Donner la vie au Bénin : comment la solidarité permet l’espoir

À l’hôpital La Croix de Zinvié, au sud du Bénin, la chaleur humaine remplace la technologie. Dans la salle « kangourou », des mères serrent contre leur peau leurs nouveau-nés prématurés, blottis dans des « kangourous » bleus. Pas de couveuses, peu d’électricité : ici, la vie se maintient à la force du lien. Le contact peau contre peau en continu rassure le bébé, le tient au chaud et protégé. La maman voit ce lien se créer entre elle et lui, pense à lui et s’occupe de lui dès qu’il a faim ou besoin de soins. Le problème majeur de ces nouveaux nés est leur poids trop faible, inférieur à deux kilos…

Une petite chambre, ouverte pour la famille qui y apporte les repas, et là, une mère et son enfants collé contre elle, qui se repose et espère, sans encore donner de prénom, que son enfant passera le cap des deux kilos pour rentrer à la maison, où son mari mais aussi les frères et sœurs ont besoin d’elle.

« Nous n’avons pas beaucoup de moyens, mais nous avons des bras », signale Aïchatou Chabimoro, la pédiatre du service. Ce geste simple — garder le bébé contre soi pour réguler sa température — a fait ses preuves. En sortant son cahier de présences, elle témoigne : la mortalité néonatale a diminué d’un tiers en deux ans.

Ce service fait partie d’un programme soutenu par Memisa, qui accompagne l’hôpital dans un projet de réduction de la mortalité infantile et néonatale. L’appui a permis d’acquérir des berceaux, des lampes de photothérapie, du matériel de pesée et d’hygiène. Mais surtout, de former le personnel et de renforcer le suivi des mères. « L’essentiel, c’est la confiance », répète la pédiatre.

Un pays en mutation lente

Au Bénin, donner la vie reste un défi. Le pays compte 13,3 millions d’habitants et un taux de fécondité de 4,7 enfants par femme. Malgré une croissance économique stable, la pauvreté touche encore plus d’un tiers de la population, et bien davantage dans les zones rurales.

La mortalité maternelle [1] atteint encore 391 décès pour 100 000 naissances vivantes, et la mortalité néonatale environ 23 pour 1 000 [2]. Les principales causes — hémorragies, infections, accouchements à domicile, grossesses précoces — sont évitables, mais l’accès aux soins reste inégal.

Depuis 2018, l’État a lancé une réforme en profondeur du système de santé [3]. Le territoire est organisé en 34 zones sanitaires, chacune dotée d’un hôpital de référence. Une Autorité de régulation du secteur de la santé (ARS) veille désormais à la qualité des soins, tandis que le programme ARCH (Assurance pour le renforcement du capital humain) offre une couverture aux plus pauvres : plus de 330 000 bénéficiaires en 2025.

Ces efforts s’accompagnent du déploiement de 16 000 relais communautaires chargés de sensibiliser, dépister et orienter. Mais la densité médicale reste faible — 8,9 professionnels qualifiés pour 10 000 habitants — et la santé ne reçoit que 3,9 % du budget national. Les ménages assument encore 40 % des dépenses : trop pour les familles les plus fragiles. Résultat : la maladie et la maternité restent des épreuves économiques.

Selon le Benin Sustainable Development Report 2024 (SDSN) [4], ces fragilités s’inscrivent dans un contexte plus large : le pays reste en retard sur l’ODD Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.

Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
6 (eau potable et assainissement), avec seulement 76,7 % d’accès en zone rurale et 71,8 % en zone urbaine. Or l’accès à une eau potable de qualité et à des infrastructures d’hygiène est un déterminant majeur de la santé maternelle et néonatale. Le rapport appelle à augmenter les investissements sociaux de base, condition essentielle pour réduire durablement les infections, diarrhées et complications liées à la grossesse.

Maternités sous tension

À Zinvié, les soignants affrontent chaque jour la précarité : retards dans les transferts, ruptures de médicaments, matériel insuffisant. Les femmes arrivent souvent épuisées, parfois après un accouchement à domicile. Certaines cachent leur grossesse par crainte du regard de la communauté ou faute de moyens. « Il faut d’abord les rassurer, les écouter, leur redonner confiance », explique la pédiatre Chabimoro.

Le projet Memisa a permis de mettre en place des ateliers collectifs : nutrition, allaitement, hygiène, contraception. On y prépare des bouillies à base de mil, de soja et de poisson moulu : une cuisine de survie et d’amour. « Nous apprenons à cuisiner la vie », dit la pédiatre, pensive.

Croyances et soins : quand la tradition s’invite dans la maternité

Au Bénin, la santé maternelle se vit entre science et spiritualité. Dans plusieurs régions, les croyances religieuses et coutumières façonnent les comportements : certaines femmes évitent les examens prénataux, d’autres refusent de nourrir leurs jeunes enfants avec des œufs ou de la viande, de peur d’en faire « des enfants voleurs ».

Les soignants n’affrontent pas ces traditions de front : ils les intègrent au dialogue. Médecins et sages-femmes collaborent avec chefs de village et prêtres vaudou pour encourager la vaccination et les accouchements assistés.

Les ONG comme Memisa misent sur la médiation : théâtre-forum, discussions communautaires, formation de paires éducatrices. Peu à peu, les tabous reculent et les soins s’ancrent dans la culture locale.

Les réformes sur le terrain

Les réformes nationales commencent à produire des effets concrets. Dans plusieurs hôpitaux, des guichets communautaires permettent aux patientes d’obtenir des informations, de déclarer leurs enfants et de faire valoir leurs droits à la gratuité des césariennes.

À Zinvié, le partenariat entre l’Hôpital La Croix et Memisa a renforcé la logistique : vingt nouveaux berceaux, deux photothérapies, une salle de soins kangourou, et un système de référencement plus rapide pour les cas critiques.

Ces investissements, modestes mais ciblés, changent le quotidien. Les équipes se déplacent désormais dans les villages voisins pour repérer les grossesses à risque, informer sur la contraception et distribuer des moustiquaires.

Memisa Bénin voit son travail comme une part d’un édifice : «  Notre mission n’est pas seulement d’équiper les hôpitaux, mais de tisser un réseau ». Ce réseau relie les structures publiques, les ONG, les leaders communautaires et les familles. L’objectif : renforcer un système de santé de proximité capable de résister aux chocs – épidémies, inondations, crises économiques – et d’assurer une continuité des soins pour les femmes et les enfants.

Les cliniques flottantes de Memisa : la santé qui vogue jusqu’aux villages

Dans les communes lacustres de Sô-Ava et des Aguégués, la santé publique se déplace en barque. Avec son partenaire l’ABPF, Memisa (Association béninoise pour la protection de la famille) a construit deux cliniques mobiles motorisées, véritables dispensaires flottants.

Chaque barque comprend deux cabines climatisées, un espace de soins, des toilettes, du matériel gynécologique et de dépistage rapide. Les prestations vont de la planification familiale aux soins néonataux, en passant par le conseil aux victimes de violences. Des pairs éducateurs informent les habitants avant chaque passage.

Plus de 130 000 personnes devraient bénéficier de ces services : c’est la santé qui vient aux habitants, jusqu’aux lieux où la terre elle-même s’efface.

Un indicateur de développement

La santé maternelle et infantile reste un baromètre du développement humain. Elle dépend autant des infrastructures que de l’éducation, de l’égalité des genres et de la confiance entre populations et institutions.

Le Bénin affiche aujourd’hui un taux de scolarisation des filles de 94 % au niveau de l’enseignement primaire, mais la moitié décroche avant le secondaire, même si un programme du gouvernement prévoit la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles. Cette discrimination positive impacte indirectement les garçons qui se retrouvent parfois en décrochage, la famille devant choisir parmi les enfants, lequel poursuivra sa scolarité...

Une adolescente sur dix est déjà mère avant 18 ans. Les ONG locales plaident pour une approche intégrée : santé, éducation, émancipation. « On ne soigne pas seulement les corps, on soigne des histoires, des destins », rappelle Aïchatou Chabimoro. Son service en est la preuve : un espace où la tendresse est aussi un outil médical.

Un chemin d’espérance

Le Bénin avance lentement, entre contraintes économiques et innovations locales. Les hôpitaux, les relais communautaires et les ONG tracent une même ligne : qu’aucune femme ne risque sa vie pour donner la vie. Sur la terre ferme comme sur les eaux du Nokoué, c’est ce combat discret et obstiné qui redessine le visage d’une santé plus juste. L’Opération 11.11.11 participe activement à soutenir ce droit.

Aïchatou Chabimoro, la pédiatre qui cuisine la vie

Aïchatou Chabimoro, la pédiatre qui cuisine la vie
Aïchatou Chabimoro, la pédiatre qui cuisine la vie
© Véronique Paternostre

Au Bénin, à l’hôpital La Croix de Zinvié, Aïchatou Chabimoro soigne autant qu’elle enseigne. Pédiatre depuis quinze ans, elle a vu défiler des générations de mères, souvent pauvres, toujours combatives. Dans la salle kangourou, elle veille, conseille, rassure. « Nos bébés n’ont pas de couveuses, mais ils ont des bras », aime-t-elle dire. Elle anime des ateliers de nutrition où l’on apprend à préparer des bouillies de mil, de maïs, de soja et de poisson moulu.
Son combat : vaincre la malnutrition et les tabous. « Un œuf ne fait pas un voleur, il fait un enfant fort  », répète-t-elle.

Dans un système encore fragile, sa voix porte celle de toute une génération de médecins africains qui choisissent de rester, d’innover et de croire. Son regard s’attarde sur les nourrissons qu’elle appelle « mes petits miracles ». Chacun d’eux est la preuve qu’au Bénin, la vie tient bon — fragile, tenace, et toujours pleine de promesses.

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