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Entraide et Fraternité au Brésil et en Haïti

L’économie sociale au service de la souveraineté alimentaire

En Haïti et au Brésil, Entraide et Fraternité soutient des organisations paysannes. Un programme soutenu par le CNCD-11.11.11.

La propriété de la terre est à l’origine de beaucoup de conflits et de violences en Amérique latine. Les grands propriétaires détiennent toujours le monopole de la terre et agissent souvent par des mesures arbitraires, contre les intérêts des paysans sans terre.

Suite à l’arrivée au pouvoir de Lula au Brésil, le gouvernement a entamé une réforme agraire qui vise l’installation de 500.000 familles paysannes d’ici fin 2006 (le Mouvement des Sans Terre préconisait l’installation d’un million de familles). Cependant, moins de 200.000 familles ont finalement bénéficié de ce programme et la politique du ministère de l’agriculture de Lula a poursuivi celle du gouvernement précédent : production agroindustrielle et exportations, remboursement de la dette oblige ! Le service de la dette extérieure brésilienne représente en effet trois fois et demi les dépenses additionnées de santé, d’éducation et de réforme agraire. C’est dans ce contexte que s’observe une recrudescence d’occupations et d’installations par des mouvements tels les Sans Terre (MST) ou le Mouvement des Petits Agriculteurs (MPA) au Brésil.

Les opérations sont plus difficiles en Haïti, mais des associations comme Tèt Kole se renforcent dans leur lutte. L’agriculture est tellement dévalorisée dans ce pays que les paysans se déclarent eux-mêmes chômeurs, comme si la production alimentaire n’était pas un vrai métier mais une activité par défaut. Conséquence de l’ouverture des frontières commerciales, suite aux accords de l’OMC, les cultures agricoles haïtiennes souffrent des très faibles prix en vigueur sur les marchés mondiaux et de la concurrence déloyale. Pour acquérir des revenus suffisants, les paysans haïtiens sont donc poussés à abandonner leurs activités au détriment d’autres activités lucratives, notamment la déforestation pour transformer les arbres en charbon de bois !

Dans ces deux pays, comme dans d’autres, les paysans doivent de plus en plus lutter pour que l’agriculture paysanne soit reconnue. « Pas assez rentables », « mal organisés », s’entendent-ils dire. Ils subissent les effets de la logique néolibérale qui prône la compétition entre les firmes agroalimentaires et les petits producteurs condamnés à disparaître, car il leur est impossible de concurrencer un « prix mondial » beaucoup trop bas. Changer de priorités, pour plus de respect au quotidien L’OMC, le FMI et la Banque mondiale sont, à juste titre, pointés du doigt : ils préconisent une agriculture industrielle principalement destinée à l’exportation. « C’est pourquoi, le programme a un double objectif », nous explique Entraide et Fraternité : « mettre en avant des initiatives solidaires de production et de commercialisation, prises en charge par des familles paysannes organisées en associations ou en mouvements paysans et permettre une participation effective des paysans à l’économie solidaire qui devra les mener à une participation citoyenne plus large et au développement local ».

L’économie sociale serait-elle l’alternative à la logique néo-libérale ? « Nous invitons l’ensemble des secteurs économiques et sociaux d’un pays, ou même à l’échelle internationale, à bâtir une économie nouvelle, non seulement sur base de la concurrence pour obtenir de meilleurs gains, mais également sur base du partage de plus en plus équitable des bénéfices et des connaissances », nous explique Entraide et Fraternité.

Dans un sens, l’association défend l’économie solidaire. Un modèle fondé sur des valeurs empreintes de solidarité et de respect mutuel qui permet de procurer un niveau de bien-être satisfaisant à chacun des acteurs de la société.

La mise en réseau des organisations paysannes

En Haïti, plusieurs régions sont concernées par le projet : Nord-Ouest, Sud-Est et Ouest, Croix des Bouquets, Petit-Goâve et la région des Nippes. Le partenaire d’Entraide et Fraternité à Port-au-Prince, l’Institut Karl Lévêque (ICKL), conçoit ses activités dans une perspective d’éducation populaire qui aboutit depuis 2005 à un travail particulier sur l’économie solidaire. C’est ainsi qu’il renforce cinq organisations paysannes de base dans le cadre des activités de l’économie solidaire. Les cinq organisations soutenues travaillent dans le même sens : améliorer leurs revenus en revendiquant une
agriculture respectueuse de l’environnement et de la culture paysanne.

Les activités d’ICKL s’articulent autour de trois programmes : lieu d’échanges (activités d’échanges, de réflexion, de recherche et de systématisation), appui à la base (renforcement organisationnel et économie solidaire ) et droits humains (actions directes d’éducation, de défense et de mobilisation sur le respect des droits humains).

Au Brésil, Entraide et Fraternité soutient les familles paysannes de l’Etat de Goiás organisées en associations ou parfois en coopératives, et revendique une augmentation du revenu familial en améliorant l’organisation du travail et la gestion en Initiatives socio-économiques solidaires.

Le partenaire principal, le Mouvement des Petits Agriculteurs, veut constituer un mouvement social de masse pour l’ensemble du Brésil, organisant les petits agriculteurs pour mieux faire face à la politique agricole actuelle qui reste en faveur d’une agriculture agro-industrielle. C’est donc un groupe de pression qui promeut une agriculture paysanne durable, respectueuse de l’emploi rural et de l’environnement. Il encourage les petits agriculteurs à produire et à échanger sur des marchés locaux alternatifs des produits alimentaires de qualité, offrant des revenus décents aux familles.
Le mouvement national compte aujourd’hui 130.000 familles organisées dans une soixantaine d’associations locales, régionales ou au niveau des différents Etats, de même qu’à travers une dizaine de coopératives de production.

L’union qui renforce

Les partenaires haïtiens ont traduit en créole une cassette vidéo sur les Sans Terre du Brésil, car plusieurs groupes locaux haïtiens voudraient mieux connaître l’expérience des mouvements brésiliens. Le renforcement des réseaux nationaux et internationaux doit améliorer l’impact des résultats attendus.

L’économie solidaire doit susciter et renforcer les dimensions locales, régionales et nationales de la citoyenneté.

Pour Entraide et Fraternité : « La reconnaissance de l’agriculture paysanne passe obligatoirement par une démarche collective en réseaux ».

Le mouvement Tét Kole, en Haïti, et le MPA au Brésil font partie du syndicat international « Via Campesina » et participent ainsi à une démarche de reconnaissance et de revalorisation de l’agriculture paysanne au Sud, mais aussi au Nord !

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Qui ? Véronique Rigot
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
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