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Deux millions de vies pour combler le budget

11 novembre 2012

L’aide humanitaire et la coopération au développement risquent d’être gravement touchées par les économies budgétaires. Les organisations du secteur redoutent des conséquences dramatiques pour plus de deux millions d’êtres humains et lancent un appel pour que toute mesure prise soit concertée et progressive.

L’aide au développement est l’une des principales victimes des récentes coupes budgétaires. Non seulement des économies sont annoncées pour l’année prochaine mais, en outre, les dépenses en cours pour 2012 ont été gelées d’un coup. Selon les calculs de la coupole regroupant les organisations Nord-Sud francophones, le CNCD-11.11.11, plus de 400 millions d’euros sont en jeu. Enfin, tout ça, on le savait déjà la semaine dernière. Mais avez-vous la moindre idée de la réalité qui se cache derrière ce chiffre ?

Au sein de la coopération au développement, l’aide humanitaire, d’urgence donc, est indéniablement la plus gravement touchée. Et derrière cette ligne budgétaire se cachent des êtres humains. Des êtres humains comme Bintou Walet Mohamed Ali (21 ans) et sa famille
qui vivent dans un camp de réfugiés de Mentao au Burkina Faso et qui n’ont plus d’accès à l’eau. Des êtres humains comme ce jeune Syrien anonyme de 12 ans à peine qui, grièvement blessé hier dans une attaque à la grenade, ne pourra être opéré aujourd’hui. L’aide humanitaire ne cherche pas à améliorer la vie des gens demain ou après-demain. Non, l’aide humanitaire sauve des vies. Aujourd’hui.

Bien sûr, nous comprenons qu’il faille réaliser des économies. Et nous comprenons aussi que la Coopération au développement doive apporter sa pierre à l’édifice, tout comme les autres secteurs. Mais deux réflexions fondamentales s’imposent.

D’abord, au sujet de l’aide au développement en général : les populations du Sud ne doivent pas payer deux fois le prix de la crise au Nord. La Coopération contribue de manière disproportionnée à ces coupes pour 2012. Si en plus les moyens sont encore réduits en 2013, comme il en est fait mention dans les médias, alors nous ne serons même plus en mesure de sauver l’an prochain l’apparence de nombreux projets ou programmes importants qui se retrouvent gelés
pour l’instant.

Ensuite, couper les vivres à un service aussi sensible
que l’aide humanitaire ne se fait pas de manière aussi brutale. Cela passe par un processus réfléchi et concerté. Un gouvernement qui voudrait diminuer ses émissions de CO2, augmenterait peut-être les prix à la pompe mais ne déciderait pas de fermer d’un coup l’accès aux pompes. Et certainement pas à des services indispensables comme les pompiers ou les ambulances. C’est pourtant ce qui se passe maintenant avec cette vidange quasi-totale de l’aide humanitaire belge : le gouvernement laisse les pompiers en panne sèche. Au Congo, au Mali, au Pakistan et dans des dizaines
d’autres pays, les catastrophes naturelles ou les
conflits font naître de nombreux foyers d’incendie qui
ne seront cette fois pas éteints et emporteront de trop
nombreuses vies.

Les organisations signataires appellent le gouvernement à ne plus aller plus loin dans les économies sur le budget de la Coopération au développement, surtout au vu des économies qui auront déjà été réalisées en 2012. Nous voulons absolument éviter qu’un tel
scénario ne se reproduise en 2013. Et ce, non pas pour sauver notre peau. Mais bien pour réduire au maximum les conséquences dramatiques pour les plus de 2 millions de personnes concernées.

Signataires : Acodev, 11.11.11, CNCD-11.11.11, Oxfam-Solidarité, Caritas, Médecins du Monde, Handicap International, Médecins Sans Frontières, Croix Rouge, Unicef.

Source : carte blanche publiée dans le Soir (www.lesoir.be), le 9 nov. 2012.

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