Opération 11.11.11

En Haïti, aider les travailleuse pauvres à défendre leurs droits

8 octobre 2018

Se lever chaque jour à 5 heures du matin. Parcourir en bus les quartiers pauvres de Port-au-Prince pour rejoindre la zone industrielle. Commencer à confectionner des vêtements de 7 heures jusqu’à 18 heures, avec une maigre pause d’une demi-heure. C’est le lot quotidien de milliers d’ouvrières qui tentent de survivre en Haïti. Elles se tuent au travail, tandis que leurs enfants grandissent sans les voir. Tout cela pour un salaire de misère.

Haïti reste un des pays les plus pauvres du monde. Elle ne se fraye un chemin jusqu’à nos écrans de télévisions qu’à l’occasion des catastrophes naturelles qui la dévastent à intervalles réguliers. Le terrible tremblement de terre de 2010 a braqué sur elle les caméras du monde entier et a nécessité une aide humanitaire d’urgence. Mais l’aide d’urgence doit désormais laisser la place au développement durable, notamment dans le domaine de la santé.

Dans ce but, des organisations haïtiennes de la société civile travaillent, sur le long-terme, à promouvoir la santé et les droits sociaux. Le Centre de Promotion des Femmes Ouvrières (CPFO) est l’une d’entre elles. Il est soutenu par l’Opération 11.11.11, à travers l’organisation Solidarité mondiale (WSM).

Des organisations haïtiennes de la société civile travaillent, sur le long-terme, à promouvoir la santé et les droits sociaux.

Depuis 1985, le CPFO travaille avec les femmes ouvrières dans les usines de sous-traitance de Port-au-Prince, où les conditions de travail sont exécrables. Il intervient aussi auprès d’autres groupes vulnérables, comme les travailleuses du sexe.

  (Crédit : © CPFO / WSM)

Etabli en pleine zone industrielle, le CPFO est d’accès facile. Il offre aux ouvrières des soins de santé et des formations à la santé reproductive. Ces formations sont bien nécessaires. « Nous devons changer les mentalités ! » affirme Mirlène, médecin en chef de la clinique du CPFO. « On voit des gens faire cinq enfants, sans aucune possibilité de s’occuper d’eux. Le planning familial est inexistant ». Mirlène dénonce la mentalité de dépendance régnant dans le pays, y compris chez ses bénéficiaires. « Nous allons dans les rues pour offrir des tests HIV aux travailleuses du sexe, et elles nous demandent si nous offrons aussi un repas ! Pourtant, l’aide ne doit pas envoyer le signal que nous ne devons pas nous prendre en main. »

Le CPFO travaille aussi à la défense des droits sociaux, malgré un fort contexte antisyndical. « Pour les patrons, nous sommes avant tout un hôpital », explique Mirlène. « Nos formations et la collaboration avec les syndicats constituent une partie importante de notre travail, mais les patrons ne le comprennent pas vraiment. En fait, nous menons notre travail sans qu’ils en soient totalement conscients. Nous sommes à l’abri sous le parapluie de la clinique. »

Grâce à ce parapluie, le CPFO a pu s’installer en plein cœur de la zone industrielle, où les activités syndicales sont réprimées. Peu de travailleurs sont d’ailleurs informés sur leurs droits. « Les conditions de travail sont terribles. Le salaire journalier de 300 gourdes (4,15€) est trop bas. C’est impossible de payer les soins de santé, le transport, le logement et la nourriture », explique Mirlène. « Or, c’est très difficile d’obtenir des améliorations. Il y a de plus en plus de chômage et beaucoup de gens débarquent de la campagne à la recherche d’un job. Si tu n’es pas d’accord, on te vire car il y a dix candidats pour prendre ta place. »

Discrètement, mais activement, le CPFO contribue à faire changer les choses.
«  Nous croyons que nous pouvons initier dans les usines un mouvement syndical, qui se développera en une fédération. »

En juin dernier, un millier de travailleurs et travailleuses ont ainsi courageusement manifesté dans le principal parc industriel de Port-au-Prince pour réclamer un salaire minimum de 1.000 gourdes. Ils ont été brutalement réprimés par les forces de l’ordre.

Leur combat se poursuit. Malgré la répression. Malgré le poids séculaire qui tire Haïti vers la pauvreté.

« Si bèf té konn fòss yo, majoral pa ta lancé yo », dit un proverbe local, « Si les vaches connaissaient leur force, elles ne seraient pas mises à la boucherie ». Une façon d’affirmer que le peuple est plus fort qu’il ne le croit.

L’Opération 11.11.11 est aux côtés de ceux qui luttent pour changer les mentalités et pour que le peuple haïtien puisse bénéficier de la garantie durable de leurs droits fondamentaux.


Fania : une formation pour améliorer son salaire  (Crédit : © CPFO / WSM)

Fania : une formation pour améliorer son salaire
Fania (33 ans) travaille depuis un an dans la principale zone industrielle de Port-au-Prince. Les formations du CPFO lui ont appris à mieux défendre ses droits. Elle a ainsi pu obtenir une prime. Elle a également bénéficié des services gratuits de la clinique du CPFO, installée en plein coeur de la zone.

Tania : soutenue face à la violence domestique  (Crédit : © CPFO / WSM)

Tania : soutenue face à la violence domestique
Tania (32 ans) était victime de violences physiques de la part de son compagnon. Grâce aux formations du CPFO, elle a ap- pris à défendre ses droits et sa dignité. Elle a également béné- ficié de formations en santé sexuelle et reproductive. Elle a poussé toutes ses collègues à en bénéficier et à s’informer sur les possibilités d’aides offertes par le CPFO.

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