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De nouvelles promesses pour la Colombie ? Joindre le geste à la parole !

12 septembre 2010

Alors que le Parlement européen se penche lundi le 13 septembre sur la délicate question des droits de l’homme en Colombie, il convient de
relativiser les discours optimistes du gouvernement colombien et relayés en grande partie au sein des institutions européennes. Cela est d’autant plus important que l’Union européenne s’apprête à signer un accord de libre-échange avec la Colombie. La question du respect des droits humains dans ce pays doit être au centre des débats si l’Union veut garder sa crédibilité en tant que garante des valeurs démocratiques sur la scène internationale.

Depuis son investiture le 7 août dernier, le nouveau président colombien, Monsieur Juan Manuel Santos, a multiplié les discours rassurants et les grandes promesses. Il est vrai que sa tâche est immense si il veut rassurer l’opinion colombienne et internationale après les différents scandales qui ont entachés la présidence de son prédécesseur, Monsieur Alvaro Uribe. Parmi ceux-ci citons le scandale dit des « faux-positifs », terme recouvrant l’assassinat de civils par les forces régulières colombiennes qui les présentaient ensuite comme des guérilléros morts au combat. Un autre scandale particulièrement préoccupant est celui du service de renseignements colombien DAS qui est accusé d’avoir mené de nombreuses opérations souterraines visant à discréditer et à menacer des opposants politiques, journalistes critiques, juges et mouvements sociaux tant en Colombie qu’à l’étranger. A ce panorama peu engageant, il faut aussi ajouter
les graves tensions diplomatiques entre la Colombie, l’Equateur et le
Venezuela depuis que les forces colombiennes ont mené une opération
militaire contre la guérilla des FARC sur le territoire équatorien en mars 2008.

Monsieur Santos s’évertue donc à présent de se démarquer de son bouillant prédécesseur en faisant des déclarations d’intention et des réconciliations très médiatisées avec ses voisins. Mais n’oublions pas que le nouveau président colombien s’était vu confier le Ministère de la Défense par Uribe, qu’il était toujours en poste quand ses différents scandales ont éclatés et qu’il fait, en outre, partie de la même formation politique, le parti de la « U ». Il est donc difficile de croire à une véritable rupture même si Monsieur Santos a déclaré que les droits de l’homme constituent une priorité pour son gouvernement et que celui-ci allait s’attacher à indemniser les plus de trois millions de personnes déplacées par la violence et dont les terres ont été usurpées par les forces paramilitaires.

La crise humanitaire et des droits de l’homme en Colombie reste une des plus grave du monde à l’heure actuelle. L’Union doit donc être vigilante et s’appuyer sur des faits concrets plutôt que sur des discours et des engagements verbaux retentissants. Voyons quelques défis prioritaires :

  • l’impunité reste la règle en Colombie. On estime que 96,8 % des
    assassinats de syndicalistes restent impunis. Aucun des trente haut-officiers qui avaient été sommé de démissionner dans la cadre de la sinistre affaire des « faux-positifs » n’a été inculpé.
  • Après une période d’amélioration, le transfert des cas de violations aux droits humains du système de justice militaire aux juges civils a ralenti de façon spectaculaire d’une moyenne de 34,5 cas par mois en 2008 à 3 cas par mois dans le dernier trimestre de 2009.
  • Depuis un an, 26 défenseurs des droits humains et leaders de
    communautés menacées ont été assassinés et on dénombre déjà plus de trente assassinats de syndicalistes pour l’année 2010. Par ailleurs, les menaces écrites et les agressions à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ne cessent d’augmenter (on dénombrait 64 agressions entre janvier et juin 2010) et le gouvernement n’a jusqu’à aujourd’hui pris aucune initiative visant à leur protection effective.
  • le service de renseignements, le DAS, n’a pas été démantelé et les
    investigations ne touchent pas les plus hauts niveaux de pouvoir de cet organisme, directement lié à la présidence de la République colombienne. Les dossiers des personnes discréditées et menacées par ce service n’ont toujours pas été dépurés.
  • Alors que l’administration Uribe claironnait que les forces paramilitaires avaient été démobilisées, on assiste au contraire depuis deux ans à une résurgence de ces groupes armés illégaux dont les liens avec l’armée colombienne sont avérés dans plusieurs régions du pays.

Les déclarations du nouveau président colombien sont bienvenues et
attendues de longue date, mais il reste cependant à mettre en pratique ces intentions louables et la tâche est immense. L’Union européenne ne peut pas se contenter de discours et de promesse. Elle a le devoir de s’appuyer sur des faits concrets et mesurables à l’heure de s’engager dans un partenariat économique avec la Colombie.

Bruxelles, le 10 septembre 2010

Signataires

  • Coordination belge pour la Colombie - CBC
  • CNCD-11.11.11
  • BROEDERLIJKDELEN
  • SOLIDARITE SOCIALISTE
  • Comité pour le respect des droits humains “DANIEL GILLARD”
  • The International Office for Human Rights Action on Colombia - OIDHACO

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