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Gaza : un blocus sous haute tension

Le 31 mai, la « Flottille de la liberté », un convoi humanitaire à destination de la population de Gaza, était attaquée mortellement par l’armée israélienne. Rabab Khairy revient sur cette tragédie.

Le blocus de la bande de Gaza, mis en place par Israël de façon drastique depuis juin 2007 [1] a connu un nouvel épisode tragique ce 31 mai dans la nuit. Personne n’imaginait en effet que la « Flottille de la liberté », convoi humanitaire à destination de la population de Gaza, puisse être attaquée de façon aussi violente par l’armée israélienne. Bilan : neuf morts et une cinquantaine de blessés.

Rappelons tout d’abord que le blocus de Gaza est illégal au regard du droit international, car il constitue une punition collective à l’égard de la population palestinienne. Bien d’autres mesures pourraient être adoptées par Israël pour assurer sa sécurité tout en préservant le bien-être de la population civile de Gaza. Le 8 janvier 2009, une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies a demandé la levée du blocus en «  soulignant la nécessité de faire en sorte que les biens et les personnes puissent emprunter régulièrement et durablement les points de passage de Gaza  » [2] et « que l’aide humanitaire, y compris les vivres, le carburant et les traitements médicaux, puisse être distribuée sans entrave dans tout Gaza ».

Depuis sa mise en place, de nombreux rapports d’organisations internationales et d’ONG dénoncent les conséquences humanitaires du blocus de Gaza sur la population palestinienne. Pour briser ce siège, des associations et individus, anglo-saxons pour la plupart, rassemblés au sein du Free Gaza Movement [3] dépêchent depuis 2008 des convois de biens de première nécessité à destination de Gaza. Il s’agissait de leur neuvième traversée. Sur les 8 convois précédents, 5 avaient pu accoster à Gaza. Mais, après l’offensive israélienne de décembre 2008, les suivants furent arraisonnés par Israël. Trois autres convois, par voie terrestre cette fois, furent aussi organisés par l’association britannique Viva Palestina, qui dispose de multiples relais internationaux.

Ils ont réussi à acheminer leur chargement à Gaza en passant par Rafah, à la frontière avec l’Égypte. La « Flottille de la Liberté », quant à elle, rassemblait le Free Gaza Movement et d’autres associations basées essentiellement en Suède, France, Grèce et Turquie. Elle transportait plus de 10 000 tonnes de matériel humanitaire réparti dans une dizaine de bateaux avec plus de 700 participants.

Tout comme pour les actions « Un bateau pour Gaza » en 1988 et « Un avion pour Gaza » en 2001, menées par des organisations belges, dont Oxfam Solidarité, l’Association belgo-palestinienne et le CNCD-11.11.11, un double objectif est poursuivi
par ces opérations : humanitaire et politique. Il s’agit d’apporter une aide aux Palestiniens tout en attirant l’attention sur le blocus et la crise humanitaire qui en est la conséquence.

Comme le blocus lui-même, l’attaque de la flottille est contraire au droit international, puisqu’elle s’est déroulée dans les eaux internationales, en violation du principe de
liberté de navigation en haute mer. Surtout, cette attaque interroge sur la fuite en avant sécuritaire pratiquée par Israël. Devant l’inaction des États et des organisations internationales, ces actions de solidarité apparaissent être le seul recours. Mais tant qu’aucune forme de pressions ou de sanctions n’est adoptée à l’égard d’Israël pour l’amener à se conformer au droit international, il poursuivra la doctrine de la force qu’il a fait sienne. Doctrine qui accroît l’insécurité dans la région et éloigne toute perspective de résolution du /dlmconflit israélo-palestinien.

[1Suite à la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas le 14 juin 2007.

[2Résolution 1860 du Conseil de sécurité adoptée par 14 voix pour et une abstention (États-Unis).

[3Le mouvement s’est rapidement internationalisé et comprend désormais des associations et des individus d’un peu partout dans le monde, mais surtout en Europe, Palestine et Israël.

Source : dlm #2, juillet-août 2010.

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Qui ? Rabab Khairy
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

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