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De BRIC et de broc ?

Erik Rydberg Erik Rydberg
28 janvier 2014

Les montages savants de l’économie globalisée sous pavillon « Sociétés transnationales » réservent parfois des surprises. Et un mélange détonnant quand ils mettent aux prises « émergents » du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et les États-Unis.

Inutile de chercher dans nos gazettes, même à coloration financière : pas une ligne. L’affaire, impliquant trois colosses, États-Unis, Inde et Chine, est pourtant considérable.

Le Financial Times en a suivi la saga. Pour le lectorat francophone, Demain le monde la livre en exclusivité...

Blague à part, de quoi s’agit-il ?

On le sait, l’économie vulgaire, celle des manuels et du discours dominant, ne jure que par la croissance (produit intérieur brut), le commerce et les investissements directs à l’étranger : il faut entendre par là, surtout, les opérations de fusion et d’acquisition transfrontalières des multinationales (dans le jargon, on appelle ça de la « croissance externe »).

Ici, cependant, patatras, gros grain de sable, ô combien révélateur !

L’annonce en juin 2013 du projet de rachat par la société Apollo (Inde !) de l’entreprise Cooper Tire & Rubber Corp. (États-Unis !) avait été saluée par une fanfare de superlatifs. Elle s’est vite transformée en lamentos pleurnichards.

Le nouvel ensemble était censé accoucher d’un géant du pneu, n°7 mondial, et apporter – la transaction porte sur 2,5 milliards de dollars – une manne d’argent aux prêteurs (Deutsche Bank, Goldman Sachs, Morgan Stanley) ainsi qu’aux actionnaires. Et, pour Apollo, une nouvelle plume au chapeau. Fondée en 1975, l’entreprise indienne a su s’enfler surtout par croissance externe. En 2005, son chiffre d’affaires n’était que de 500 millions de dollars.

Mais, donc, las ! et re-las !

Car, primo, la filiale Cooper Chengshan Tire (Chine !), 5 000 travailleurs et environ 40% des profits du groupe, ne veut pas de ce rachat. Mieux : elle part en grève et décide d’un lock-out de la direction américaine. Interdiction d’entrer sur les lieux. Avec un argument de poids : vu l’endettement très élevé pesant sur l’opération, c’est la pérennité – la durabilité, mettons – des deux usines chinoises qui, à terme, paraît menacée.

Il faut ajouter à cela que la filiale chinoise était, au départ, en 2006, une joint venture fifty-fifty, par après filialisée, 65-35%. D’un point de vue culturel, l’opération pouvait paraître blessante de la part de « papa » : selon la direction chinoise, en effet, le « père » (Cooper, États-Unis) a manqué de considération pour son « fiston » (Cooper, Chine), le traitant comme moins que rien, une marchandise de seconde zone, vendue avec le lot.

Travailleurs chinois et états-uniens peuvent agir de concert, voire, demain, de manière concertée

Mais, ce n’est pas fini, car, secundo, aux États-Unis, ça va coincer aussi. Les travailleurs de la puissante United Steel Workers sont allés en justice et y ont obtenu gain de cause : l’opération, dira le verdict, ne peut pas mettre en péril la sécurité de l’emploi, ni les avantages sociaux acquis...

L’imbroglio, entre-temps, est devenu total. Mais deux ou trois leçons émergent cependant : le capitalisme-casino n’est pas une forteresse imprenable. Travailleurs chinois et états-uniens peuvent agir de concert, voire, demain, de manière concertée. Et le job de PDG n’est pas une sinécure, celui de Cooper, le pauvre, étant soumis à la dure loi des investisseurs, car seuls eux comptent à ses yeux. L’entreprise, finalement, il s’en fout et il n’a d’ailleurs pas d’autre choix.

Source : article publié dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°23, janvier - février 2014.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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