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Israël / Palestine : une colonisation par l’agriculture

Rabab Khairy Rabab Khairy
3 mars 2014

La bonne santé économique des implantations israéliennes dans les territoires palestiniens occupés joue un rôle central dans le maintien et l’expansion de la politique de colonisation.

On l’appelle communément « le grenier de la Palestine ». Le climat particulièrement humide propice à la culture d’un large éventail de produit maraîchers tout au long de l’année fait de la vallée du Jourdain la zone agricole par excellence de la Cisjordanie. Dattes, olives, figues, agrumes, melons, poivrons, concombres, oignons, herbes aromatiques, tomates-cerise, aubergines y sont les principaux produits cultivés, dans des serres et leur des terres qui s’étendent à perte de vue.

37 colonies israéliennes y sont implantées. Elles accaparent de facto la majeure partie des terres et leur économie est florissante. Le rapport de l’ONG israélienne Kerem Navot, publié en août 2013, affirme que durant ces dernières décennies, les Palestiniens ont perdu un tiers de leurs terres agricoles, en partie à cause des spoliations des colons qui ont bénéficié de l’appui de l’Etat israélien. Les terres palestiniennes colonisées concentrent la majeure partie des terres cultivables, des réserves en eau et autres ressources naturelles. L’impossibilité pour la Palestine d’y déployer des activités économiques entraîne, selon la Banque mondiale, un manque à gagner d’environ 3,4 milliards de dollars, soit 85 % du PIB palestinien. Dans les années 80, les exportations représentaient plus de la moitié du PIB palestinien, elles sont aujourd’hui tombées en-dessous des 15%. Paradoxe de l’occupation : un grand nombre de Palestiniens n’ont guère d’autres solutions que de trouver du travail dans les colonies, principalement dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et de l’industrie.

Les Palestiniens ont perdu un tiers de leurs terres agricoles, en partie à cause des spoliations des colons qui ont bénéficié de l’appui de l’Etat israélien

L’essentiel de la production agricole israélienne - dont celle provenant des colonies - arrive sur les étals des supermarchés européens. En 2010, l’association israélienne Who Profits estimait que le pays avait exporté des fruits et légumes pour une valeur totale de 2,1 milliards de dollars, dont 66% vers le marché européen qui constitue également le principal débouché pour deux entreprises manufacturières israéliennes implantées dans les colonies comme Ahava (produits cosmétiques) et SodaStream.

La politique active d’accaparement de terres et d’installation de colonies de peuplement est accompagnée de dispositifs attractifs incitant les entreprises israéliennes des secteurs industriels et agro-industriels à s’installer dans les colonies. Aux subventions généreusement octroyées par l’Etat israélien (avantages fiscaux, ristournes sur la location des terrains, fonds alloués pour la recherche et le développement, etc.), il faut ajouter les fonds considérables investis par le gouvernement dans la construction d’infrastructures pour l’usage des colons, notamment les routes qui leur sont réservées et qui permettent l’accès rapide aux marchés israélien et étranger.

L’économie des colonies constitue un volet essentiel de la politique d’occupation. Et par effet d’entraînement, l’importante activité économique des colonies joue un rôle indéniable dans le maintien de la colonisation et son expansion.


La colonisation en progression constante

L’année 2013 a marqué les 20 ans des Accords d’Oslo. L’objectif de ces accords était la création à terme d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat israélien ; une perspective qui apparaît plus éloignée que jamais. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 250 colonies israéliennes en territoire palestinien occupé depuis 1967.
  • 530 000 colons installés en Cisjordanie, dont 200 000 à Jérusalem-Est. Un nombre qui a plus que doublé depuis la conclusion des Accords d’Oslo.
  • Chaque année, le gouvernement israélien consacre au moins 330 millions € de plus aux avantages destinés aux colons qu’à ceux destinés aux citoyens vivant au sein d’Israël.

Source : article paru dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°24, mars-avril 2014.

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