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Communiqué de presse

Elections en RDC : pacification, transparence et poursuite du processus

16 décembre 2011

Elections en RDC : le CNCD-11.11.11 et AETA demandent pacification, transparence et poursuite du processus.

A l’occasion des élections de ce 28 novembre et afin d’assurer une certaine crédibilité au processus électoral, une délégation d’une quarantaine d’observateurs belges, encadrés par le CNCD-11.11.11 et son homologue flamand 11.11.11, sont partis en RDC dans le cadre de la mission conjointe AETA (Agir pour des élections transparentes et apaisées) – EurAc (Réseau européen pour l’Afrique centrale). Cette collaboration des sociétés civiles congolaise et européenne devait permettre d’évaluer rapidement et sur une base objective les aspects essentiels du scrutin pour l’ensemble du territoire congolais et de communiquer les éventuels problèmes pouvant porter gravement atteinte à son bon déroulement ou à son caractère libre et transparent.

Dysfonctionnements et fraudes

La mission d’observation y a constaté des dysfonctionnements non négligeables, tels que la création précipitée de bureaux de vote sans avertissement de la population, l’absence de matériel nécessaire dans certains bureaux de vote ou encore la non-reprise sur les listes de votants d’électeurs pourtant en possession de leur carte électorale. En outre, des faits de violence notables se sont produits dans différentes régions du Congo, à Lubumbashi notamment. Ce vendredi 9 décembre, la CENI a malgré tout décidé d’annoncer les résultats des élections. Elle a proclamé la victoire du président sortant, Joseph Kabila ; son principal adversaire, Etienne Tshisekedi, s’est alors lui-même proclamé président élu, contestant le résultat annoncé.

Aujourd’hui, alors que le bras de fer fait rage entre les deux prétendants à la présidence, rien ne nous permet d’affirmer avec certitude si les fraudes constatées par la mission d’observation conjointe AETA-EurAc, ainsi que par les autres missions d’observation internationales, ont réellement eu une influence sur le résultat des urnes. Seule la mise en commun de toutes les données et une synthèse et analyse en profondeur des rapports de tous les observateurs pourrait déterminer si cela a eu un impact sur l’élection présidentielle et nous n’en sommes pas encore à ce stade.

Implication de la population congolaise

Mais malgré les irrégularités constatées et les revendications de l’opposition qui marquent ces élections, les coupoles AETA et le CNCD-11.11.11 souhaitent attirer l’attention sur un autre élément et rendre hommage à l’implication des acteurs congolais lors de ces élections. Suite aux perturbations qui ont suivi l’annonce des résultats, l’implication de tous les acteurs concernés n’a pas été soulignée comme il se doit. Or, au-delà du climat actuel hautement tendu, il est important d’également constater que le peuple congolais a fait preuve d’un réel sens du devoir civique en exerçant son droit de vote et en contribuant à l’organisation générale du scrutin.

Attention particulière sur les élections législatives

En vue de rendre justice à cette volonté électorale générale et l’implication civique notable des acteurs congolais, AETA et le CNCD-11.11.11 appellent à la poursuite du processus électoral dans son ensemble. En effet, ce 28 novembre, les Congolais ne se sont pas rendus aux urnes dans le seul but de désigner leur nouveau président, ils ont également voté la réélection de la députation nationale. Or les législatives sont cruciales pour garantir la constitution d’un parlement représentatif des aspirations démocratiques du peuple congolais.

Dans l’agitation postélectorale actuelle, il s’agit donc de redoubler d’attention afin que les PV des votes pour ces législatives soient traités avec le plus grand soin et selon les procédures de dépouillement prévues. Car des irrégularités ont également été constatées à ce niveau-là. Dernièrement, des observateurs internationaux de la mission d’observation conjointe AETA- EurAc ont rapporté que des bulletins de vote sont notamment entreposés pêle-mêle sans protection adéquate contre les intempéries. Certains bulletins ont été endommagés par la pluie, ce qui présage des difficultés non négligeables en cas de recompte des voix. Il faut donc absolument qu’une attention particulière soit portée sur la suite du processus aussi bien dans les esprits qu’au niveau le plus concret. Car, afin de surmonter le climat tendu associé au bras de fer entre J. Kabila et E. Tshisekedi, un résultat des votes à la députation transparent et incarnant la conclusion d’un procédé minutieux apporterait sans doute un regain de motivation pour la population congolaise à poursuivre le processus électoral.

Un climat de peur qui immobilise toute activité sociale et économique

En outre, qu’il s’agisse de Kinshasa, Kananga, Mbuji Mayi, ou Lubumbashi, la tension est palpable dans les rues et la population, tenue par la peur, n’ose plus sortir. Cette atmosphère oppressante empêche les Congolais de s’exprimer sur le résultat électoral, mais surtout de développer leurs activités économiques et entraîne donc un impact négatif sur leur réalité sociale déjà catastrophique. La stabilité du pays ne tient plus qu’à un fil.

L’importance des élections locales

Le risque est d’autant plus grand que l’organisation chaotique des élections a posé problème quant à la transparence du résultat. Et l’impact économique et social qui s’ensuit sur les populations décrédibilise à leurs yeux le processus électoral, tant le peuple congolais continue d’attendre les dividendes sociaux de la démocratie. Or il n’y aura pas de conséquences tangibles de la transition démocratique en RDC tant qu’un véritable processus électoral complet, transparent et apaisé n’aura pas eu lieu, et ce jusqu’aux élections locales. En 2006, lors des premières élections démocratiques en RDC depuis 1960, le cycle électoral n’avait pu être accompli dans son entièreté et les scrutins locaux n’eurent jamais lieu. Pourtant, ces élections ne peuvent être négligées, elles sont fondamentales si la RDC veut se voir dotée d’un Etat de droit fondé sur la stabilité démocratique à tous les niveaux de pouvoir. Il s’agit donc de mettre un accent particulier sur leur tenue, sans quoi une étape essentielle sur le chemin de la démocratie risque d’être délaissée.

Enfin, AETA et le CNCD-11.11.11 espèrent que les résultats finaux des élections pourront trouver leur place dans un contexte pacifié et que la transparence sera de rigueur. Ils appellent en outre tous les acteurs concernés à faire preuve de patience et à prendre leurs responsabilités pour éviter tout enclenchement d’une spirale de violence, à condamner tout dérapage, et à attendre pacifiquement la fin du processus électoral. La crédibilité du processus électoral est en jeu et par là même la consolidation de la démocratie en RDC.

A la lumière des éléments évoqués ci-dessus, AETA et le CNCD-11.11.11 recommandent :

A la CENI :

  • De poursuivre le mécanisme de publication des résultats selon les procédures prévues à cet effet et respectant avec rigueur le principe de transparence.
  • D’apporter une attention particulière à la manière dont sont traités les bulletins de vote pour la députation nationale et de prendre soin que ces résultats soient publiés selon le principe de transparence, afin d’encourager la population congolaise à poursuivre son implication électorale dans le processus de 2011-2013.
  • De poursuivre les efforts organisationnels pour pousser le processus électoral jusqu’à son terme et donc aux élections locales de 2012-2013.
    Aux acteurs nationaux et internationaux :
  • De ne pas se laisser dépasser par les événements mais au contraire de calmer les esprits et de prendre leurs responsabilités pour que le calme revienne en RDC et partout ailleurs.
  • De tout mettre en œuvre pour établir le climat d’apaisement qui conditionne le retour des populations à leurs activités économiques.
  • De prendre en compte des droits économiques et sociaux des populations locales.
  • D’encourager la RDC à poursuivre son chemin vers la démocratie, en continuant à promouvoir et soutenir l’éducation civique et électorale et en procédant aux élections locales.

Contacts presse

Sabine Kakunga
chargée de l’Afrique centrale au CNCD-11.11.11 et observatrice des dernières élections
0494 23 71 65

Arnaud Zacharie
secrétaire général
0495 92 35 58

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