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Haïti : de l’urgence au développement

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
4 mars 2010

Haïti représente un des plus grands échecs de la coopération internationale. La reconstruction implique d’adopter un modèle de développement différent. Analyse et propositions.

Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier a provoqué un des plus grands désastres humanitaires de ces dernières décennies. Il a nécessité un important élan de solidarité internationale pour faire face à l’urgence de la situation. Mais maintenant que les caméras s’en détournent progressivement, se pose la question de la reconstruction du pays dévasté, et donc du modèle de développement à adopter.

Les travers du passé

Si le tremblement de terre a brutalement renvoyé Haïti à son « année zéro », il convient avant tout d’éviter de retomber dans les travers du passé. Ceux d’un pays où, avant le séisme, à peine plus d’un tiers de la population avait accès à l’eau et à l’électricité, où plus de la moitié vivait avec moins d’un dollar quotidien et était analphabète. Le modèle de développement fondé sur la sous-traitance internationale et l’exportation de cultures de rente [1] a provoqué l’appauvrissement des zones rurales, un exode massif vers les zones franches et les bidonvilles de Port-au-Prince et, in fine, une dépendance alimentaire à la base des émeutes de la faim de 2008.

Certes, ce modèle n’a pas appauvri tout le monde. Les intermédiaires, véritable oligarchie locale, ont profité des lucratives commissions de l’import-export pour s’enrichir : 5 % de la population haïtienne cumulaient 50 % des richesses du pays avant le séisme.

Corollaire de cette politique, en phase avec les « conditionnalités » des institutions financières internationales : Haïti importait 60 % de sa consommation de céréales. Le pays était notamment inondé de riz américain, exporté à bas prix grâce à des subventions indirectes.

Les pistes pour l’avenir

Une première évidence est que le développement de Haïti ne pourra se faire sans les Haïtiens. Si les gouvernements et les ONG internationales ont massivement réagi lors du tremblement de terre, ce sont avant tout les populations haïtiennes qui ont construit des camps de réfugiés, partagé les ressources disponibles et sauvé des milliers de vies. Ce sont aussi les populations rurales haïtiennes qui ont accueilli les dizaines de milliers de personnes fuyant la capitale en ruines...

Tags: Haïti

[1Culture de rente (café, cacao, arachide…) : culture qui peut générer des rentrées financières, souvent destinées à l’exportation, par opposition avec la culture vivrière (fruits, légumes), destinée habituellement à la consommation locale.

Source : Imagine demain le monde, n°78, mars-avril 2010.

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