Point Sud #24

Eradiquer la faim, une chimère ?

Une étude du CNCD-11.11.11 dans la collection Point Sud, #24, septembre 2023.

Les Objectifs de développement durable Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.

Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
ont été adoptés en 2015 et prévoient entre autres d’éradiquer la faim d’ici 2030. À mi-chemin de la course à l’objectif « faim zéro », cette étude se penche sur les chiffres de la malnutrition et les politiques de sécurité alimentaire. En 2023, cet objectif semble plus que jamais hors d’atteinte.

La première partie de l’étude dresse la situation de l’insécu- rité alimentaire mondiale. Les derniers chiffres disponibles énoncent qu’en 2021, 828 millions de personnes souffraient de la faim. Des chiffres en constante augmentation depuis 2015, année de lancement des Objectifs de développement durable (ODD), dont la deuxième cible est d’éradiquer la faim en 2030. Pour être sur la trajectoire de cet objectif, le nombre de personne sous-alimentées aurait dû baisser de 290 millions, or il a augmenté de 240 millions. La pandémie de Covid-19 Covid-19
Coronavirus
covid-19
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et la guerre en Ukraine sont venues exacerber une crise alimentaire structurelle, tant et si bien qu’à l’heure actuelle, l’espoir d’atteindre l’ODD 2, intitulé « Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable », est mince et que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) prévoit que 670 millions de personnes restent sous-alimentées en 2030. Pourtant, nous produisons plus que nécessaire depuis les années 1960. La faim n’est donc pas une question de productivité, les causes sont politiques.

La seconde partie se penche sur les pistes de solutions portées tant par des organisations du Sud que par des agences spécialisées comme le Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE). Il en ressort qu’à court-terme les gouvernements des pays riches devront respecter leurs engagements en matière de financement de la solidarité internationale et réorienter leurs programmes de sécurité alimentaire vers l’agroéco- logie, car elle est une réponse systémique à des enjeux de plus en plus interreliés : malnutrition, climat, inégalités de genre, etc. En parallèle, d’autres politiques européennes doivent être revues pour ne pas détricoter ce que la solidarité tente de construire. En premier lieu, l’UE doit assurer la transition de son système alimentaire afin qu’il soit moins dépendant des terres des pays du Sud et afin de limiter sa contribution au réchauffement de l’atmosphère.

À moyen et long terme, des réformes doivent être mises en place pour remettre le commerce à sa juste place. Une réforme en profondeur de l’OMC est indispensable pour que le droit à l’alimentation Droit à l'alimentation soit respecté tant dans les pays du Sud que du Nord. Mais cette réforme de l’OMC doit aller de pair avec celles de la fiscalité et des Institutions financières internationales. Leurs programmes sont l’antithèse du principe de souveraineté alimentaire Souveraineté alimentaire porté par le plus grand syndicat paysan du monde, la Via Campesina. Il s’agit d’une alternative politique partant du principe que l’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. La meilleure façon de garantir le droit à l’alimenta- tion est de garantir le droit des peuples à déterminer eux- mêmes leurs politiques agricoles et alimentaires.

En conclusion, l’étude épingle ce que peut faire la Belgique pour faire sa part et contribuer à un changement d’approche dans le cadre de la lutte contre la faim. Pour commencer, nous recommandons à la Belgique de respecter ses enga- gements en matière d’aide internationale et de dédier non seulement 0,7% de son revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement coopération au développement
aide publique au développement
aide au développement
, mais aussi de consacrer 15% de cette enveloppe à la sécurité alimentaire. Dans ce cadre, la Belgique doit soutenir l’agroécologie Agroécologie
Agro-écologie
dans ses programmes, dans la recherche et en s’en faisant la promotrice dans les enceintes européennes et internationales.

Les agences internationales comme la FAO ou le Programme Alimentaire Mondial pointent les conflits, les chocs écono- miques, les inégalités et les chocs climatiques comme les causes de la faim. Elles nous alertent sur le fait que ces facteurs sont de plus en plus interreliés, ce qui complique encore l’atteinte de l’ODD 2. La faim est aussi le résultat d’un système alimentaire défaillant et de politiques publiques qui semblent incapables de gérer ses dégâts dans l’urgence et encore moins de réformes en profondeur pour faire respecter le droit à l’alimentation.

L’étude pointe des causes sous-jacentes aux causes visibles de la faim. Les règles de l’OMC sont injustes pour les pays du Sud qui subissent un dumping agricole de la part des pays du Nord et réduisent les tarifs douaniers. Les politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI pour recouvrir les dettes des pays du Sud les ont empêchés de se doter de véritables politiques agricoles en limitant leurs subsides et en leur imposant de s’insérer dans le marché mondial avec des cultures d’exportation, censées leur apporter les devises nécessaires pour rembourser leurs dettes. Enfin, non seulement les politiques d’aide en matière de sécurité alimentaire ont des lacunes (manque de moyens, pas assez de soutien aux systèmes alimentaires durables) mais d’autres politiques des pays riches impactent négativement les efforts entrepris.

Eradiquer la faim, une chimère ?