×

Hongrie : la société civile dans la ligne de mire du gouvernement

Rachel De Plaen Rachel De Plaen
26 septembre 2014

En avril dernier, le Premier ministre hongrois Victor Orbán, du parti conservateur FIDESZ, a été réélu pour un mandat de quatre ans. Son parti garde ainsi la majorité au Parlement pour les quatre années à venir.

D’après Human Rights Watch, la mainmise du parti depuis 2010 a permis de changer près de 648 lois et surtout la Constitution. Ces changements législatifs ont affecté la liberté de la presse, la liberté d’expression et l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les femmes, les couples homosexuels, les sans-abris, les personnes avec un handicap mental ont également été la cible de ces réformes. L’Union européenne et le Conseil de l’Europe ont d’ailleurs fait pression sur la Hongrie pour que celle-ci respecte les normes et lois européennes .

Depuis la réélection d’Orbán, ce sont les ONG qui sont sur la sellette. Le gouvernement hongrois les accuse de servir les intérêts étrangers. Certaines bénéficient de dons de la Norvège, du Liechtenstein et de l’Islande, mais ceux-ci ont pour objectif de soutenir des projets qui défendent les valeurs démocratiques, les droits des minorités et des groupes vulnérables. La Hongrie a ainsi voulu changer unilatéralement la gestion de ces dons à l’avantage d’une compagnie qui appartient à l’État. Cet événement a été le début de longues tractations diplomatiques entre la Norvège et la Hongrie : suspension du financement par la Norvège, audit de la Hongrie sur des ONG bénéficiant de ce fonds et finalement, descente le 8 septembre dernier de la police hongroise pour saisir les ordinateurs et serveurs des ONG Demnet et Okotars .

Il s’agit pour ainsi dire d’un feuilleton où la théorie du complot a une place de choix. Ces ONG seraient des agents des pays étrangers. Pour Orbán, ces fonds serviraient aussi à soutenir des partis de l’opposition, notamment le parti vert Lehet Más a Politika. Ce débat a une résonance particulière vu le contexte politique hongrois. Le parti contrôle fortement l’Office judiciaire nationale et les médias. C’est maintenant la société civile qui se sent menacée dans son rôle de contre-pouvoir. Selon Reka Balog de la plate-forme HAND, partenaire du CNCD-11.11.11, « le gouvernement hongrois est contre les ONG qui ne s’alignent pas sur sa politique. Il a la volonté de ne soutenir que les ONG qui suivent son agenda politique ».

Une société civile libre et indépendante joue des rôles multiples : celui de contre-pouvoir, le soutien aux groupes marginalisés ou la sensibilisation du grand public. Des rôles qui la rendent particulièrement importante pour la bonne santé d’une démocratie. Alors que dans les débats internationaux, les organisations de la société civile sont de plus en plus reconnues comme des acteurs-clés, leur liberté d’action s’amenuise. La société civile subit ainsi régulièrement des répressions violentes lors de manifestations, des obstacles pour obtenir une reconnaissance légale et pour obtenir des financements ; des tendances visibles dans plusieurs pays : Venezuela, Brésil, Turquie, Ukraine et même au sein de l’UE.

L’UE se présente comme un pilier de la démocratie et du respect des droits fondamentaux. Elle devrait dès lors soutenir plus fortement la société civile, qui se révèle un partenaire incontournable. Aujourd’hui, plusieurs organisations d’Europe centrale et d’Europe de l’Est ont lancé unappel à la Commission et au Parlement afin de soutenir la société civile en Hongrie. Il est temps que ces alertes soient entendues, dans un contexte où les mécanismes de gouvernance et de démocratie européenne sont fort remis en question. La participation et le renforcement de la société civile sont essentiels pour trouver des solutions à des problématiques politiques, économiques, environnementales tant au Sud qu’au Nord de l’hémisphère.

Pour plus d’informations :

Lire aussi

Un traité transatlantique au mépris du climat ?
Tribune

Un traité transatlantique au mépris du climat ?

Les Etats membres de l’UE se prononceront « dans les prochaines semaines » sur la négociation d’un nouveau traité transatlantique avec les Etats-Unis. La Commission européenne a publié en janvier dernier des mandats de négociation en ce sens, mais le (...)


  • Arnaud Zacharie, Michel Cermak

    20 mars 2019
  • Lire
Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

La menace d’une ruée migratoire africaine vers l’Europe est un mythe. La fermeture des frontières et la fin de l’aide au développement réclamées par les adeptes du repli national-populiste sont des solutions contre-productives. Ce dont l’Europe a besoin (...)


  • Arnaud Zacharie

    4 mars 2019
  • Lire
Accord de commerce UE-USA : le spectre d'un mini-TTIP

Accord de commerce UE-USA : le spectre d’un mini-TTIP

La Commission européenne a proposé en janvier de lancer de nouvelles négociations commerciales transatlantiques, aux antipodes des ambitions climatiques exigées par une part croissante de la population. Le Parlement européen semble plus divisé que (...)


  • Michel Cermak

    20 février 2019
  • Lire
Qui ? Rachel De Plaen
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

Inscrivez-vous à notre Newsletter