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Dette congolaise : un véritable parcours du combattant

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
10 mai 2010

La République démocratique du Congo
va-t-elle, à l’occasion des 50 ans de son
indépendance, bénéficier d’un allégement
de sa dette extérieure ? Tout porte
à le croire, mais l’histoire de la dette
congolaise incite à rester prudent, tant
cet allégement a été annoncé et reporté
à moult reprises ces dernières années.

L’origine de la dette congolaise est bien
connue : c’est un héritage de la dictature
mobutiste. À l’époque, Mobutu était
considéré comme un pion essentiel des
Occidentaux dans le contexte de la
Guerre froide, et tout ou presque lui était
permis. Lorsque, à la fin de celle-ci, la
rupture entre Mobutu et ses anciens
parrains fut consommée, le vieux dinosaure
stoppa les remboursements et
seuls quelques-uns, plutôt rares, furent
opérés par la suite sous Laurent Désiré
Kabila, laissant les arriérés de la dette
s’accumuler.

L’ORIGINE DE LA DETTE CONGOLAISE EST BIEN CONNUE : C’EST UN HÉRITAGE DE LA DICTATURE MOBUTISTE

Lorsque Joseph Kabila succéda à son
père assassiné en 2001, la dette congolaise
s’élevait à 13 milliards de dollars.
À partir de 2002, les remboursements reprirent
vigoureusement, ce qui permit
au gouvernement congolais d’accéder à
une opération en deux phases de restructuration
de sa dette et d’entrer dans le
cadre de l’Initiative d’allégement de la
dette des pays pauvres très endettés (initiative
PPTE). L’accord de septembre 2002
avec le Club de Paris, le cartel des pays
créanciers, déboucha sur l’annulation de 4,6 milliards de dollars de dettes − correspondant au montant des arriérés
sur le principal de la dette extérieure
congolaise de l’époque − et sur le rééchelonnement
de 4,3 autres milliards.

En juillet 2003, le Congo atteint le « point
de décision » de l’initiative PPTE. À ce
stade, sorte de « mi-parcours » de l’initiative,
la République démocratique du
Congo a reçu une modeste aide intérimaire
et le staff du Fonds monétaire
international (FMI) a calculé le montant
de l’allégement de dette que le pays
devrait recevoir au « point d’achèvement
 » de l’initiative, soit près de 7 milliards
de dollars. Mais ce point d’achèvement,
initialement fixé à 2006, a été
reporté d’année en année, le FMI et les
autres créanciers estimant chaque fois
que toutes les conditions n’étaient pas
réunies. La dette congolaise a ainsi
continué de représenter jusqu’au quart
du maigre budget congolais.

En 2009, c’est le contrat signé entre le
Congo et la Chine qui a posé problème,
ce qui a contraint les deux parties à
accepter deux changements : l’élimination
de la garantie de l’État congolais
de 3,2 milliards de dollars du projet
minier et la réduction du contrat de 9 à
6 milliards. Mais alors que la voie semblait
toute tracée pour un allégement en
novembre 2009, c’est cette fois le
Canada qui a contesté la résiliation par
le gouvernement congolais d’un contrat
jugé frauduleux avec la firme canadienne
First Quantum. Finalement, un
nouveau programme triennal signé en
décembre 2009 avec le FMI a permis au
Congo d’espérer une nouvelle fois
bénéficier de l’allégement de sa dette,
mais cela dépendra de l’évaluation du
programme par le Club de Paris. En
attendant, ce dernier a décidé le 25
février 2010 de restructurer près de 3
milliards de dettes congolaises : 1,3 milliards
ont été annulés et 1,6 milliards
ont été rééchelonnés durant la période
du programme de trois ans avec le FMI.

Si le point d’achèvement finit enfin par
être atteint, il permettrait d’alléger le
stock de la dette congolaise de 10 milliards
de dollars en 2009 à 2,6 milliards
en 2010. Mais le prix à payer aura été de
taille : celui d’une mise sous tutelle des
institutions financières internationales
et de leurs prêts conditionnés.

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