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Géostratego

Demain, une Organisation mondiale de l’environnement forte ?

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
25 août 2010

Verra-t-on bientôt naître une Organisation mondiale de l’environnement (OME) capable d’instaurer des « taxes globales » dignes de ce nom sur les émissions de CO2, les transactions financières ou le kérosène ? La nouvelle géopolitique environnementale impose en effet de se doter d’institutions internationales et de financements à la hauteur des enjeux. Analyse.

Il y a un demi-siècle, l’économiste et théoricien politique américain Rostow définissait le développement comme un processus par étapes et postulait que toute société passait inéluctablement par cinq phases : « La société traditionnelle, les conditions préalables du démarrage, le démarrage, le progrès vers la maturité et l’ère de la consommation de masse [1].  » Cette conception du développement devint le fil rouge des politiques de coopération internationale des pays occidentaux : « aider » le tiers-monde à doper sa croissance pour atteindre le stade final de la société de consommation de masse.

La contrainte environnementale

Le problème est que la généralisation du modèle de développement occidental mènerait la planète à un « krach écologique ». Comme le souligne Serge Michailof : « Le succès espéré du processus de développement économique dans les pays émergents pose le problème de la soutenabilité du modèle de développement  [2]. » La double contrainte de l’accès aux ressources naturelles et de la stabilité climatique implique dès lors de changer de modèle.

Un autre problème est que les pays émergents, qui connaissent à leur tour une « révolution industrielle », ont la ferme intention de continuer dans cette voie tant qu’aucun modèle alternatif crédible ne sera disponible. Ils rappellent à qui veut l’entendre que les défis environnementaux actuels ont essentiellement été provoqués par les pays occidentaux durant les décennies passées, et que ces derniers ont dès lors contracté une « dette écologique » qu’ils doivent aujourd’hui assumer.

Un troisième problème est que les pays occidentaux n’ont plus toutes les cartes en main. Non seulement les pays émergents revendiquent leur juste place dans les organisations internationales, mais en outre ils polluent de plus en plus, devenant eux-mêmes des sources importantes de dérèglements écologiques. A un tel point qu’une décision unilatérale des pays occidentaux ne permettrait en rien de répondre à l’ampleur des défis. Comme le souligne Alexis Bonnel à propos des gaz à effet de serre : « Même si tous les pays de l’OCDE parvenaient par magie à réduire à zéro leurs émissions en 2030, celles générées dans les seuls pays en développement amèneraient la planète au-delà des limites considérées comme acceptables par les scientifiques [3]. »

Ainsi, pour la première fois depuis longtemps dans les relations Nord-Sud, le Nord ne contrôle plus la situation. C’est pourquoi nous devons « changer de logiciel » et prendre la mesure de la nouvelle géopolitique environnementale.

Relations Nord-Sud

La contrainte environnementale implique de mettre en œuvre un nouveau modèle de développement et donc de refonder les relations Nord-Sud. Il ne peut plus être question d’une approche verticale où le Nord dicte, la main sur le portefeuille, la voie à suivre par le Sud. La nouvelle approche doit reposer sur des « partenariats globaux » où le Nord et le Sud s’accordent pour faire évoluer leur modèle de développement vers un modèle alternatif, et adopter dans ce sens des règles communes, dans leur intérêt respectif. Mais le Sud n’acceptera une telle évolution que si le Nord assume sa part de responsabilité financière et mobilise les moyens nécessaires au financement de la transition vers un modèle pauvre en carbone.

Il est donc dans l’intérêt du Nord de transférer des financements et des technologies dans le Sud, ce qui contraste avec la dimension caritative de l’approche verticale des relations Nord-Sud du passé.

Dans le nouveau monde multipolaire comme dans celui d’hier, chaque puissance défend ses propres intérêts, mais il n’en reste pas moins que les pôles ont des intérêts communs, dont la stabilité environnementale. Le Nord doit donc se mettre d’urgence en quête d’un nouveau modèle qui soit généralisable et accessible à l’ensemble de la planète.

Vers une OME ?

En définitive, la nouvelle géopolitique environnementale impose de se doter des institutions internationales et des financements à la hauteur des enjeux. De plus en plus de voix prônent la création d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME), qui rassemblerait en son sein l’ensemble du droit environnemental international et représenterait le cadre pour adopter des normes et les faire respecter.

Mais cette OME ne sera crédible que si elle garantit aux pays du Sud un mode de décision démocratique et des financements durables. C’est pourquoi elle devra constituer une organisation internationale créée véritablement à la fois par le Nord et le Sud, et qu’elle devra se doter de modes de financement propres et garantis, ce que permettrait l’intronisation de « taxes globales » sur les émissions de CO2, les transactions financières ou le kérosène, et dont les bénéfices ne dépendraient pas du bon vouloir de ses multiples Etats membres.

[1The stages of economic growth. A non-communist manifesto, W.W. Rostow, Cambridge University Press, 1960, traduit en français sous le titre Les étapes de la croissance économique, Seuil, 1963, p. 13.

[2Notre maison brûle au Sud. Que peut faire l’aide au développement ?, S. Michailof et A. Bonnel, Fayard, 2010.

[3S. Michailof et A. Bonnel, op. cit., 2010, p. 289.

Source : Imagine demain le monde, sept/oct 2010.

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