Face à la loi du plus fort, défendre le droit international
ll n’existe qu’une voie possible : celle du droit international et de la coopération multilatérale, qui représentent notre première ligne de défense collective face à la loi du plus fort
Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, justifiées au nom de la « défense préventive », ont déclenché une riposte régionale et ravivé le risque d’embrasement du Moyen-Orient. Au-delà du sort d’Ali Khamenei, cette escalade pose une question centrale : comment préserver le droit international face à la loi du plus fort.
Une opération menée conjointement par les États-Unis et Israël a visé l’Iran le samedi 28 février au matin. Trump et Netanyahu ont justifié ces attaques par la « défense préventive » face à la présence potentielle d’armes nucléaires en Iran. Parmi les personnes visées figurait Ali Khamenei, le « guide suprême de la révolution islamique », officiellement déclaré comme mort à la fin de la journée par le régime iranien. Des explosions ont aussi eu lieu dans plusieurs villes du pays. En réponse, Téhéran a lancé des missiles vers plusieurs pays de la région abritant des bases militaires états-uniennes : certaines installations ont été visées, notamment à Manama (Bahreïn) à Doha (Qatar), à Bahreïn ou encore au Koweït. Les Gardiens de la révolution, organisation paramilitaire du régime islamiste, avaient également annoncé une première vague d’attaques importantes contre Israël, notamment à Jérusalem.
C’est incontestable, l’Ayatollah Khamenei était le visage du système répressif et meurtrier du régime iranien. Il est responsable de la mort récente de plus de 35 000 Iraniens à la suite des dernières manifestations pour la liberté. Son régime est responsable de décennies de répression et de violences meurtrières, d’appauvrissement de sa population et de privations des libertés fondamentales. Cependant, ni le deuil ni le respect pour les aspirations d’un peuple ne disparaissent avec la mort d’un homme. Le système est toujours là, ainsi que ses structures répressives.
Par cette guerre préventive, la première puissance du monde traite à nouveau la Charte de l’ONU comme du papier jetable. Si la force est utilisée sans nécessité et proportionnalité claires en réponse à une attaque armée réelle ou imminente, la violation est manifeste. De plus, comme le rappelle François Dubuisson, professeur en droit international à l’Université libre de Bruxelles, « la légitime défense préventive » n’est pas un motif suffisant pour justifier des frappes, car l’article 51 de la Charte de l’ONU ne l’autorise qu’en cas d’agression armée réelle et avérée.
La Charte des Nations Unies a été construite sur les cendres de deux guerres mondiales pour éviter la multiplication de conflits.
De plus en plus de dirigeants occidentaux affirment que l’ONU et le droit international sont trop faibles dans un monde où des régimes autoritaires violent les droits de leur population. Pourtant, le droit international permet des sanctions contre les Etats qui ne le respectent pas. En revanche, les guerres préventives visant des changements de régimes mènent généralement à la guerre civile et à l’exacerbation de la violence et de la violation des droits humains, plutôt qu’à l’avènement de la démocratie, comme on l’a constaté après les guerres en Irak ou en Libye. Elles entraînent la déstabilisation de régions entières, leur lot de réfugiés et des dégâts collatéraux pour les populations des pays riches – comme la hausse des prix de l’énergie. Enfin, elles ne peuvent qu’encourager d’autres puissances impérialistes à violer à leur tour le droit international et à provoquer d’autres conflits.
Cette intervention prétend tenir compte de l’aspiration du peuple iranien à la liberté, mais obéit plutôt à une logique de puissance et sécurité immédiate qui n’assure en rien la protection des civils : elle n’a pas l’ambition de servir le rétablissement de la liberté et de la démocratie en Iran car elle est conduite en dehors de tous les cadres légaux existants. Ces mêmes cadres qui ont été bafoués par les mêmes acteurs, à maintes reprises comme au Venezuela pour les États-Unis, en Palestine, en Syrie et au Liban pour Israël. Il n’existe qu’une voie possible : celle du droit international et de la coopération multilatérale, qui représentent notre première ligne de défense collective face à la loi du plus fort. Se protéger et protéger le peuple iranien et son aspiration à la liberté commence par respecter le droit soi-même et par sanctionner ses violations sur la base de règles communes et uniformément appliquées.
Le soutien populaire d’une partie de la population iranienne était visible le 28 février : ce sont des décennies de souffrance et de résistance que le peuple a dû payer avec sa vie. Cependant, leur peur pour le futur est plus que jamais réelle. Sur quelles bases vont-ils avancer ? L’imprévisibilité des présidents Trump et Netanyahu, l’illégalité de leurs attaques, et l’embrasement possible de la région risquent de provoquer plus de conflits et de victimes civiles. L’UE et la Belgique doivent rappeler leur attachement au droit international et de la coopération multilatérale, qui sont les seules voies susceptibles de promouvoir la paix et l’idéal démocratique mondial. La priorité doit être la protection du peuple iranien : seule une condamnation claire des violations du droit et une action fondée sur des règles communes peuvent donner la légitimité nécessaire pour sanctionner les crimes et éviter une escalade fondée sur la force plutôt que sur le droit.





