Ebola dans l’Est de la RDC : une épidémie hors norme, une réponse de terrain
Alors que l’arrêt des financements américains fragilise les systèmes de santé congolais, Memisa — membre de CNCD-11.11.11 — rappelle l’urgence d’investir dans des systèmes de santé résilients pour faire face à l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la RDC. Bien que n’étant pas une ONG humanitaire, l’organisation belge et son partenaire le Bureau Diocésain des Œuvres Médicales (BDOM) Bunia sont en première ligne pour répondre à l’épidémie
« Cette épidémie est désormais la plus importante épidémie d’Ebola jamais signalée en RDC et elle s’intensifie à un rythme exceptionnel », indiquait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un bulletin d’information publié début août. Si la RDC est habituée à faire face à des épidémies d’Ebola, cette nouvelle souche, le virus Bundibugyo, reste encore mal connue. Un variant pour lequel il n’existe jusqu’à présent ni vaccin, ni traitement. Touchant cinq provinces (l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo), la maladie avait fait entre le 15 mai et le 31 juillet 1 621 décès sur 3 674 cas confirmés. L’organisation onusienne annonçait alors que l’épidémie se propageait à un rythme dépassant la capacité de réponse.
C’est dans ce contexte que Memisa, active depuis de nombreuses années en Ituri, foyer de l’épidémie, a redirigé une partie de ses activités pour répondre aux besoins des populations. Ainsi, l’ONG, avec son équipe sur le terrain et en collaboration avec son partenaire le BDOM Bunia, soutient la lutte contre Ebola dans 9 zones de santé en fournissant aux hôpitaux et aux centres de santé du matériel médical et des médicaments. « On est encore très loin de couvrir tous les besoins de ces zones », avertit Isabelle de Muêlenaere, responsable régionale de Memisa en Ituri et au Kongo Central.
« La flambée actuelle rappelle une nouvelle fois l’importance de disposer de systèmes de santé résilients et de poursuivre les investissements dans les soins de santé et la solidarité internationale. »
Dans une atmosphère de défiance et de lassitude de la population, les équipes se sont d’abord attachées à « informer la population et lui donner des consignes : respecter les règles d’hygiène, signaler immédiatement tout cas suspect et ne pas enterrer soi-même les personnes décédées », retrace Kistel Moerman, coordinatrice de la communication de Memisa en Belgique. L’objectif est de permettre une détection plus rapide des infections et de limiter leur propagation. « Il s’agit d’une maladie dont le risque de mortalité est très élevé, souligne-t-elle. Il est donc indispensable d’investir massivement dans la sensibilisation afin de prévenir de nouvelles contaminations. »
Des propos que corrobore le Dr Alphonse, médecin directeur de l’Hôpital de Lita. « Le dépistage précoce et une information claire peuvent littéralement faire la différence entre la vie et la mort, y compris pour le personnel soignant », analyse-t-il. Memisa s’attache dès lors à protéger au mieux les professionnels de santé. Mais les manquements sont encore légion et ont causé le départ de plusieurs membres du personnel des structures de santé. En plus de l’impact de ces défections sur l’offre de soins, « il y a des effets sur la fréquentation des structures de santé puisque certaines personnes n’osent plus venir s’y faire soigner », rapporte Isabelle de Muêlenaere.
L’importance d’un soutien structurel
« Nous ne sommes pas une organisation humanitaire, rappelle-t-elle. Mais étant présent dans la province avec un appui à la santé, il était évident que nous devions intervenir de cette façon. » Par son ancrage de plusieurs décennies dans la région, Memisa y soutient de manière structurelle les centres de santé et les hôpitaux de la région. À Bunia (Ituri), un pavillon dédié aux maladies infectieuses, doté d’espaces d’isolement, a récemment été construit et est aujourd’hui mobilisé dans le cadre de la riposte contre Ebola.
Au début de son deuxième mandat, Donald Trump décidait d’arrêter brusquement les programmes de l’agence états-unienne de développement (USAID). En RDC, cela a provoqué un affaiblissement systémique des systèmes de santé, lui-même à l’origine de l’augmentation des risques sanitaires. « La flambée actuelle rappelle une nouvelle fois l’importance de disposer de systèmes de santé résilients et de poursuivre les investissements dans les soins de santé et la solidarité internationale, en particulier dans une région qui subit depuis des années les conséquences des conflits et de l’instabilité », conclut Isabelle De Muelenaere.



