Importations toxiques : l’Europe tourne le dos à ses propres normes
Un nouveau rapport plaide pour que les produits agricoles importés respectent les mêmes normes que celles imposées au monde agricole européen
Hormones de croissance dans le bœuf brésilien ? Insecticides interdits dans nos fruits ? Pesticides bannis dans nos pommes ? Malgré des interdictions européennes parfois vieilles de plusieurs décennies, ces produits se retrouvent encore dans nos assiettes. Un scandale sanitaire, environnemental et social face auquel l’UE ferme les yeux.
Dans un nouveau rapport « Double standard dans nos assiettes », le CNCD-11.11.11, Entraide et Fraternité et Humundi mettent en lumière l’incohérence des politiques belges et européennes qui consistent à maintenir la logique du deux poids deux mesures entre les aliments produits sur notre sol (qui sont mieux régulés) et ceux que nous importons (qui sont moins régulés). Cette disparité permet l’entrée sur notre marché de produits agricoles qui ne respectent pas les règles sanitaires et environnementales européennes. C’est un problème à plusieurs égards :
- Pour les producteur·ices belges et européens qui subissent une concurrence déloyale car ce différentiel de normes permet de produire à moindre coût et de vendre moins cher.
- Pour les consommateur·ices qui consomment des produits sans savoir que les normes sanitaires européennes n’ont pas été respectées.
- Pour la planète car via ses importations, l’UE entretient des filières agricoles non-durables ayant recours à des produits et méthodes néfastes pour l’environnement.
- Pour les producteur·ices et consommateur·ices du Sud qui utilisent et consomment des produits nocifs pour leur santé et l’environnement.
« Le besoin de davantage de cohérence entre politique agricoles européennes et politiques commerciales était l’une des principales revendications portées par les agriculteur·ices lors des manifestations de 2023-24, explique Amaury Ghijselings Amaury Ghijselings , responsable de recherche sur la souveraineté alimentaire et auteur du rapport pour le CNCD-11.11.11. Pourtant, au lieu de lutter contre cette concurrence déloyale, l’UE a sabordé la plupart de ses politiques environnementales dans le domaine agricole. »
La garantie d’une réciprocité des normes reste bloquée à l’état de promesse politique comme c’est encore le cas au sein de la nouvelle « Vision pour l’agriculture et l’alimentation » publiée par la Commission européenne en février 2025. Pire, l’UE continue d’accélérer le commerce agricole en signant des traités de libre-échange tel que le traité UE-Mercosur.
En partant de l’analyse de trois filières agricoles belges (bœuf, colza, pomme), ce rapport met en lumière de manière concrète, les incohérences des politiques agricoles et commerciales de l’UE ainsi que leur impact sur le monde agricole belge et les paysan·nes des pays tiers.
« Avec les récentes hausses du marché européen, les industriels de l’agroalimentaire font de plus en plus pression pour accéder à de la viande moins chère, commente Nicolas Perreaux, vétérinaire et employé d’une coopérative d’éleveurs wallons de bovins. Le Mercosur risque donc d’être responsable de la chute du prix de nos filières bovines. Même si le volume annoncé est faible, une part de marché de 10% peut faire lisser le prix des 90% restants. Et on ne parle même plus des norme environnementales et sanitaires désastreuses par rapport à celles drastiquement mise en place ici », déplore-t-il.
Le rapport se penche par ailleurs spécifiquement sur l’exportation par l’UE de pesticides interdits en son sein, alors que la Belgique devrait mettre en application, à la fin du mois de mai, sa législation (adoptée en 2023) bannissant ces exportations. Au niveau de l’UE, aucun règlement ne prévoit de corriger cette incohérence. Pourtant, « interdire l’exportation de pesticides interdits, c’est une question de bon sens et une nécessité sur le plan sanitaire et environnemental », insiste Amaury Ghijselings.
A la lumière de l’analyse, les auteur·ices plaident pour la mise en place de mesures miroirs. Autrement dit, exiger que les produits agricoles importés respectent les mêmes normes sanitaires et environnementales que celles imposées au monde agricole européen. Ces mesures miroirs protègent les filières belges de la concurrence déloyale tout en améliorant les conditions de production dans les pays partenaires.
Deux pommes. Même rayon. Deux réalités. L’une a été cultivée chez nous, sous des normes strictes. L’autre ? Importée avec des pesticides interdits ici.
Et ce n’est pas qu’une histoire de pommes !
Ce double standard est injuste et dangereux : pour notre santé, pour les agriculteur·rices, pour la planète.
La solution ? Des mesures miroirs. Si c’est interdit ici, on ne l’importe pas. Simple, logique, juste.
Changeons la recette
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Campagne "Changeons la recette"
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