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Honduras : la leader indigène Berta Caceres assassinée

Carine Thibaut Carine Thibaut
4 mars 2016

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Berta Caceres, dirigeante du Conseil citoyen des peuples amérindiens du Honduras (Copinh) a été tuée dans sa maison. Elle était connue pour son engagement de longue date pour les droits des Lemca – peuple amérindien majoritaire au Honduras - et son opposition aux projets de grands barrages. Sa mort, qui rappelle les disparitions de nombreux défenseurs des droits humains au Honduras, soulève une vague d’indignation dans le monde. Le CNCD-11.11.11 s’associe aux nombreuses voix qui appellent à une enquête indépendante.

A une heure du matin, plusieurs personnes ont pénétré dans la maison de Berta Caceres à La Esperanza, à 200 km de la capitale de Tegucigalpa. Berta a été tuée de 4 coups de feu et son frère blessé. Le nombre d’assaillants reste flou. Selon The Guardian, différentes sources évoquent entre 2 et 11 assaillants.

Depuis longtemps, Berta Caceres était menacée de viol et mort, au point que la Commission inter-américaine des droits de l’Homme avait recommandé au Honduras de mettre en place des mesures de sécurité afin de garantir sa protection. Ce qui n’avait guère eu de suite, comme le démontre son assassinat.

La police a déclaré aux médias locaux y voir une tentative de vol ayant mal tourné. La famille, quant à elle, tout comme de nombreux observateurs nationaux et internationaux, n’a aucun doute sur les mobiles de l’assassinat. « Je ne doute pas un seul instant qu’elle a été tuée en raison de sa lutte et que les soldats comme les dirigeants du barrage en sont responsables. Je tiens le gouvernement pour responsable », a déclaré sa maman de 84 ans à Radio Globo. Le mouvement du Copinh a accompagné le corps vers la capitale provinciale afin d’exiger une enquête indépendante.

Connue pour son courage et son indépendance, Berta Caceres avait reçu en 2015 le prix Goldman pour l’environnement pour sa lutte contre l’un des plus grands projets de barrages en Amérique centrale – la cascade de Agua Zarca qui aurait eu pour effet de priver des centaines de personnes de l’accès à la rivière.

Au niveau international, son assassinat ne passe pas inaperçu. Le Secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luis Almagro, a condamné un crime « horrible » qu’il a qualifié de « coup porté aux droits de l’Homme ». La rapporteuse spéciale sur les droits des indigènes Victoria Tauli-Corpuz, s’est dite « triste et horrifiée » par la nouvelle. L’écrivaine canadienne Naomi Klein a salué le courage de Berta Caceres et replacé son assassinat dans le contexte des attaques croissantes visant les activistes environnementalistes.

Les menaces s’étaient faites plus régulières ces derniers temps. En effet, le 20 février, Berta Caceres s’était rendue sur le site du barrage à Rio Blanco pour une manifestation d’opposition, au cours de laquelle de nombreuses personnes furent arrêtées et blessées. Cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de la campagne lancée en 2006 contre le projet de méga barrage, qui doit être réalisé par une firme locale DESA et par des compagnies étrangères, avec le soutien de l’entreprise chinoise Sino Hydro et de la Banque mondiale. Ce projet de méga barrage avait soulevé une vague de protestations car il signifie le déplacement de nombreuses populations indigènes et la destruction de l’environnement.

L’assassinat de Berta Caceres vient rappeler de manière aigue les risques encourus par les défenseurs des droits humains au Honduras. Entre 2010 et 2014, 101 activistes ont été tués, d’après l’étude « How many more ? » de l’ONG Global Witness. 40% des victimes font partie des mouvements indigènes qui résistent au projet de développement ou d’accaparement de terres sur leurs territoires. Plusieurs organisations, notamment la Via Campesina, appellent à manifester devant les ambassades du Honduras dans le monde afin d’exiger une enquête indépendante et la protection des défenseurs des droits humains au Honduras. Une manifestation est prévue ce vendredi à 15H00 devant l’ambassade du Honduras à Bruxelles.

Sources

  • Jonathan Watts, Berta Cáceres, Honduran environment and human rights activist, murdered, in The Guardian, 3 mars 2016.
  • Joel Chartreau, Honduras : Berta Caceres, tuée par balles pour la cause indigène et écologiste, 3 mars 2016
  • Communiqué de presse Amnesty International, Homicide de la défenseuse des droits humains Berta Cáceres, 4 mars 2016
  • El Pais

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