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Rapport OCDE sur l’aide

Hausse de l’« aide fantôme », mais baisse de l’« aide réelle » aux pays pauvres

11 avril 2017

Ce mardi 11 avril, l’OCDE a publié le montant de l’aide publique au développement (APD) dépensée en 2016. Au niveau mondial, l’APD totale a atteint 142,6 milliards USD, contre 131,6 milliards en 2015, mais cette hausse s’explique par la comptabilisation des frais d’accueil des réfugiés, tandis que l’aide aux pays pauvres est en réalité en baisse.
Au niveau belge, l’aide est également en hausse, passant de 0,42 à 0,49% du RNB entre 2015 et 2016. Toutefois, une analyse plus fine démontre que cette augmentation s’explique essentiellement par la comptabilisation des frais d’accueil des demandeurs d’asile et du financement de l’externalisation des frontières en Turquie et en Afrique. L’aide réelle disponible pour financer des projets concrets de développement dans les pays pauvres plafonne en réalité à un niveau historiquement faible.

Au niveau mondial, l’aide publique au développement a enregistré une hausse de 8,9%, passant de 131,6 à 142,6 milliards USD pour atteindre 0,32% du RNB des pays donateurs – soit moins de la moitié de l’objectif international de 0,7%. Cette hausse s’explique essentiellement par la prise en compte des frais d’accueil des demandeurs d’asile, dont le montant a augmenté de 27,5% pour atteindre 15,4 milliards USD – soit 10,8% de l’APD totale. Bien que nécessaire, ces montants ne représentent pas des fonds disponibles pour le financement des stratégies de développement des pays pauvres. Au contraire, l’aide mondiale destinée aux pays les moins avancés a baissé de près de 4% entre 2015 et 2016.

En Belgique, la part des richesses consacrée à l’aide publique au développement s’est élevée en 2016 à 0,49% du RNB (revenu national brut), contre 0,42% en 2015. Toutefois, cette augmentation s’explique essentiellement, d’une part, par la comptabilisation en APD des frais d’accueil des demandeurs d’asile en Belgique, et d’autre part, par une provision exceptionnelle de 57 millions EUR en vue de financer l’accord UE-Turquie sur les réfugiés syriens et le fonds fiduciaire d’urgence de l’UE destiné à « lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière en Afrique ». En d’autres termes, si l’« aide fantôme » de la Belgique – c’est-à-dire l’aide qui n’est pas disponible pour financer des projets dans les pays en développement – est en hausse, son « aide réelle » – celle disponible pour financer des programmes de développement – plafonne à un niveau historiquement faible et loin de l’objectif international de 0,7% du RNB.

D’une part, les frais relatifs à l’accueil des demandeurs d’asile par Fedasil sont estimés à 17% de l’APD belge en 2016. Par conséquent, la Belgique est, plus que jamais, le premier pays destinataire de sa propre aide au développement. D’autre part, un rapport de juin 2016 du Parlement européen a émis de fortes critiques à l’égard du fonds fiduciaire, en reprochant à l’UE de détourner l’APD des objectifs de développement durable au profit de politiques migratoires restrictives susceptibles de bénéficier à des régimes autoritaires plutôt qu’aux populations les plus vulnérables.

Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement : « Si l’APD a besoin d’être réformée pour être en mesure de répondre aux enjeux du 21e siècle, elle ne pourra être efficace que si une aide réelle est allouée en quantité suffisante pour financer les objectifs de développement durable. C’est pourquoi les artifices comptables permettant de gonfler l’aide fantôme pour masquer les restrictions budgétaires ne sont pas une solution  ».

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