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Élections au Congo : premières contestations des scrutins

Aurélie Mayné Aurélie Mayné
1er décembre 2011

Ce lundi 28 novembre, la République démocratique du Congo (RDC) faisait un pas de plus sur le chemin de la démocratie en organisant ses deuxième élections démocratiques depuis 1960. Mais en pratique, le défi logistique était tel que de nombreuses irrégularités sont apparues dans le processus de vote : beaucoup d’électeurs ne savaient toujours pas où aller voter lundi (les listes électorales ayant parfois été affichées la veille), des bureaux de vote n’ayant toujours pas été dotés du matériel nécessaire le jour même n’ont pas pu ouvrir leurs portes aux électeurs, etc. Le contexte préélectoral ayant été assez houleux, ces perturbations n’ont fait qu’augmenter le climat de suspicion quant aux résultats espérés de ces élections. Dans le camp du président sortant comme dans celui de l’opposition, tous sont déjà sûrs d’avoir remporté le scrutin et sont prêts à protester en cas contraire.

La société civile en mission d’observation

Afin d’assurer une certaine crédibilité au processus électoral et d’apaiser les tensions dues aux possibles contestations, différentes missions internationales d’observation se sont organisées. Parmi celles-ci, une délégation d’une quarantaine d’observateurs belges, encadrés par le CNCD-11.11.11 et son homologue flamand 11.11.11, sont partis en RDC dans le cadre de la mission conjointe AETA (Agir pour des élections transparentes et apaisées) – EurAc (Réseau européen pour l’Afrique centrale). Cette collaboration des sociétés civiles congolaise et européenne devait permettre d’évaluer rapidement et sur une base objective les aspects essentiels du scrutin pour l’ensemble du territoire congolais et de communiquer les éventuels problèmes pouvant porter gravement atteinte à son bon déroulement ou à son caractère libre et transparent.

Après avoir fait face à de nombreuses difficultés, notamment sur la recherche de financements publics, la société civile a finalement réussi à mener à bien cette opération. L’investissement et l’implication de ses membres dans le processus électoral est très important, particulièrement en ce qui concerne l’éducation civique et électorale. Cette dernière est un des fers de lance de la société civile. En effet, la connaissance par chaque électeur du processus, ainsi que de ses droits et devoirs, est le point de départ de tout processus démocratique, permettant une participation citoyenne mature et cohérente aux élections. Ces élections se déroulant dans un contexte perturbé montrent une fois de plus les manquements qui persistent à ce niveau et l’importance du suivi de ce combat, dès maintenant, pour la prochaine échéance de 2016 et au-delà.

Dysfonctionnements

Ce lundi 28 novembre, les observateurs belges avaient donc été déployés un peu partout en RDC pour mener à bien leur mission d’observation. Ils y ont constaté des dysfonctionnements non négligeables, tels que la création précipitée de bureaux de vote sans avertissement de la population, l’absence de matériel nécessaire dans certains bureaux de vote ou encore la non-reprise sur les listes de votants d’électeurs pourtant en possession de leur carte électorale. Inutile de préciser que les élections se sont déroulées dans une ambiance très tendue et que des faits de violences se sont produits dans certaines villes. Des bureaux de vote ont notamment été incendiés à Lubumbashi.

Spéculations sur les résultats

A l’heure où les résultats s’affichent progressivement un peu partout sur les portes des bureaux de vote, les spéculations vont bon train. Les résultats officiels ne seront connus que le 6 décembre au plus tôt, mais déjà on peut lire dans la presse : « Deux tiers des voix pour Etienne Tshisekedi, un tiers pour Joseph Kabila, une dizaine de voix pour Vital Kamerhe, et rien, absolument rien, pour les autres  » (Le Soir, 30/11/11). Pourtant, beaucoup voient déjà Kabila reconduit.

La rumeur encore sourde gronde tout bas et il suffit d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Les observateurs belges ont donc pris le parti de rentrer en Belgique plus tôt que prévu et ce, afin d’assurer leur sécurité. Reste à voir si, dans les prochains jours, les contestations des résultats et les demandes d’invalidation du scrutin déjà formulées par certains candidats seront suivies dans le respect du processus prévu et sans éclats de violences. Mais surtout, à plus long terme, contrairement à 2006, il importe que le processus électoral soit cette fois respecté jusqu’aux élections locales. En effet, il est fondamental que ces élections puissent avoir lieu si la RDC veut se voir dotée d’un Etat de droit fondé sur la stabilité démocratique à tous les niveaux de pouvoir.

Qui ? Aurélie Mayné
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

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