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UE/Libye

Empêcher les migrants d’arriver en Europe … quel qu’en soit le prix !

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
22 février 2017

Alors que de nombreuses organisations de droits humains et les Nations Unies soulignent l’horreur de la situation des migrants en Libye, l’UE a décidé de l’aider financièrement pour qu’elle renforce sa frontière et bloque le trafic des passeurs, fermant les yeux sur les conditions atroces des migrants dans le pays. Des associations tirent la sonnette d’alarme et appellent l’UE à tenir compte des droits humains dans ses politiques migratoires.

Dans une lettre adressée aux responsables européens, plus de 70 organisations, dont le CNCD-11.11.11, relèvent la dangereuse orientation de la politique européenne vis-à-vis de la Libye (voir Communication de la Commission sur la Méditerranée centrale du 25 janvier, Conclusions du Sommet de Malte du 3 février et Conclusions du Conseil du 6 février), visant avant toute chose à fermer les routes migratoires traversant le pays. La Libye est pourtant un pays où règne le chaos et où le gouvernement, soutenu par les Nations Unies, se retrouve en compétition avec de multiples groupes armés.

La situation atroce des migrants en Libye

Dans ce contexte, de nombreux rapports ont souligné la situation atroce que vivent les migrants : viols, torture, exécutions, et autres souffrances. Les migrants sont soumis aux réseaux de trafiquants ainsi qu’aux violences des autorités. Ceux qui sont interceptés en mer par les garde-côtes libyens sont soumis à des détentions prolongées, de la torture et de mauvais traitements. En entrainant et en finançant les garde-côtes, l’UE renforce et encourage directement ces pratiques.

L’UE dit vouloir collaborer avec le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à l’amélioration des conditions d’accueil des migrants. Mais ces organisations ont déclaré qu’elles ne coopéreraient pas vu les circonstances actuelles en Libye. Elles n’ont en effet pas accès aux centres où les migrants sont enfermés et ne peuvent donc y contrôler leurs conditions de détention et le respect des droits humains.

Vu ce contexte, comment l’UE peut-elle encore vouloir contenir les flux migratoires en Libye ? Le renvoi de migrants vers la Libye est en outre contraire au principe de non-refoulement puisqu’il exposerait ces personnes à des risques sérieux de violations de droits humains.

Un modèle récurrent de contrôle et de réduction des flux migratoires

Depuis l’accord conclu en mars 2016 avec la Turquie, l’UE adopte une stratégie similaire de contrôle et de réduction des flux migratoires avec les autres pays de transits du pourtour méditerranéen, mais également avec les pays d’origine, en Afrique ou ailleurs, et cela quelles que soient la situation des droits de l’homme dans ces pays. L’Accord de coopération en matière de partenariat et de développement conclu le 18 février entre l’UE et l’Afghanistan est une nouvelle illustration de cette tendance. Englobant la question migratoire parmi d’autres questions, cet accord entend s’appuyer sur l’Action conjointe pour le futur sur les questions migratoires sur laquelle l’UE et l’Afghanistan se sont accordés en octobre dernier et par lequel l’Afghanistan acceptait de réadmettre 80.000 Afghans actuellement en situation irrégulière en Europe. L’Action conjointe a été discutée parallèlement à une promesse européenne de quelque 13,6 milliards d’euros d’aide destinée à mettre fin à la violence et à mettre en place un processus politique capable d’encadrer la paix et la réconciliation dans le pays.

Quel qu’en soit le prix

Ces accords laissent à supposer que la situation s’est améliorée ou en voie de s’améliorer en Afghanistan, ce qui est pourtant loin d’être le cas. Le dernier rapport de l’UNAMA (United Nations Assistance Mission in Afghanistan) montre que le nombre de victimes civiles dues au conflit a fortement augmenté, faisant de 2016 une année record depuis le début du comptage en 2009. Par ailleurs, les enfants sont de plus en plus touchés, puisque des 11418 victimes civiles, 3512 sont des enfants (923 tués, 2589 blessés), ce qui représente une augmentation de 24% par rapport au dernier record. Les causes de cette augmentation sont la présence accrue de l’Etat islamique dans le pays, l’engagement de troupes armées au sol, mais aussi les attentats suicide voire les engins explosifs actifs que laissent les belligérants.

L’UE considère pourtant ces accords migratoires comme des succès, ne tenant compte que de la réduction du nombre d’arrivées sur le sol européen, oubliant par ailleurs leur prix très élevé en termes de violation de droits et de sacrifices de vies humaines. Les migrations ne s’arrêteront pas tant que les gens auront besoin de migrer pour échapper aux guerres, aux violations de leurs droits, ou pour améliorer leurs conditions de vie.

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