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Israël/ Palestine : la Belgique a l’obligation d’agir

Rabab Khairy Rabab Khairy
10 juillet 2014

Face aux violations du droit international par Israël, la Belgique a l’obligation d’agir.

Il y a dix ans aujourd’hui que la Cour internationale de Justice rendait son mémorable avis établissant l’illégalité du Mur construit par le gouvernement israélien en territoire palestinien. L’importance de cet avis réside également dans l’énoncé précis des obligations à charge des États tiers pour mettre fin à cette situation illégale. La Belgique, tout comme l’ensemble des États membres de l’Union européenne (UE), a reconnu ces obligations en votant la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies du 20 juillet 2004 adoptant les mesures de mise en œuvre de l’avis de la Cour.

Dix ans plus tard, où en sommes-nous ? Le Mur s’étend dans et autour de Jérusalem pour englober la ville et sa périphérie et s’enfonce en Cisjordanie souvent bien loin à l’est de la Ligne verte. Parallèlement, la colonisation a connu un essor considérable grappillant de façon insatiable toujours davantage de terres palestiniennes. L’emprise de l’occupation militaire perpétue la destruction des infrastructures palestiniennes, l’accaparement de l’ensemble de la zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie. La bande de Gaza, quant à elle, est maintenue sous un blocus militaire depuis juin 2007, malgré la crise humanitaire en cours et les condamnations de la communauté internationale, dont l’UE. Sans chercher l’exhaustivité, ajoutons les violations au droit international humanitaire et aux droits de l’homme subies au quotidien par la population palestinienne avec les arrestations massives, les détentions administratives, les violences exercées par les colons, les destructions de maisons, les confiscations de terres agricoles, les humiliations aux check-points etc.

Cette rétrospective de cette dernière décennie écoulée est essentielle pour prendre du recul face au cycle infernal de la violence dans lequel Palestiniens et Israéliens s’engouffrent à nouveau depuis bientôt un mois. Pour les observateurs inattentifs, les politiques et la grande majorité des médias, les actions militaires entreprises par l’armée israélienne ces dernières semaines, à travers les opérations « Gardiens de nos frères » et « Haie protectrice », trouvent leur origine dans l’enlèvement et l’assassinat de trois jeunes Israéliens près d’Hébron et dans le lancement de roquettes sur Israël à partir de la bande de Gaza.

Il n’en est rien ! Toutes ces opérations ne sont que la réplique d’autres menées auparavant - tel un éternel recommencement. Depuis quand tout ceci dure-t-il ? Depuis l’occupation de la Palestine et sa colonisation. Quand tout ceci prendra-t-il fin ? Lorsqu’ Israël mettra fin à la colonisation et l’occupation de la Palestine.

Bien entendu, rien ne peut justifier l’assassinat de ces trois Israéliens, mais rien ne justifie non plus les violences quotidiennes des colons ni celles perpétrées par une armée israélienne surpuissante à l’encontre de la population palestinienne. En quelques jours, l’intervention israélienne de l’opération « Gardiens de nos frères » a eu pour conséquence la mort de 12 Palestiniens, de plus de 120 blessés, de 640 arrestations, dont de nombreux enfants. Et depuis deux jours, une vingtaine de Palestiniens ont été tués dans l’attaque israélienne menée contre la bande de Gaza. Que démontre cette répression aveugle et disproportionnée décidée par le gouvernement israélien ? Que les vies humaines des Palestiniens n’ont aucune valeur à ses yeux.

Le droit international permet de réguler ce type de vision distordue, en interdisant notamment toute punition collective. Il devient urgent de mettre un terme à ce cercle vicieux de la violence. Il en va de la sécurité de la population palestinienne et aussi de la sécurité de la population israélienne.

La communauté internationale doit réagir pour faire entendre raison au gouvernement israélien. Puisqu’il semble qu’Israël ne soit pas disposé à respecter le droit international, n’est-il pas temps que les États tiers réagissent ?

En tant que Haute Partie contractante à la IVe Convention de Genève, la Belgique a l’obligation d’en faire respecter les règles. Tout d’abord, le gouvernement belge doit condamner avec la plus grande vigueur ce recours excessif à la force par Israël et lui rappeler son obligation de respecter le droit international. Ensuite, le gouvernement belge a l’obligation également d’adopter toute mesure ferme et pertinente pour mettre un terme à ces violations du droit international et agir pour éviter que ne règne l’impunité. Enfin, comme l’UE le souligne régulièrement, la poursuite de la colonisation constitue le principal obstacle la paix, et sans l’adoption de mesures visant à obtenir son arrêt et son démantèlement, toute solution durable au conflit demeurera illusoire.

En savoir plus

  • Mesures préconisées par la campagne Made in illegality coordonnée par le CNCD-11.11.11, 11.11.11 et la FIDH : www.madeinillegality.org

Source : carte blanche parue dans l’édition de 17h du Soir, 9 juillet 2014.

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