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Multiculture

Des projets plein le Poche

Julien Truddaïu Julien Truddaïu
8 avril 2013

Petite révolution dans le monde du théâtre bruxellois. Après 20 ans de travail acharné, Roland Mahauden quitte la direction du Théâtre de Poche pour se concentrer sur des projets de coopération culturelle en République démocratique du Congo (RDC). Un retour aux sources en quelque sorte.

Roland Mahauden, « C’est une certaine manière de faire du théâtre, de penser la relation aux spectateurs. C’est proposer autre chose que Cyrano de Bergerac aux jeunes », tels sont les mots d’Olivier Coyette qui, dans quelques mois, reprendra les rênes du théâtre. Un véritable défi car rares sont les espaces culturels attachés à une personnalité comme à celle de Roland Mahauden. Depuis 1966, le Théâtre de Poche est situé au cœur même du Bois de la Cambre à Bruxelles. Un lieu particulier pour un projet théâtral qui l’est tout autant. Théâtre de société, l’engagement social et politique du Poche est marqué par des actions concrètes. En Belgique, il a initié ‘Article 27’ en 1999 pour faciliter l’accès à la culture des plus démunis. En Afrique, il développe un projet de « coopération culturelle » en RDC, plus particulièrement dans l’Est du pays, dont la tragique actualité se rappelle à nous sporadiquement.

Rencontre avec le Congo

Les liens du Poche avec la RDC remontent à 1964, époque à laquelle l’opérateur culturel organisait des tournées au Zaïre avec des spectacles et des concerts émanant de diverses troupes belges. Bien avant de diriger le Poche, Roland Mauhauden parcourt des milliers de kilomètres de brousse, avec son compagnon de route Roger Domani, pour dresser l’inventaire des danses folkloriques de l’ensemble du pays et créer le premier Ballet national folklorique du Congo. Après une longue interruption, le futur ex-directeur renoue avec le Congo en 2004 avec un spectacle autour du texte d’Ahmadou Kourouma, « Allah n’est pas obligé » qui met en scène le drame des enfants soldats. « Le théâtre en RDC est principalement basé sur le ‘théâtre de sensibilisation’ (théâtre action, théâtre forum,…), explique Roland Mauhauden. C’est l’un des seuls moyens d’obtenir un financement auprès de certaines ONG. Les thématiques de ces spectacles joués gratuitement sur les places publiques, dans les écoles, sur les marchés, etc. touchent très souvent à des problématiques locales telles que la propagation du SIDA, le mariage précoce, la citoyenneté, etc.  »

C’est à Kisangani, au sortir des massacres que la ville a subis lors de son invasion par les troupes rwandaises et ougandaises, qu’il rencontre le Théâtre des Amazoulous. « La première confrontation avec les artistes de l’Est de la RDC a été déterminante quant à l’investissement du Théâtre de Poche dans ces régions particulièrement meurtries par des guerres successives  ». Les artistes de ces régions se sentaient délaissés tant par Kinshasa que par les projets de coopération culturelle développés par des institutions étrangères. « J’ai été extrêmement sensible au dénuement et à l’éloignement de ces artistes par rapport à la capitale Kinshasa, qui est le seul endroit où il y a une école d’art dramatique et de temps en temps un festival ou un spectacle d’une troupe belge. » Le Poche s’engage alors sur le long terme avec le Théâtre des Amazoulous. « Je suis persuadé que nous n’avons pas vraiment le droit, nous, artistes nantis et privilégiés, d’aller en Afrique ‘faire un coup’ de quinze jours-trois semaines, et puis ‘au revoir tout le monde’, insiste le directeur du Poche. Moi, ça fait 10 ans que je bosse et que je parraine ce projet. »

Le théâtre en RDC est principalement basé sur le ‘théâtre de sensibilisation’

Roland Mahauden prend la tête du Poche en 1992. Il passera le témoin dans quelques mois à Olivier Coyette, mais le capitaine ne quitte pas pour autant le navire puisqu’il se consacrera au développement des projets Nord-Sud du Théâtre : « Le fait de quitter la direction artistique du Poche va me permettre de m’engager dans des projets plus ambitieux : permettre par exemple à des artistes locaux d’avoir accès à une formation plus aboutie que celle qu’on a pu leur proposer comme ça, ponctuellement, avec des pédagogues belges que j’ai amenés là-bas, que ce soit au niveau du jeu de l’acteur, de la scénographie, etc.  » La coopération culturelle ne fera donc pas les frais du passage de témoin car l’Afrique est l’un des points communs entre les deux hommes. Comme si le théâtre en Belgique ne les nourrissait pas assez, tous deux ont noué des relations solides avec le continent africain. « Même si Olivier Coyette est plutôt branché Afrique de l’Ouest tandis que moi, je suis plus sensible aux problèmes du Congo », précise Roland Mahauden.

Démarche d’ouverture et « pacifiante »

Roland Mahauden quitte donc la direction de « son » théâtre, des projets plein le Poche. « Ce qui me paraît primordial, c’est d’arriver à déboucher sur des créations qui peuvent être présentées tant sur une scène belge que rwandaise ou burundaise, ajoute-t-il. Il y a des choses que l’on défend ici dans cette maison depuis très longtemps. Mon dernier spectacle, par exemple, a surgi d’un atelier que j’ai mené là-bas. J’y avais rassemblé des comédiennes qui venaient aussi bien du Rwanda que du Congo, et on connaît les problèmes auxquels sont confrontés ces deux pays. C’est une démarche d’ouverture et ‘pacifiante’, ce qui fait partie de la philosophie du Théâtre de Poche. Quand on invite des Palestiniens à venir jouer ici, c’est dans le même sens  ».

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On n’entre pas par effraction au Poche

Quand on lui demande de présenter son « dauphin », comme il l’appelle d’un air moqueur, Roland Mahauden prend son temps pour trouver les mots justes : « Olivier, c’est un auteur, un metteur en scène, un comédien, il bouffe un peu à tous les râteliers. Il a de l’ambition aussi, il est sur le terrain international ». Pour Olivier Coyette, la rencontre avec l’Afrique s’est faite avant son travail de théâtre : « Durant mes études d’anthropologie, j’ai fait un travail de terrain en ethnographie dans un village du Burkina Faso. J’y ai par la suite découvert très vite le théâtre  ». Il a aussi travaillé au Congo où il a animé un atelier d’écriture à Kinshasa et à Kisangani il y a 5 ans. « J’y ai noué des contacts avec des Congolais, mais j’ai beaucoup de choses à apprendre sur l’Afrique centrale. J’aimerais beaucoup me rendre non seulement au Congo mais aussi au Rwanda et au Burundi. Je pense qu’il est beaucoup plus difficile de faire du théâtre au Congo qu’en Afrique de l’Ouest, qui est plus ‘pacifiée’. Quoique… Avec les événements de l’an dernier au Burkina et ce qui se passe au Mali… ».

A voir

« Le bruit des os qui craquent »
Mise en scène : Roland Mahauden
Du 31 janvier au 16 février 2013

Le Roi de la Danse – Mohammed Ali
Mise en scène : Olivier Coyette
Du 21 mai au 8 juin 2013

Source : article publié dans Demain le monde, n°17, janvier-février 2013.

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Qui ? Julien Truddaïu
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