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Guerre(s) et paix au féminin

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
15 novembre 2014

Imagine demain le monde - Dans 90 % des cas, les victimes de guerre sont des civils, dont deux tiers de femmes et d’enfants. Mais après un conflit, les femmes jouent un rôle majeur dans la reconstruction de la société. Et pour négocier la paix, leur statut est également largement reconnu via, notamment, la résolution 1325 de l’ONU adoptée en 2000.

Et si le mot « paix » rimait avec le mot « femmes » ? Maggi Poppe est convaincue que c’est le cas. «  Durant les conflits, explique cette chargée de projet au Vrouwenraad, l’aile flamande du Conseil des femmes, les femmes jouent un rôle particulier. Elles prennent soin de leurs enfants et de leur communauté. Elles remplacent les services publics déficients : école, santé, alimentation. Par ailleurs, dans les négociations de paix, elles se rapprocheront plus facilement du point de vue des femmes de la partie adverse, car elles exprimeront les mêmes demandes. Le dialogue avance plus vite lorsque ces délégations comprennent des femmes.  »

La plupart du temps, les femmes n’ont pas participé aux combats et elles ne sont pas perçues comme une menace. Elles peuvent aussi plus facilement tourner la page et se rapprocher de l’ennemi d’hier. Enfin, elles connaissent les besoins de leur famille, de leur communauté et définissent souvent des priorités qui profitent à tous.

Il y aurait donc toutes les raisons d’inclure des femmes dans les négociations de paix. Or, selon Uniwomen, l’organisation spécialisée des Nations unies consacrée à l’égalité des sexes, les femmes représentent seulement 9 % des négociatrices et 4 % des signataires des principaux accords de paix conclus depuis 20 ans.

Par ailleurs, ces accords de paix mentionnent rarement les violences sexuelles, alors que celles-ci sont devenues quasi systématiques dans les conflits. Il est désormais très loin le temps où les guerres concernaient essentiellement les soldats engagés sur le front. L’UNICEF estime qu’aujourd’hui 90 % des victimes de guerre sont des civils, dont deux tiers de femmes et d’enfants, contre 5 % au début du 20e siècle.

Dans beaucoup de conflits, comme au Kivu, dans l’est du Congo, les femmes sont même devenues des cibles privilégiées. « Alors qu’elles sont profondément touchées par les guerres, souligne Maggi Poppe, et que leurs capacités de pacification sociale sont connues, elles restent encore trop souvent écartées des accords de paix et des réparations qu’ils prévoient.  » Une injustice qui devrait cependant se résorber. Lentement…

En octobre 2000, le Conseil de sécurité de l’ONU reconnaissait, par la résolution 1325, l’importance des femmes dans la paix et invitait les États à renforcer leur rôle pacificateur. « Ce fut une petite révolution, poursuit Maggi Poppe, le Conseil de sécurité cassait ainsi l’image classique de la femme victime des guerres pour lui donner un rôle actif dans la prévention et la résolution des conflits. C’est la juste prolongation de celui qu’elle jouait déjà. Si les femmes participent rarement aux pourparlers de paix, c’est parce qu’elles n’accèdent pas à un certain niveau de pouvoir. Or, négocier la paix, c’est un jeu de pouvoir où les parties tentent de conserver leurs privilèges ou d’en acquérir d’autres. Si on fait participer des femmes aux discussions, elles changeront l’agenda au profit des civils et mettront en avant leurs besoins propres. »

Un jeu de pouvoir

Les chiffres montrent que cette résolution 1325 a eu des effets réels. Avant 2000, 11 % des accords de paix faisaient directement référence aux femmes et au genre. Depuis lors, le chiffre est passé à 27 %, même si les femmes restent rarement associées aux négociations de paix . « Les mentalités évoluent, se réjouit Jeroen Decuyper, de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. C’est lent, mais on note des changements. Aucune femme n’a négocié ni signé les accords de Lomé qui ont mis un terme à la guerre en Sierra Leone en 1999. Cependant, six ans plus tard, Ellen Johnson-Sirleaf était élue à la tête de ce pays. C’était la première femme présidente du continent africain. Elle a été rejointe cette année par Catherine Samba-Panza qui a pris la tête de la Centrafrique divisée par une guerre civile. L’accession de ces deux femmes à la magistrature suprême est la conséquence indirecte de cette résolution. Par ailleurs, en janvier dernier, c’est la générale norvégienne Kristin Lund qui a été désignée pour commander la force des Nations unies déployée à Chypre. Pour la première fois, une femme a pris la tête d’une mission de paix de l’ONU. »

Féminisation des armées

Pendant ce temps, les armées, elles, se sont progressivement féminisées. Les départements de défense nationale et les coalitions comme l’OTAN cherchent désormais à recruter des femmes. L’ONU également. En 2012, une part croissante des Casques bleus était constituée de femmes : 3 % dans les forces militaires et 10 % des membres de la police, contre 1 % vingt ans plus tôt.

« Il est vrai, conclut Maggi Poppe, que la présence de femmes militaires en Afghanistan, par exemple, est indispensable, car c’est la seule manière de parler avec des Afghanes. Mais la résolution 1325 ne demande pas de transformer les femmes en soldats. Or c’est sa première conséquence. En Belgique, le ministère de la Défense joue le jeu de la résolution 1325 alors que notre coopération, qui pourrait réellement promouvoir le droit des femmes auprès de ses partenaires, se montre moins active. Ainsi, au Congo, nous avons soutenu le processus électoral, mais notre pays n’a pris aucune initiative pour encourager les femmes à se présenter aux élections. »

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