Nouvelles statistiques de l’OCDE

L’aide belge au développement augmente en 2024, contrairement à la tendance internationale

La Belgique doit tenir le cap et renoncer aux coupes annoncées
Bloc 'solidarité internationale' lors de la manifestation nationale à l'appel des syndicats le 13 février 2025 qui a rassemblé environ 100 000 personnes à Bruxelles.
Bloc ’solidarité internationale’ lors de la manifestation nationale à l’appel des syndicats le 13 février 2025 qui a rassemblé environ 100 000 personnes à Bruxelles.
© Florence Platteau

Comme chaque année en avril, l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) vient de publier les nouveaux chiffres sur l’aide publique au développement au niveau international. Le constat est sans appel : en 2024, l’aide internationale a diminué pour la première fois après cinq années consécutives de hausse. Et pourtant, la Belgique voit son aide au développement augmenter de plus de 12%, et elle passe ainsi au-dessus de la moyenne européenne. Le gouvernement Arizona doit maintenir le cap et renoncer aux coupes budgétaires envisagées dans la Coopération au développement qui seraient plus contreproductives que jamais.

Diminution de l’aide internationale

Selon les derniers chiffres de l’OCDE, l’aide internationale a diminué pour la première fois après 5 années consécutives d’augmentation. En effet, son niveau record de 223 milliards USD en 2023 a diminué de 7% pour ne représenter que 212 milliards USD en 2024, soit 0,33% du revenu national brut cumulé des pays donateurs. L’aide au développement a augmenté dans 10 pays donateurs seulement, et a diminué dans 22 pays donateurs. Les cinq pays qui donnent le plus en volume d’aide au développement restent les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume Uni, le Japon et la France. Ensemble, ces cinq donateurs ont représenté 69% de l’aide totale des pays du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE. Mais plusieurs de ces poids lourds historiques de l’aide au développement ont vu leurs contributions diminuer fortement : -17% pour l’Allemagne, -11% pour le Royaume-Uni, -10% pour le Japon. Et ce n’est qu’un début vu les coupes sombres annoncées à partir de 2025 aux Etats-Unis ou en France.

L'aide publique au développement (APD) dans une perspective historique : 1960-2024
L’aide publique au développement (APD) dans une perspective historique : 1960-2024
Source : OCDE 2025

Diminution de l’aide europeenne

Au niveau européen en particulier, l’aide au développement des institutions de l’Union européenne est restée stable. Elles continuent d’allouer la majorité de leurs financements (53%) à un seul pays, l’Ukraine.

Mais de leur côté, les pays donateurs membres de l’Union européenne ont vu leur aide au développement diminuer de plus de 8%. Plusieurs poids lourds historiques de la solidarité internationale voient leurs contributions stagner (France, Luxembourg) ou diminuer (-17% pour l’Allemagne, -13% pour la Suède, -3% pour les Pays-Bas). Seuls quatre pays (Danemark, Luxembourg, Norvège, Suède) ont respecté l’engagement international de consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide au développement - engagement adopté aux Nations Unies il y a plus de 50 ans et répété dans l’Agenda 2030 Agenda 2030 pour le développement durable. Le pays donateur considéré comme le plus généreux est aujourd’hui la Norvège, qui mobilise 1,02% de son RNB pour l’aide au développement.

Cette tendance générale à la baisse ne va que se renforcer durant l’année 2025, vu les annonces récentes de coupes budgétaires dans la coopération au développement, que ce soit en Allemagne, en France, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas. N’oublions pas le cas particulier des Etats-Unis, où les coupes drastiques et immédiates annoncées début 2025 dans les programmes de l’agence USAID ont déjà coûté de nombreuses vies humaines. Suite à toutes ces annonces de coupes, l’OCDE estime déjà que l’aide internationale diminuera encore de 9% à 17% en 2025.

Aide publique au développement (APD) en 2024, par les membres du Comité d'aide au développement (données préliminaires)
Aide publique au développement (APD) en 2024, par les membres du Comité d’aide au développement (données préliminaires)
Source : OCDE, avril 2025

Comment expliquer cette baisse drastique ?

Ce recul de l’aide au développement s’explique en partie par une baisse de 11% des contributions aux organisations internationales en 2024, telles que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. L’aide bilatérale des pays donateurs a également reculé de 6%, sous l’effet de trois facteurs. Premièrement, la baisse de l’aide envers l’Ukraine, qui a reculé de 17% par rapport à 2023 et qui représente dorénavant 7% de l’aide internationale. Deuxièmement, l’aide humanitaire a diminué de 10%, en partie en raison de la baisse de l’aide humanitaire à l’Ukraine (-43%). Troisièmement, les coûts liés à l’accueil de réfugiés dans les pays donateurs (que l’OCDE permet de comptabiliser comme de l’aide au développement) ont aussi fortement diminué, même s’ils continuent de représenter 13% de l’aide totale.

Composantes de l'APD des pays du CAD, 2000-2024
Composantes de l’APD des pays du CAD, 2000-2024
Source : OCDE, avril 2025


Aide publique au développement des membres du CAD à l'Ukraine, 2010-2024
Aide publique au développement des membres du CAD à l’Ukraine, 2010-2024
Source : OCDE, avril 2025

Au niveau géographique, les nouveaux chiffres publiés par l’OCDE montrent que l’aide au développement bilatérale allouée aux pays dits “les moins avancés” (pays dont les indices de développement sont les plus faibles au monde) a elle aussi diminué, de 3% par rapport à 2023. De même, l’aide au développement bilatérale allouée au continent africain a quant à elle diminué de 1% par rapport à 2023. Les financements alloués à l’Afrique subsaharienne en particulier, ont diminué de 2%.

Évolution de l'aide publique au développement (APD) bilatérale nette des pays du CAD, 2000-2024
Évolution de l’aide publique au développement (APD) bilatérale nette des pays du CAD, 2000-2024
Source : OCDE, avril 2025

La Belgique devenue championne de la solidarite internationale ?

Peu de raisons de se réjouir, donc. Si ce n’est que, contrairement à la tendance générale, l’aide au développement allouée par la Belgique a augmenté de plus de 12% en 2024, pour se situer à 3,2 milliards USD. Elle passe ainsi de 0,44% à 0,48% du revenu national brut, et se retrouve au-dessus de la moyenne européenne (qui se situe à 0,47%) après plusieurs années sous cette moyenne.
Certes, cette augmentation est en grande partie due à une provision additionnelle allouée spécifiquement à l’Ukraine, ainsi qu’à la hausse des frais d’accueil pour les réfugiés sur le territoire belge. Ces frais d’accueil représentaient ainsi près de 15% de l’aide belge au développement en 2024. Néanmoins, l’OCDE estime que même si l’on ne prenait pas en compte ces frais dans le calcul, l’aide belge au développement aurait tout de même augmenté de 10%.

L’aide au développement de la Belgique a connu une augmentation durant la législature Vivaldi - passant de 0,41% du RNB en 2019 à 0,48% en 2024. Cela sans comptabiliser en aide au développement les frais d’accueil de réfugiés ukrainiens – évitant ainsi de gonfler cette aide de manière superficielle comme l’ont fait de nombreux autres pays donateurs.

L’Arizona doit garder ce cap et renoncer aux coupes budgetaires envisagees

Le nouveau gouvernement Arizona doit garder le cap de la solidarité internationale, en tant que pilier de toute approche visant à réduire les inégalités mondiales et à renforcer la stabilité et la sécurité. Or le nouveau gouvernement a déjà fait savoir qu’il voulait couper 25% du budget de la Coopération belge au développement. Un tel choix n’est pas anodin : il aura des conséquences réelles sur la vie et le bien-être de millions de personnes dans les pays à faible revenu. Il faut corriger le tir et au contraire augmenter le budget de la coopération au développement, pour atteindre l’objectif de 0,7% du RNB en 2030, tel que la Belgique s’est engagée à le faire avec les autres pays donateurs.

Pourquoi, au fait ? Parce que l’aide au développement constitue un levier essentiel pour lutter contre la pauvreté et réduire les inégalités à l’échelle mondiale. En finançant l’accès à l’éducation, à la santé ou encore à l’agriculture durable, elle permet à des millions de personnes de sortir du cycle de la précarité. Ces investissements soutiennent des initiatives locales et renforcent les capacités des pays du Sud, leur donnant les moyens de construire une croissance plus juste et plus inclusive. En misant sur le développement humain, l’aide ne fait pas que répondre à des besoins urgents : elle prépare un avenir où chacun peut vivre dignement.

Mais au-delà de l’impact direct sur les populations bénéficiaires, l’aide au développement est aussi un investissement stratégique pour la communauté internationale. Un monde plus équitable est un monde plus stable : en réduisant les tensions sociales, en luttant contre les causes profondes des migrations justice migratoire
migrations
forcées et en prévenant les conflits grâce à des programmes de cohésion sociale, l’aide contribue à la sécurité globale. En soutenant la résilience des sociétés face aux crises économiques, sanitaires ou climatiques, elle évite que celles-ci ne deviennent des foyers d’instabilité aux répercussions mondiales.

Enfin, dans un monde interconnecté, il est de l’intérêt de tous et toutes que chaque région puisse se développer durablement. Les défis que nous affrontons – comme les pandémies ou le dérèglement climatique – ne connaissent pas de frontières. L’aide au développement agit comme un rempart collectif contre ces menaces globales. En favorisant un développement partagé, elle participe à bâtir un avenir plus sûr, plus solidaire et plus prospère pour l’ensemble de l’humanité.