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Jérusalem-Est, une capitale confisquée

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
22 août 2011

La ville de Jérusalem est au cœur du conflit entre Palestiniens et Israéliens. Alors que les Palestiniens veulent faire de sa partie orientale la capitale de leur futur Etat, Israël poursuit sa politique du fait accompli en isolant la ville et en la judaïsant.

La ville de Jérusalem occupe une place très particulière dans le sentiment national palestinien et israélien. Aujourd’hui sous le contrôle des Israéliens, la ville et sa région devaient être administrées par l’ONU selon un régime international spécial. Mais le plan de partage de la Palestine des Nations Unies en 1947 n’a pas fait long feu. Les forces sionistes avaient déjà conquis la partie ouest de la ville quand elles déclarèrent l’indépendance de l’Etat d’Israël (1948). Après le conflit avec les pays arabes, la ligne d’armistice de 1949 divisa Jérusalem en deux parties, la partie Ouest sous contrôle israélien, et la partie Est sous contrôle (trans)jordanien. Cette situation perdura jusqu’en 1967. Cette année-là, l’armée israélienne conquit en six jours l’ensemble des Territoires palestiniens. Cet état de fait fut entériné en décembre 1980 par le parlement israélien, la Knesset avec l’adoption de la « Loi de Jérusalem », une des lois fondamentales du pays, proclamant Jérusalem « capitale éternelle, une et indivisible » de l’Etat d’Israël.

Dépossession et judaïsation

Depuis 1967, la politique israélienne menée à Jérusalem a été une politique du fait accompli destinée à changer le rapport démographique dans la ville et à la judaïser, afin que la souveraineté israélienne ne puisse plus y être remise en question.

Pour ce faire, une des premières mesures mises en place par le gouvernement israélien fut d’élargir les limites de la municipalité, principalement à l’Est, tout en colonisant l’espace annexé. De 6,5 km2 avant 1967, la municipalité est alors passée à une superficie de 108 km2, avec pour objectif d’englober le plus de terres possibles avec le moins d’habitants palestiniens. Cet agrandissement de la municipalité a eu pour conséquence d’ôter à la Cisjordanie 28% de son territoire. Suite à l’annexion de la ville, les autorités israéliennes ont procédé à un recensement des Palestiniens. Seuls ceux qui étaient alors présents à Jérusalem ont obtenu le statut de résidents permanents. Ceux qui pour des raisons d’études, de travail, d’exil temporaire ne s’y trouvaient pas, se virent refuser ce statut et rejetés hors des frontières de la ville.

De plus, l’ONG israélienne pour les droits de l’Homme, B’tselem, liste quatre autres par lesquelles Israël vise à atteindre son objectif de judaïsation de la ville. Premièrement, l’Etat entend isoler Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, notamment par la construction du Mur et de checkpoints qui séparent les Palestiniens de leurs proches et/ou de leur activité principale. Deuxièmement, les autorités israéliennes n’accordent que rarement, voire jamais, de permis de construire aux Palestiniens de Jérusalem, qui font au contraire l’objet d’ordres d’expropriation et de destruction de leurs habitations. Troisièmement, la loi des « présents absents » permet de révoquer la résidence ou les avantages sociaux aux Palestiniens qui restent à l’étranger pendant au moins sept ans, ou qui sont incapables de prouver que leur lieu principal de vie est à Jérusalem. Un rapport de 2010, établi par les consuls européens sur Jérusalem, note qu’entre 1967 et 2010, quelque 14 000 Palestiniens se sont ainsi vu retirer leur statut de résidents. Enfin, le budget alloué à la municipalité de Jérusalem est inéquitablement réparti entre les deux parties de la ville, avec des effets néfastes sur les infrastructures et les services à Jérusalem-Est.

Colonisation intensive

A ces mesures administratives visant à inverser la carte démographique de la ville, se rajoute une colonisation intensive de la vieille ville et des quartiers est de la ville.

Dans celui de Sheikh Jarrah, une soixantaine de Palestiniens ont déjà été expulsés, fin 2009, de leurs maisons réclamées par des groupes de colons prétendant en être les propriétaires du temps des Ottomans. Vingt-quatre autres familles, soit environ cinq cents Palestiniens, risquent la même expulsion forcée. Sherihan Hanoun, une jeune fille membre d’une des familles expulsées du quartier, expliquait lors de son passage à Bruxelles en mars dernier que sa famille avait mené une action en justice afin d’empêcher son expulsion et avait réussi à démontrer que les titres de propriétés présentés par les colons étaient des faux. Il s’agissait d’une preuve solide, mais arrivant trop tard selon le juge israélien. Sherihan vit aujourd’hui dans la rue avec le reste de sa famille.

Entre 1967 et 2010, 14 000 Palestiniens se sont vu retirer leur statut de résidents

Plus au sud de la ville, le quartier de Silwan a quant à lui le malheur d’avoir été construit sur les prétendus « Jardins de la cité de David ». Des pans de rue entiers se sont déjà affaissés du fait de fouilles archéologiques menées sous le quartier. Les 50 000 habitants palestiniens sont par ailleurs harassés par les quelque 500 colons venus s’installer aux abords de l’ancienne « cité de David », des colons qui bénéficient de la protection de l’armée.

Incohérence européenne

Face à cette politique du fait accompli, la communauté internationale demeure anormalement silencieuse, malgré une position généralement claire sur le statut de Jérusalem. Aucune instance internationale n’a jamais reconnu Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. L’Union européenne considère que Jérusalem-Est est un territoire occupé, et que la ville est appelée à devenir la future capitale de 2 Etats.

Mais les paroles ne sont pas suivies d’effets. Comme en témoignent plusieurs rapports, chaque jour qui passe sape de plus en plus la présence palestinienne dans la ville sainte et accroît la séparation grandissante entre Jérusalem-Est et le reste des Territoires palestiniens occupés. Sans une action internationale rapide, la probabilité de voir la capitale du futur Etat palestinien s’établir à Jérusalem-Est s’évanouira.

Source : article publié dans dlm, demain le monde, n°8, juillet-août 2011 // www.cncd.be/dlm

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