Pérou

L’avocat : entre délices et supplices

L’avocat est une culture phare au Pérou, qui en produit différentes variétés. Il a de multiples vertus vantées par les diététiciens mais également, vu depuis l’Europe, des conséquences écologiques assez néfastes.

L'avocat : entre délices et supplices
© Autre Terre

Il était un avocat... Tire- lire-lire !

Nous l’aurons remarqué avec regret, l’avocat ne pousse pas naturellement dans nos jardins. Pour en acheter, comme les trajets au long cours irritent la planète, le premier réflexe des moins obtus sera probablement de jeter un œil furtif à l’étiquette : Amérique latine, Asie, Afrique... un véritable prospectus pour agence de voyages. « Bigre ! », dira le chaland désireux de ne pas trop alourdir son empreinte écologique. Heureusement – car il est devenu un produit de consommation courante dans nos pays – l’avocat pousse aussi en Europe.

Autre élément peu glorieux : certains « exploitants » poussent le vice en arrosant généreusement leurs avocatiers d’un savant mélange de produits chimiques. Au-delà de ternir le capital santé de l’avocat, cela le rend peu alléchant pour le consommateur et franchement nuisible à son environnement.

Rassurons-nous ! Il n’est pas rare de constater qu’à côté de leurs cultures destinées à la commercialisation, ces producteurs ont aussi des parcelles de fruits et légumes non traitées, réservées à leur autoconsommation. Mais est-ce comme cela partout ?

Le projet d’Autre Terre au Pérou

Ce qui nous intéresse davantage, c’est la filière d’avocats que nous soutenons à Ayacucho. Elle est portée par six organisations paysannes (160 producteurs) qui sont membres de la coopérative Frutos del Ande : Tincuy Santa Rosa, Izcutacocc, Seccllas, Cuculipuncu, Moruchupampa et San José de Colpa. Il s’agit de petites communautés assez éloignées dans les Andes...

Dans toutes ces plantations (une centaine d’hectares certifiés bio ou en conversion), l’équipe technique de la coopérative accompagne les pratiques agroécologiques au niveau de la production des plants (via un système de greffe) et de l’entretien avec des pesticides et fongicides organiques (naturels). Les plus vieux plants méritent qu’on leur prête une attention particulière afin de les remplacer lorsqu’ils commencent à porter de moins en moins de fruits.

En 2016, la coopérative a établi des contacts commerciaux locaux et vendu 242 tonnes d’avocats, satisfaisant les clients les plus pointilleux qui lui demandent des degrés de maturité bien précis. Certains devront être « dans leur quart d’heure » pour être consommés immédiatement, d’autres mûrs dans les trois jours voire à la fin de la semaine...

En outre, chaque semaine, 100 kilos d’avocats partent à Lima pour être vendus en direct sur un marché gastronomique. Et comme elle habite sur place, c’est Deisy, la fille d’Eutropio (le Président de la coopérative), qui s’occupe de la vente hebdomadaire. Quant aux avocats de troisième et quatrième catégories, le marché ne les achète pas volontiers. Ils sont de bonne qualité gustative, mais leur forme non conventionnelle ne correspond malheureusement pas à l’image mentale que les clients se font de l’avocat. Qu’à cela ne tienne, ils ont été testés et retenus pour d’autres usages comme la production d’huile culinaire. Cette huile d’avocat (biologique) peut en effet servir comme cosmétique, mais nécessite encore certains ajustements pour passer le palier du marché alimentaire.

La coopérative a acquis un morceau de terrain à Secclas (près de la ville de Huanta), où elle a commencé la construction d’un bâtiment qui servira, entre autres, à l’unité de transformation d’avocats.

S’intéresser à la filière avocat (à côté d’autres cultures) avait pour objectif de se concentrer sur un produit porteur au niveau économique. L’orientation bio qui lui est donnée permet également une plus-value sociale et environnementale.

Autre Terre est fière de ce projet prometteur qui, grâce à la coopérative Frutos del Ande et au soutien de ses sympathisants, est en train de prendre son envol. Après un travail important en termes d’irrigation, de formation agroécologique et de commercialisation, c’est l’entretien durable des parcelles et la valeur ajoutée du produit (grâce à la certification et à la transformation) qui sont visés.

Source : Terre 159, décembre 2017.