également les plus gros consommateurs de produits biologiques à travers le monde. Les Suisses en tête avec un budget moyen estimé à 189 euros par personne et par an. Et les Belges ? Ils dépensent environ 32 euros par an et par habitant. C’est peu, mais c’est 4 fois plus que la moyenne mondiale.

En Asie, l’agriculture bio s’est imposée peu à peu en Chine et en Inde. « En Chine, les classes moyennes font désormais attention à ce qu’elles mangent, souligne Philippe Baret, agronome et enseignant à l’UCL. Notamment, elles ne consomment plus de lait local suite aux scandales alimentaires qui ont frappé ce produit. Une entreprise chinoise a même acheté une laiterie en Normandie pour rassurer sa clientèle. »

En Afrique, l’Ouganda (190 000 exploitations), la Tanzanie (140 000) et l’Ethiopie (122 000) investissent eux aussi dans le bio. « Il y a longtemps que l’Afrique a compris l’intérêt du bio, poursuit Philippe Baret. Une demande locale apparaît dans les grandes villes.  » Le bio offre également une plus-value pour les produits à l’exportation : cacao, café, banane ou haricot.

Sur le continent américain, le Canada, un pays pourtant gigantesque, n’est pratiquement pas présent sur cette carte mondiale. Quant aux Etats-Unis, la production est à peine plus grande que celle de l’Espagne et de l’Italie réunies. Par contre, le sud du continent, lui, est mieux représenté grâce au Mexique (170 000 exploitations), au Pérou (43 000) et à la petite République Dominicaine (24 000).

Trois fois plus de bio en 15 ans

Ces 15 dernières années, les surfaces cultivées en bio ont triplé. En soi, c’est une petite révolution. « C’est d’autant plus remarquable que l’agriculture bio est pénalisée par rapport à l’agriculture conventionnelle, qui est largement subventionnée et qui ne doit pas assumer les coûts de ses dégâts environnementaux, constate Philippe Baret (UCL). Mais les habitudes changent. De plus en plus de consommateurs réclament des produits sains, et plus significativement encore, commencent à se détourner de la viande, dont on constate, pour la première fois en Belgique, que la consommation diminue. Du côté des producteurs, beaucoup d’agriculteurs se tournent vers le bio, non pas pour répondre au marché, mais par choix personnel. J’en veux pour preuve que certains agriculteurs adoptent certaines règles du bio sans demander la certification. »

Par ailleurs, cette carte ne montre que les surfaces consacrées à des productions bio contrôlées et certifiées. « Or beaucoup de paysans dans le Sud font de l’agriculture bio par défaut, poursuit l’agronome, parce qu’ils n’ont pas d’engrais ou de pesticides à épandre sur leurs champs. Si on pouvait établir une carte de tous les paysans qui cultivent en biologique, on verrait que les surfaces sont nettement plus importantes et localisées surtout dans les pays du Sud, l’Afrique en particulier.  » Enfin, cette carte montre bien la répartition des cultures biologiques dans le monde, mais elle ne dit rien au sujet des modèles économiques développés. « Une grosse exploitation tournée vers l’ex- portation ne garantit pas que les populations locales seront mieux alimentées, insiste Gaëtan Vanloqueren, agroéconomiste, enseignant à l’ICHEC et à Sciences Po. Cultiver en bio n’est pas tout, il faut encore que les paysans s’approprient ces pratiques pour assurer la survie de leur ferme et nourrir avant tout leur propre famille. Une agriculture bio, créatrice d’emplois, menée par une petite paysannerie, pour alimenter essentiellement un marché local et une économie solidaire, c’est cela l’agroécologie. C’est elle, et non simplement l’agriculture bio, qui a le potentiel de nourrir l’humanité de demain. »

Lire aussi

SOCFIN en Sierra Leone : La Belgique doit agir !

SOCFIN en Sierra Leone : La Belgique doit agir !

Stop à l’accaparement des terres et aux abus de droits humains du groupe SOCFIN en Sierra Leone ! La Belgique doit agir ! Un mois et demi après de nouveaux incidents violents dans les plantations du groupe SOCFIN en Sierra Leone causant la mort (...)


Voyage au cœur du greenwashing avec Febelfin
Un nouveau label pour « les investissements durables et socialement responsables »

Voyage au cœur du greenwashing avec Febelfin

Febelfin propose un label pour « les investissements durables et socialement responsables » qui tolère les énergies fossiles « conventionnelles » et qui permet des seuils de 10% pour l’industrie du tabac, 10% pour le commerce des armes « normales » et (...)


  • Antonio Gambini

    8 février 2019
  • Lire
Qui ? Jean-François Pollet
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0) 2 250 12 38

Inscrivez-vous à notre Newsletter