×

RD Congo

Flash Back : Le discours inattendu du 30 juin 1960

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
30 juin 2010

50e anniversaire de l’indépendance de la RD Congo. Flash Back.

Lors de la cérémonie officielle du 30 juin 1960, face au jeune roi Baudouin, Patrice Lumumba, Premier ministre élu du Congo indépendant, prononce un discours aussi direct qu’imprévu : « Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accommo- dante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances reli- gieuses. Exilés dans notre propre patrie, notre sort était vraiment pire que la mort elle-même ».

LA LOI N’ÉTAIT JAMAIS LA MÊME SELON QU’IL S’AGISSAIT D’UN BLANC OU D’UN NOIR : ACCOMMODANTE POUR LES UNS, CRUELLE ET INHUMAINE POUR LES AUTRES

Ce discours déchaîne les foudres du gouvernement belge, ce qui n’empêche pas les États-Unis d’inviter officiellement Lumumba à Washington et de lui proposer un appui, à condition qu’il accepte d’ouvrir son pays aux firmes américaines au détriment des entreprises belges. La réponse négative de Lumumba, décidé à voir les populations congolaises bénéfi- cier de l’exploitation des richesses de leur pays, signifiera définitivement sa perte : son manque flagrant de « coopération » faisait de lui un électron libre à éliminer. Le 18 août 1960, le président américain Eisenhower donne son aval et une opération est directement lancée par la CIA et son chef d’antenne Lawrence Devlin. Ce dernier a déjà un remplaçant sous la main : le colonel Mobutu, ancien membre de la Sûreté belge rencontré en Belgique dès la fin des années 1950. Mobutu, qui s’est depuis lors fait l’allié de Patrice Lumumba à Kinshasa, a su profiter de la mutinerie de la Force publique congolaise en 1960 pour passer du grade de sergent à celui de colonel, avant de devenir en juillet 1960 chef d’état-major d’une armée congolaise décadente.

Après plusieurs tentatives avortées d’élimination directe, la CIA s’adresse à la Belgique, qui concocte un plan. Dès juillet 1960, la Belgique et ses firmes minière (Union minière) et diamantaire (Forminière) s’emploient à appuyer la sécession des riches provinces du Katanga puis du Kasaï pour mettre à mal les positions « nationalistes » de Lumumba, contraint d’assumer la violente réaction des troupes dirigées par Mobutu dans les provinces sécessionnistes. Le Pre- mier ministre Lumumba est ensuite des- titué par un arrêt rédigé pour le président Kasavubu par le ministre belge des Affaires étrangères Pierre Wigny, puis placé sous la garde de l’armée de Mobutu et des casques bleus de l’ONU. Patrice Lumumba réussit à s’évader en novembre 1960, mais est retrouvé par un hélicoptère de l’armée de Mobutu fourni par les États-Unis. Remis ensuite aux mains de ses pires ennemis au Katanga, il est froidement abattu le 17 janvier 1961 sous couvert de « règlement de comptes entre Congolais » [1].

[1L. De Witte, « L’assassinat de Lumumba », Karthala, 2000.

Lire aussi

Qui ? Arnaud Zacharie
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0) 2 250 12 41

Inscrivez-vous à notre Newsletter