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Doha, une conférence cruciale pour les victimes du climat !

Véronique Rigot Véronique Rigot
26 novembre 2012

Ce lundi 26 novembre s’est ouvert à Doha, au Qatar, la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. S’il ne faut pas s’attendre à de grandes décisions, la conférence pourrait toutefois s’avérer cruciale pour les victimes du climat. Décryptage des grands enjeux.

C’est le Qatar, pays dont les émissions de CO2 par habitant sont les plus importantes au monde, qui accueille cette année la grand-messe annuelle sur le climat. Les négociations qui s’y déroulent durant quinze jours sont cruciales à l’heure où l’urgence climatique se révèle de plus en plus pressante : en effet, les événements climatiques extrêmes se succèdent et s’intensifient au même rythme que les rapports alarmants des institutions internationales atterrissent sur les bureaux des dirigeants politiques. Tout dernièrement, la Banque mondiale et l’Agence internationale pour l’énergie ont tiré la sonnette d’alarme : nous risquons une hausse de 4° d’ici la fin du siècle, avec des conséquences catastrophiques pour nos vies quotidiennes et les écosystèmes, partout sur la planète. Les plus vulnérables aux aléas climatiques sont les habitants des petites îles et des pays les moins développés ; un constat qui fait aujourd’hui l’unanimité.

Le Qatar doit s’engager

Que le pays qui émette le plus de CO2 et qui ne voit son avenir énergétique que dans les ressources fossiles - le pétrole ou le gaz dont il regorge - accueille cette conférence est tout un symbole ! Selon les experts de la politique qatarie, l’Emir ne mesurait pas bien les enjeux politiques de l’organisation d’une telle conférence au moment de décider de pousser la candidature de la ville. Quoiqu’il en soit, il assume maintenant, de peur d’être accusé de ‘green washing’. A la veille des négociations, il se chuchotait que le Qatar pourrait annoncer des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Nous serons certainement loin des engagements du type « zéro carbone à l’horizon 2050 », mais un engagement de l’Émirat serait un signal positif envers les autres grands pollueurs alors qu’il n’a jamais fait un pas pour le climat.

Préparer la suite du Protocole de Kyoto

Les négociateurs ont donc deux semaines pour progresser vers un accord international sur le climat, qui devra être définitivement conclu d’ici 2015, pour une entrée en vigueur en 2020 au plus tard. D’ici là, il y a énormément de questions à régler. L’année dernière à Durban (Afrique du Sud), les parties avaient décidé de prolonger le Protocole de Kyoto pour une seconde période d’engagement, de manière à éviter le vide juridique à partir du 1er janvier 2013, date à laquelle la première période prenait fin. [1] Les modalités de cette seconde période de Kyoto (le « Kyoto bis ») doivent être précisées cette année à Doha. Le risque est grand de voir les pays faire preuve d’énormément de créativité pour amoindrir leurs ambitions environnementales. Ils regorgent de trucs et astuces, notamment le report des droits d’émissions non utilisés et la prolongation de mécanismes de flexibilité inefficients [2].

Sur d’autres dossiers, les parties négociantes se montrent bien moins créatives. C’est le cas du dossier des financements climat. Lors de la conférence de Copenhague fin 2009, les pays s’étaient engagés à un financement annuel pour aider les pays à s’adapter aux changements climatiques et pour atténuer le réchauffement global. Le montant promis est de 100 milliards de dollars à l’horizon 2020, et le chiffre de 30 milliards était avancé pour la période 2010 à 2012. Nous arrivons fin 2012 et les engagements sont à peine atteints. Par ailleurs, il n’y a aucune perspective financière sur la table pour les années 2012 à 2020. Pourtant, les rapports des experts financiers internationaux sur le coût des changements climatiques et sur les manières de mobiliser de nouvelles sources de financement sont suffisamment explicites et complets : primo, plus on attend pour s’attaquer au problème, plus il faudra payer ; et secundo, il y a une multitude de mécanismes qui peuvent être actionnés pour lever des fonds nouveaux (taxe sur les transactions financières, réallocation des subsides actuellement attribués à l’extraction d’énergies fossiles, taxe sur le transport maritime et aérien,…). A ce niveau, les négociateurs se montrent nettement moins créatifs alors que le travail est déjà prémâché.

Ce qui fera le succès de Doha

L’accord international devant être signé d’ici 2015, Doha 2012 ne sera pas qu’un sommet « intermédiaire » dont il y a peu à attendre. Le Qatar ayant peur de l’échec, il va chercher à favoriser le dialogue et à promouvoir un accord, même minimum. Dans la communication officielle, il y a fort à parier que la simple prolongation du Protocole de Kyoto constituera un succès. Pour les victimes des changements climatiques, les ONG internationales qui les défendent, mais aussi pour les groupes de pays négociateurs - les petites îles (AOSIS), les Pays les moins avancés (48 pays les plus pauvres), le groupe Afrique et le G77 -, le succès tiendra évidemment à bien d’autres enjeux en plus de la prolongation du Protocole de Kyoto.

Cette conférence est une étape cruciale pour le dialogue sur l’équité et la répartition des efforts dans le cadre du futur accord international de 2015. C’est aussi une étape cruciale pour les financements climat d’ici 2020 (voir ci-dessus) et l’opérationnalisation et la capitalisation du Fonds vert pour le climat (FVC) qui, pour le moment, n’a pas d’argent pour fonctionner. [3] C’est une étape cruciale pour le financement des mécanismes et des comités pour l’adaptation et le transfert des technologies qui sont mis en œuvre depuis 2010. Enfin, et peut-être surtout, c’est une étape cruciale pour les victimes des changements climatiques.

Une conférence cruciale pour les victimes des changements climatiques

A Cancun (Mexique) en décembre 2010, les pays s’étaient mis d’accord sur un programme de travail de deux ans en faveur des « pertes et des dommages » liés aux changements climatiques. Les pays les moins développés demandent que cette question soit considérée indépendamment de la question de l’adaptation, étant donné qu’il s’agit de situations où de facto, il est trop tard pour s’adapter, voire pour lesquelles on ne parviendra jamais à compenser économiquement le dommage (par exemple pour les populations obligées de quitter leurs terres). Ils souhaitent la création d’un mécanisme international de compensation et d’assurance. Les pays développés (Etats-Unis et Norvège en tête) craignent quant à eux de devoir contribuer à un mécanisme financier spécifique et insistent pour que cette question relève de la compétence du Comité pour l’adaptation. L’Union européenne, qui soigne ses relations avec les pays du Sud, entend la préoccupation des pays les moins développés, mais à l’heure où les négociations débutent, le débat est extrêmement polarisé.

Qu’il s’agisse du débat sur l’équité, des pertes et dommages ou encore des financements, au-delà de la prolongation du Protocole de Kyoto, c’est sur la question de la justice climatique que se jouera le succès de la conférence sur le climat de Doha.

[2Le Protocole a prévu un certain nombre de mécanismes de flexibilité (également connus sous le nom de “mécanismes Kyoto”) qui doivent permettre aux Parties d’atteindre leurs objectifs de réduction d’une manière économiquement aussi avantageuse que possible. Ces mécanismes permettent en effet aux Parties de dépasser leur quota autorisé et de compenser ce manquement en échangeant des droits d’émissions attribués avec d’autres.
Voir : www.climat.be/spip.php?article289

[3Ce fonds est conçu comme une structure de financement pérenne, permettant d’aider les pays en voie de développement (PVD) à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et de s’adapter aux dérèglements climatiques. Exemples : le financement de la protection des forêts tropicales ou bien le partage des technologies vertes.

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