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Des ressources naturelles et des crises

Véronique Rigot Véronique Rigot
7 avril 2010

Les ressources naturelles sont au cœur de notre modèle de développement et de ses crises. La publication d’un numéro spécial de la revue Altermondes est l’occasion d’un voyage au cœur de ces crises contemporaines.

Il n’y a pas de définition officielle internationale des ressources naturelles, mais la typologie des trois éléments que sont la terre, l’air et l’eau fait loi. On distingue également le vivant du non-vivant, et les ressources renouvelables des non-renouvelables. On y a ajoute ensuite les différentes sources d’énergie, c’est-à-dire le mouvement de certaines ressources (le vent ou la force des marées) ou encore le soleil.
Ainsi, l’eau, les forêts, les ressources minières, les sols, les ressources halieutiques, … mais aussi le soleil, le vent et la force des marées sont des ressources naturelles. La biodiversité est définie comme la diversité naturelle des organismes vivants. Elle constitue la « ressource des ressources » car sans cette diversité, la qualité et la quantité des trois éléments est mise en danger, et donc la qualité et la quantité de toute les autres ressources.
Quand on parle de ressources extractives, on pense au charbon, au pétrole, aux diamants, à l’or, au coltan, … Les ressources extractives sont les ressources minérales qui sont généralement extraites de la terre (ou des mers) pour les besoins de nos sociétés. L’eau des nappes phréatiques peut par exemple être considérée comme une ressource extractive qui a contribué à l’élaboration de notre modèle de développement.

Et justement, quel est-il, ce modèle de développement ? S’il nous fallait le caractériser en trois adjectifs, ceux-ci pourraient être : économique (et financier), mondialisé, et illimité.

Economique (et financier) tout d’abord : les dimensions politiques, scientifiques, culturelles, sociales ou encore environnementales y sont secondaires… Le système occidental qui tend à se généraliser sur la planète est un modèle où « celui qui a le pouvoir est celui qui a l’argent », c’est donc un modèle capitaliste. Il y a bien sûr des variantes à ce modèle, plus ou moins libérales ou sociales, plus ou moins vertes (ou en cours de verdissement).

Mondialisé, ensuite. La mondialisation n’est certes pas un phénomène nouveau, certains datent son origine à la renaissance et aux relations commerciales florissantes de l’époque. D’autres remontent au Moyen Age et à l’époque des croisades. De tout temps, les hommes ont voyagé à la recherche d’espaces nouveaux ou d’opportunités d’échanges. Mais le développement des technologies de transport au 20e siècle et des nouvelles technologies de l’information et de la communication à la fin du 20e siècle ont sans nul doute apporté un nouveau souffle aux mouvements de mondialisation. Aujourd’hui, le monde est un village, je reçois des nouvelles instantanées en restant assise à mon bureau, et je voyage très rapidement très loin et à relativement peu de frais. En conséquence, les économies se sont spécialisées, chacun trouvant son créneau. Les pays industrialisés, post-industrialisés ou émergents se spécialisent dans le commerce et les services, et dans la production industrielle, et le monde en développement reste cantonné aux activités de type primaire : l’agriculture, la pêche et l’extraction de matières premières. Chacun selon ses « avantages comparatifs », nous dit-on.

Illimité, enfin, de par la course aux profits toujours plus importants, de par les quantités de biens produits et consommés aussi. Un peu moins de 7 milliards d’humains sur terre, et suffisamment de produits agricoles pour nourrir tout le monde. On cherche à produire toujours plus, toujours moins cher. La qualité a donc aussi tendance à diminuer… Dans cette frénésie à la production, la conception des ressources naturelles reste celle des matières premières, qui plus est disponibles et en grandes quantités illimitées. Notre modèle ne craint donc ni la surconsommation, ni la surproduction. Et non plus le sur-gaspillage !

Il en va par exemple des produits alimentaires : 30% des produits alimentaires sont jetés sans être consommés. Les chiffres sont pires encore pour la pêche : pour 1 kg de crevettes consommées, 10 kg sont pêchés et rejetés en mer ! Autre exemple frappant, celui de l’eau : un Californien consomme 450 litres d’eau potable par jour, un Parisien 240 litres, quand la moyenne mondiale est à 40 litres par jour par personne, et l’Afrique à 30.
Pensons également au papier dont des quantités astronomiques ne sont toujours pas recyclées chez nous, à l’énergie de nos lampes et appareils électriques qui restent allumés alors qu’ils ne sont pas nécessaires… L’idée d’abondance est associée à un confort souvent déraisonné, allant parfois jusqu’à l’absurde. Ainsi, le nombre de voitures sur nos routes ne cesse d’augmenter, ainsi que la longueur des files d’embouteillages. En conséquence, les automobilistes attendent de nouvelles infrastructures routières qui seront dans un premier temps relativement libres, et qui appelleront une augmentation du nombre de voitures, donc plus d’embouteillages... En France, une voiture en ville roule désormais à 15 km à l’heure de moyenne, soit la vitesse d’une calèche à cheval au XIXe siècle !

Autre exemple de cercle vicieux de nos comportements frôlant l’absurdité : l’explosion de la consommation d’énergie dans les bâtiments. Les systèmes de chauffage et de climatisation contribuent à l’émission de gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement global et aux changements climatiques. Qui dit changements climatiques dit hausses de températures locales, et donc nécessité de climatiser pour rafraîchir les bâtiments, d’où une hausse de consommation d’énergie dans les bâtiments, etc.

La question de la crise climatique illustre également la capacité de l’homme à inventer des solutions qui n’en sont pas, par exemple remplacer le pétrole par des agro-carburants. Plutôt que de réduire la surconsommation de transport routier à la racine de son impact climatique, le politique a privilégié la solution en bout de chaîne. Les agro-carburants sont cultivés en plantations mono-intensives. S’ils remplacent une fraction du pétrole dans les pays riches, ils n’améliorent pas l’indépendance énergétique de ces derniers puisqu’ils sont massivement importés. Le bilan climatique est donc plutôt mitigé, et leur culture intensive n’est pas durable : les sols s’épuisent, les monocultures intensives génèrent une hausse des prix alimentaires, l’accaparement de terres agricoles vivrières, des conflits fonciers, une perte de biodiversité, etc.

Les conséquences de notre modèle de développement sur la gestion des ressources sont évidentes. Certaines sont très visibles : certaines ressources sont surexploitées, certaines espèces disparaissant même… Le gaspillage lié aux surplus de production, et en particulier les surproductions agricoles est aisément perceptible aussi. D’autres conséquences sont plus sournoises : ainsi, la financiarisation croissante de l’économie, la marchandisation, par exemple de l’eau ou de l’air (par la mise en place du marché du carbone dans le Protocole de Kyoto), ou encore la fixation internationale des prix des ressources qui mettent en difficulté les pays spécialisés dans la production d’une matière première en sont des exemples.

En écho aux crises contemporaines de notre système, une première analyse est la piste sociale et environnementale : on assiste en effet à une course vers le bas des standards sociaux et environnementaux. Des entreprises n’hésitent pas à délocaliser leurs activités où les règlementations sociales et environnementales sont moins développées (en Asie, mais aussi au Mali ou en RDCongo par exemple pour l’exploitation de l’or). Ces délocalisations garantissent trop souvent des profits plus ambitieux.

Une seconde piste est plus politique : on assiste à une course aux matières premières, à un positionnement géostratégique car les ressources deviennent objets de convoitise. Il en va pas exemple de la présence chinoise en Afrique, et en particulier pour le pétrole nigérian ou l’étain, le fer ou le coltan congolais. Si les guerres sont souvent alimentées par les ressources (plusieurs analyses le démontrent pour la cas de la République démocratique du Congo), les premières guerres pour les ressources apparaissent aussi selon certains analystes. Il en va par exemple de l’accès à l’eau.

Enfin, revenons à la crise climatique : 60% des émissions de gaz à effet de serre sont causées par les énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole) qui ne sont autres que des ressources extractives. Le réchauffement global a des conséquences sur toutes les ressources naturelles, notamment l’eau (le régime des précipitations varie en fonction des conditions atmosphériques), la biodiversité qui s’érode, et donc les équilibres naturels qui sont déstabilisés. Le climat et les ressources naturelles sont étroitement liés. Notre système de (sur)production et de (sur)consommation des ressources naturelles est la source d’énormes quantités d’émissions de gaz à effets de serre via la production alimentaire et l’élevage, le déboisement, les transports,…

Ceci nous fait dire que la crise climatique n’est que le symptôme d’une crise systémique. Notre modèle de développement a trop peu pris en compte le social et l’environnemental. En conséquence, à l’heure où certains souffrent de l’abondance de la surproduction et de la surconsommation (embouteillages, obésité,…), d’autres souffrent d’inégalités exacerbées, de vulnérabilité face aux changements climatiques, de nouveaux freins à leur développement, et des populations entières sont contraintes de se déplacer, entre autres conséquences humaines.

En conclusion, que la crise soit socio-environnementale, politique, climatique, voire humaine (car toutes les crises de notre système ont des conséquences sur nos comportements), nous devons travailler sur les racines, c’est-à-dire considérer les ressources naturelles au cœur de ce système et mettre en œuvre des modes de gestion plus respectueux et plus durables. Bien que galvaudé, le concept de « développement durable » défini par le rapport Brundtland contient l’essence du message de promotion d’un développement à la fois économique, social et environnemental, qui se conjugue au présent et sans compromettre l’avenir.

Au-delà d’une campagne grand public pour accompagner la prise de conscience de la nécessité de concevoir une gestion plus durable des ressources, nous nous adressons au politique pour lui demander une responsabilité juridiquement contraignante et la régulation des acteurs privés, à commencer par les entreprises multinationales occidentales. Nous lui demandons également de favoriser la participation des citoyens à l’ensemble des décisions qui les concernent. Notamment, les populations locales doivent être des parties prenantes à part entière dans l’exploitation et la gestion des ressources naturelles.

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