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Opinion

Destructions israéliennes de biens palestiniens : temps pour l’action européenne

9 mai 2016

Les démolitions ne sont pas un phénomène nouveau dans le territoire palestinien occupé, mais bien une partie essentielle de la vie sous une occupation israélienne qui dure depuis presque 50 ans. Néanmoins les démolitions atteignent actuellement un niveau jamais vu.

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders visite la Palestine et Israël du 7 au 10 mai. Une première visite initialement prévue en décembre 2015 avait été reportée. L’UE avait en effet publié quelques semaines auparavant les nouvelles directives sur l’étiquetage des produits des colonies.

Israël avait réagi en suspendant toutes ses relations diplomatiques avec l’UE. En février 2016, Israël a accepté de revenir à un niveau normalisé de relations diplomatiques. Mais le retour du business as usual est-il possible avec un partenaire qui ne tient compte d’aucun accord ?

Une vague jamais vue de démolitions israéliennes

La situation sur le terrain reste dramatique. Depuis le début de 2016, une vague inédite de démolitions a lieu en « zone C », zone représentant 60% de la Cisjordanie occupée et sous contrôle total d’Israël.

Les démolitions ne sont pas un phénomène nouveau dans le territoire palestinien occupé, mais bien une partie essentielle de la vie sous une occupation israélienne qui dure depuis presque 50 ans. Néanmoins les démolitions atteignent actuellement un niveau jamais vu. Fin avril 2016, le compteur s’élevait à 522 structures palestiniennes démolies, déplaçant par la même occasion quelque 743 Palestiniens. En comparaison : en 2015, 453 structures palestiniennes avaient été démolies en zone C laissant 580 Palestiniens sans toit.

Il est surtout question d’un focus grandissant sur les destructions de projets humanitaires européens : panneaux solaires, réservoirs d’eau, classes d’école, plaines de jeu et simples abris. En 2016, le montant des projets détruits s’élève à quelques 200.000 euros. Et de plus en plus de projets européens sont détruits en Cisjordanie sans provoquer de réactions.

Stratégie anti-paix

Les démolitions font partie d’une stratégie plus large destinée à pousser les Palestiniens hors de leur terre, à fragmenter un peu plus leur territoire et à faire de la place à l’expansion croissante des colonies israéliennes illégales. Elles sont l’une des plus importantes menaces à une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Israël prétend « appliquer la loi » en détruisant des structures palestiniennes construites sans autorisation. Cependant les chiffres israéliens officiels montrent comment seul 1,5 pourcent des demandes palestiniennes de permis de construire est approuvé, forçant les Palestiniens et les donateurs internationaux à construire sans autorisation. Les Nations Unies affirment clairement que le régime de planification israélien en zone C va à l’encontre du droit international.

En tant que puissance occupante, Israël a par ailleurs l’obligation de protéger la population palestinienne. La destruction de biens Palestiniens est interdite selon le droit international, si ce n’est dans le but d’opérations militaires absolument nécessaires. Et la nécessité militaire pour Israël de la destruction de panneaux solaires, de classes d’école et de plaines de jeux reste peu claire.
La construction de colonies israéliennes, illégales selon le droit international, se poursuit par ailleurs gaiement alors que des « outposts » israéliens construits illégalement se voient légalisés.

Manque de fermeté européenne

En septembre 2015, l’UE a entamé un « dialogue structuré » avec Israël, afin de mettre un terme aux démolitions dans les six mois. L’UE a déclaré haut et fort que si ce processus ne donnait pas de résultats, elle demanderait des compensations financières à Israël. Mais sept mois de « dialogue » plus tard, les démolitions augmentent au lieu de diminuer.

La Belgique joue un rôle de leader dans la (modeste) opposition européenne contre les démolitions. Le ministre Reynders doit montrer clairement que la patience européenne a des limites et que des actions seront menées à court terme si les démolitions ne s’arrêtent pas. Un Conseil d’association UE-Israël est par exemple prévu en juin 2016 durant lequel les relations entre l’UE et Israël seront discutées. Si aucun progrès n’est noté à ce moment-là, l’UE doit envoyer un signal clair et postposer le Conseil d’association.

Même si l’UE ne prend pas immédiatement des mesures, la Belgique doit oser prendre une position ferme en exigeant bilatéralement une compensation du gouvernement israélien pour la démolition des projets belges dans la zone C.
Israël doit prouver qu’il veut la paix et arrêter les actes qui la rendent impossible.

50 ans de violations des droits humains et du droit international sont suffisants. Les belles paroles et les promesses ne suffisent plus : il est vraiment temps de passer à la vitesse supérieure.

Signataires

  • 11.11.11
  • Association Belgo-palestinienne
  • Centrale générale FGTB
  • Broederlijk Delen
  • CNCD-11.11.11
  • FOS
  • Intal
  • M3M (Médecine pour le Tiers monde)
  • MOC
  • Oxfam Solidarité
  • Palestina Solidariteit
  • Pax Christi Vlaanderen
  • Solidarité Socialiste
  • Via Velo Palestina
  • Vrede vzw

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