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Négociations climatiques

Destination Durban

Véronique Rigot Véronique Rigot
17 novembre 2011

C’est à Durban, en Afrique du Sud, que se tiendra le prochain sommet des Nations Unies sur le climat. Deux semaines, c’est le temps imparti aux nations du monde entier pour s’entendre sur le futur accord international qui régulera le climat. Au-delà de la forme que prendra cet accord, l’enjeu sera la mise à disposition des moyens financiers nécessaires pour lutter contre le réchauffement global. Explications.

Du 28 novembre au 9 décembre, les Etats signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques se réuniront à Durban, en Afrique du Sud. Les parties négocient un accord international qui régulera le climat à la suite du Protocole de Kyoto, qui arrivera à échéance fin 2012. Le processus est long : entamé dès 2005, il a été balisé en quatre grands chapitres dans une feuille de route à Bali en 2007. Cette feuille de route devait aboutir à la signature d’un accord à Copenhague en 2009, mais, on s’en rappelle, les négociations ont échoué. Le processus a alors été remis sur les rails à Cancún en 2010, où le sommet a accouché d’un texte d’une cinquantaine de pages traçant les contours du futur accord, chapitre par chapitre. A Durban, cette année, le défi sera non seulement de travailler à opérationnaliser les pistes de cet accord, mais aussi d’aller plus loin.

Aller plus loin signifie d’abord et avant tout obtenir un positionnement ambitieux sur les sujets qui fâchent, ceux qui ont bloqué les négociations à Copenhague, et qui ont été mis au frigo à Cancún. En cette période de crise et d’instabilité, force est de constater que les ambitions internationales sont au plus bas, malgré les nombreux discours sur la nécessité d’un revirement radical vers un développement durable. Les négociations stagnent sur trois dossiers : les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’engagement dans une seconde période du Protocole de Kyoto et les mécanismes pour mettre à disposition l’argent promis pour la lutte contre le réchauffement global.

Les gaz à effet de serre

60% des réductions d‘émissions à l’horizon 2020 seraient effectuées grâce aux pays en développement

La première manière de lutter contre le réchauffement global est de limiter les émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire principalement le gaz carbonique. Les objectifs de réduction des Etats sont loin de répondre aux recommandations scientifiques élaborées par le Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC). Les Etats-Unis et la Chine cristallisent à eux seuls toutes les réticences à réduire leurs émissions. L’Union européenne (UE) stagne ainsi depuis fin 2008 sur son objectif de réduction de 20% à l’horizon 2020 par rapport à 1990, alors que la Commission a reconnu dans une communication que la crise économique et financière facilitait l’atteinte de cet objectif et a affirmé l’intérêt stratégique européen à adopter une réduction plus ambitieuse. Plus surprenant encore que l’illogisme de l’UE, les pays du Sud s’engagent à des réductions plus ambitieuses que les pays industrialisés. Ils ne portent pourtant pas la responsabilité historique du réchauffement global, mais dans les faits, malgré le principe de responsabilité différenciée, 60% des réductions des émissions à l’horizon 2020 seraient effectuées grâce aux pays en développement [1].

Une seconde vie pour Kyoto

Vu la conjoncture internationale, il y a peu d’espoirs de voir à Durban les Etats se prononcer pour des objectifs plus ambitieux de réduction des émissions. Par contre, ils devront se prononcer sur la forme qu’ils veulent pour la suite du Protocole de Kyoto et sur les manières de mettre à disposition l’argent promis pour limiter le réchauffement global. Alors que les Etats-Unis ne sont jamais entrés dans le Protocole de Kyoto et que quelques parties (le Japon, le Canada ou la Russie) ont d’ores et déjà annoncé qu’il leur est inconcevable de renouveler leur engagement au Protocole de Kyoto, l’UE se dit prête à poursuivre ses efforts de réduction à condition que les plus grands pays émetteurs s’y engagent également. Du côté des ONG, on insiste pour réformer certains aspects du Protocole, comme celui des mécanismes de développement propre [2].

Le nerf de la guerre

Le dossier crucial sur lesquelles des avancées sont attendues à Durban concerne les financements pour l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation du réchauffement. Les parties se sont engagées en deux étapes : à court terme (2010-2012) et à plus long terme (2013-2020).

A court terme, les financements qui doivent être rendus disponibles rapidement sont de l’ordre de 30 milliards de dollars. La Belgique s’est engagée à mettre à disposition 150 millions d’euros, soit 50 millions d’euros par an. En 2010, 42 millions ont été mis sur la table. Cette année, le gouvernement fédéral en affaires courantes n’a pu débloquer que 20 millions d’euros du budget de la coopération au développement... et à l’heure à laquelle ces lignes sont rédigées, les régions ne se sont pas encore prononcées. La perspective des 150 millions d’euros à l’horizon 2012 s’éloigne de plus en plus !

A plus long terme, les moyens devraient graduellement augmenter pour atteindre les 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020. Ce montant peut paraître conséquent, mais n’est que très relatif si on examine les profits de certaines multinationales. Par ailleurs, des études ont démontré qu’on pouvait libérer facilement cet argent en instaurant une taxe sur les transactions financières (idée que dit défendre la Belgique, à l’instar de la France et de l’Allemagne), voire si on combine plusieurs sources de financement, notamment une taxe sur les transports aérien et maritime par exemple.

Nouvelles sources de financement

Par rapport à cet enjeu, les ONG insistent sur deux points. D’une part, cet argent doit provenir, de sources publiques car l’argent prêté par le privé nécessitera remboursement du principal et des intérêts, alors que les projets de lutte contre le réchauffement global ne sont pas des projets rentables. D’autre part, de nouvelles sources de financement sont nécessaires. Il ne peut s’agir d’aide publique au développement recyclée, sous peine de priver certaines régions de projets nécessaires et/ou de gonfler les chiffres de l’aide au développement.

[1Stockholm Environment Institute, « Comparison of Annex 1 and non-Annex 1 pledges under the Cancun Agreements », juin 2011. Lire aussi : Oxfam International, « Developing countries pledge bigger climate emissions cuts than world’s richest nations », 6 juin 2011.

[2Le mécanisme de développement propre (MDP) est un mécanisme économique de la finance du carbone qui fut élaboré dans le cadre du Protocole de Kyoto. Il s’agit d’un mécanisme de marché visant à récompenser l’instauration de technologies de réduction d’émissions dans les pays en voie de développement, et à en monétariser la valeur, négociée en unités d’équivalent d’une tonne de CO2.

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