La COP30 : Une victoire arrachée mais beaucoup d’occasions manquées
Le résultat du sommet reflète simplement les failles d’un processus qui tend inévitablement vers le plus petit commun dénominateur
Le Sommet de Belém ne se termine ni sur un échec total ni sur un succès : le résultat reflète simplement les failles d’un processus qui tend inévitablement vers le plus petit commun dénominateur. Cette COP30 constitue un revers pour celles et ceux qui espéraient y voir un rebond pour l’ambition climatique, en raison notamment de l’incapacité des pays à avancer sur la sortie des énergies fossiles et à honorer leurs engagements financiers au profit des pays en développement. Seule avancée : l’établissement d’un mécanisme pour mettre en œuvre une transition juste.
C’est à Belém, porte d’entrée de l’Amazonie brésilienne, que 193 [1] des 194 Parties à l’Accord de Paris Accord de Paris se sont réunies pour avancer collectivement dans la lutte contre le dérèglement climatique. Un sommet marqué par l’absence des États-Unis, dont le retrait, annoncé dès le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, deviendra prochainement effectif. Alors que le dépassement du plafond de 1,5°C est désormais considéré comme inéluctable et que chaque dixième de degré comptera pour limiter les conséquences délétères du dérèglement climatique, les attentes pour cette COP30 étaient nombreuses et portaient particulièrement sur le rehaussement du niveau global d’ambition dans les réductions d’émissions de gaz à effet de serre, la sortie des énergies fossiles et les financements climatiques.
L’ambition toujours en berne
La préparation de la COP30 avait débuté dès le lendemain de la précédente. En effet, son Président, André Correa do Lago, avait, dès la clôture de la COP29, appelé les pays à soumettre leur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, leur « Contribution nationale déterminée [2] » (CDN), avec un horizon à 2035. Ce processus a lieu tous les cinq ans et doit permettre « d’atteindre l’objectif de température consistant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Son ambition est également de permettre à l’action collective de s’ajuster en fonction des progrès ou des lacunes. A l’été 2025, la Cour internationale de justice a rappelé que soumettre la plus haute ambition possible est une obligation légale [3].
Dans le cadre de cette COP30, de nombreux pays ont soumis leur CDN in extremis : certains, juste avant le sommet (comme l’Union européenne – effritant ainsi sa crédibilité sur un domaine où elle se déclare pourtant championne [4]) ; d’autres, pendant celui-ci (comme le Mexique) et d’autres pas du tout (comme l’Inde) [5]. Au final, seuls 120 pays ont déposé leur CDN.
Rares sont les CDN qui sont à la hauteur de leur juste part. Celle de la Chine, par exemple, est de 7 à 10 % en deçà de ce qu’elle devrait accomplir, même si les spécialistes soulignent que le pays fait toujours mieux que prévu [6]. L’Union européenne a soumis une fourchette de réduction comprise entre 66,5 % et 72,5 %, mais seule la limite supérieure de cette fourchette serait en adéquation avec l’objectif de 1,5°C [7].
Au regard de tous les plans soumis, et en supposant que les États respecteraient pleinement leur mise en œuvre, le réchauffement planétaire atteindrait 2,5°C à 2,7°C – bien au-delà de la limite de 1.5°C, prévue dans l’Accord de Paris [8].
Cette différence est loin d’être insignifiante, car elle implique le franchissement de plusieurs points de bascule des limites planétaires qui, une fois atteints, ont des effets en cascade. Parmi eux figurent le blanchissement total des coraux, la fonte complète de la banquise et de la calotte glaciaire du Groenland en été, et les perturbations de la circulation océanique atlantique.
Cette différence impliquerait des pics de température supérieurs à 45°C en Belgique pendant des périodes beaucoup plus longues, ce qui serait particulièrement problématique en ville en raison du phénomène des îlots de chaleur urbains [9]. Pour des pays tels l’Inde ou le Vietnam cela signifierait que le nombre de journées où la chaleur serait couplée à un fort taux d’humidité augmenterait d’une centaine à plus de 250 par an. Cela pose un risque létal car le corps est alors incapable de réguler sa température via la transpiration [10].
La porte de sortie des énergies fossiles
La COP30 aurait dû être celle qui appuie sur l’importance de sortir des énergies fossiles, comme acté lors de la COP28 de Dubaï [11]. Malheureusement, le texte final n’en fait aucune mention ; les pays exportateurs de pétrole s’y sont systématiquement opposés, et les décisions se prenant par consensus, chaque pays disposait d’un droit de véto. Il faut également souligner que plus de 1 600 lobbyistes du secteur du gaz, du pétrole ou du charbon étaient présents pour influencer les négociations.
Néanmoins, deux initiatives positives ont été lancées, en dehors du Sommet lui-même, ouvrant un espoir pour la dynamique mondiale. La Colombie a annoncé l’organisation d’un processus visant à parvenir à un accord de sortie des énergies fossiles, auquel se sont joints plus de 90 pays, dont la Belgique. La Présidence brésilienne a proposé l’établissement d’une feuille de route pour une sortie effective des énergies fossiles.
Les peuples autochtones réclament leur place
L’Alliance des peuples autochtones de l’Amazonie a fortement critiqué la position du Brésil sur les énergies fossiles. Le peuple Mura, qui compte environ 12 000 membres vivant principalement autour du fleuve Amazone, s’est exprimé par la voix de son chef qui déclarait au lendemain d’une manifestation que « ramener à la surface cette masse pourrie et polluante, c’est faire remonter tout le mal sur nos terres. L’Amazonie doit rester libre du pétrole et du gaz ! » [12].
Les peuples indigènes sont en première ligne face au dérèglement climatique, en raison de leurs liens avec leurs territoires. Entre 2023 et 2025, la région amazonienne a connu de multiples périodes de sécheresse qui ont paralysé la navigation, empêchant notamment l’accès à l’école ou à l’hôpital. En parallèle, ces communautés subissent directement les conséquences territoriales de l’activité pétrolière et minière. Depuis 2022, près de 25 % des nouvelles réserves mondiales de pétrole ont été identifiées en Amazonie, majoritairement sur des terres autochtones [13]. En juin, Lula a mis aux enchères 47 blocs pétroliers et gaziers à l’embouchure de l’Amazone [14].
Les populations indigènes ont toujours réclamé un siège à la table des négociations au même titre qu’un pays, mais cela n’a jamais été accordé [15]. Depuis, 1992 elles disposent d’un statut de groupes d’observateurs, tout comme les ONG ou les syndicats, et une plateforme a été créée en 2020 pour leur permettre d’échanger et de soumettre leurs recommandations, mais elle reste consultative, sans pouvoir réel de décision [16].
Alors que leur influence est restée marginale lors de la COP30, les populations indigènes ont décidé de se faire entendre, soutenues par les mouvements sociaux brésiliens, les associations de défense de l’environnement, les jeunes et bien d’autres. Elles ont organisé ensemble un contre-sommet, le « Sommet des Peuples », rassemblant plus de 70 000 personnes et ayant abouti à une déclaration commune [17]. Cette dernière appelle à favoriser la coopération, la solidarité et la sagesse pour s’unir contre l’extrême droite, le fascisme, les guerres et l’exploitation de la nature et des peuples. Elle exhorte également les délégations de la COP30 à reconnaître et protéger les territoires indigènes, à promouvoir l’agroécologie
Agroécologie
Agro-écologie
, à mener une transition juste et à délivrer le financement climatique promis.
Crispation sur le financement climatique
La spirale négative imposée par les pays du Nord lors de l’adoption du « Nouvel objectif de financement collectif » [18] (New Collective Quantified Goal – NCQG) à Bakou (COP29) a eu des impacts à travers l’ensemble des discussions lors de cette COP30.
Pour rappel, les États développés ont l’obligation de fournir du financement aux pays en développement, en raison de leur responsabilité historique en matière d’émissions [19]. Le NCQG a défini un nouveau cadre pour le financement climatique après 2025 – alors même que les montants promis n’ont jamais été délivrés jusqu’alors [20]. Ce cadre prévoit de mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 (avec une augmentation supplémentaire à 1 300 milliards de dollars provenant de toutes les sources (Baku-to-Belem Roadmap). Il est insuffisant par rapport aux besoins des pays du Sud, estimés à minimum 1 000 milliards USD par an pour l’atténuation, l’adaptation et les pertes et préjudices pertes et préjudices . Par ailleurs, il est improbable que les pays du Nord honorent ces obligations puisqu’ils coupent massivement dans les budgets qui y sont destinés.
La « Baku-to-Belem roadmap », censée débloquer 1 300 milliards d’ici 2035, a été laissée à l’abandon, aucun pays n’en ayant fait un enjeu central, tant le rapport de synthèse présentait plus d’inconvénients que d’avantages.
En parallèle, l’UE a continué sa politique habituelle de blocage sur le financement climatique. De l’ambition à la sortie des énergies fossiles, l’absence de financement climatique réduit évidemment l’action climatique des pays en développement.
L’adaptation reléguée au second rang
La COP30 devait également être le lieu où préciser le montant accordé à l’adaptation, qui reste le parent pauvre du financement climatique – l’atténuation (réduction des émissions) étant toujours favorisée.
L’adaptation est pourtant une priorité pour les pays du Sud, où le dérèglement climatique est une réalité quotidienne qui détruit des vies, au sens propre comme au figuré. Le supertyphon qui a déferlé sur les Philippines à l’aube de la COP30 a tué plus de 200 personnes, notamment parce qu’il n’y avait pas de digues pour contenir les inondations. Dans l’Himalaya, des milliers de personnes sont exposées au danger d’explosions glaciaires, faute de moyens financiers pour un dispositif d’alerte. En comparaison, les pays alpins possèdent des systèmes d’alertes qui permettent de prévenir les populations, ce qui a notamment permis au village de Blatten, en Suisse, d’être évacué avant d’être balayé par l’effondrement du glacier voisin, en mai 2025.
Les besoins en matière d’adaptation d’ici 2035 sont estimés à plus de 315 milliards de dollars annuels [21]. Les attentes portaient sur un triplement des engagements actuels – qui s’élèvent à environ 40 milliards annuellement – afin d’atteindre 120 milliards de financements publics.
L’UE a voulu lier ce dossier à celui des énergies fossiles en déclarant que « si un plan de sortie des énergies fossiles est accepté, nous nous montrerons plus flexibles sur l’adaptation, toujours dans le cadre du NCQG ».
Le texte final aboutit à une formulation alambiquée à divers égards. Tout d’abord, même si le mot « triplement » est repris, l’incertitude règne quant à l’année de référence. Ensuite, le texte argumente que tout le monde devra participer alors même que la justice climatique
Justice climatique
changement climatique
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requiert que les États développés prennent leurs responsabilités. Enfin, le texte n’apporte pas de clarification sur la question du financement sous forme de dons – en raison de l’opposition farouche de l’UE.
La Wallonie s’est illustrée en maintenant son financement climatique international à hauteur de 13 millions d’euros pour 2026, avec 3 millions pour le fonds pour l’adaptation. C’est un signal positif, même si la Région n’adopte pas une trajectoire de financement proportionnelle à sa responsabilité historique, ni à l’augmentation des besoins dans le Sud. Alors que le Fonds pour l’adaptation s’était fixé un objectif total de 300 millions d’euros pour 2026, les multiples promesses des pays du Nord ne le portent qu’à 122 millions d’euros. L’Etat fédéral belge, quant à lui, attend son budget pour faire de nouvelles promesses ; quant à la Flandre, elle n’a rien promis du tout.
Transition juste, première victoire
Une victoire est à souligner tout de même, avec l’adoption du « BAM » (Belem Action Mechanism). Demande majeure de la société civile internationale, des syndicats, des jeunes tout comme des peuples indigènes, le BAM devrait faciliter la mise en place d’une transition juste au niveau national.
L’idée derrière ce mécanisme est d’accélérer et de coordonner à l’échelle mondiale la mise en œuvre d’une transition juste dans l’ensemble de l’économie. Une telle transition soulève des enjeux considérables et des défis, qui peuvent être communs à de nombreux pays ; le BAM entend y répondre par une coordination globale et un partage renforcé des connaissances.
Pour garantir une large acceptabilité, l’accent est mis sur la participation et l’inclusion de nombreux groupes dont les travailleurs et travailleuses, ains que les peuples indigènes, aux côtés des institutions onusiennes, dans le respect du principe de la transition juste et des droits humains. Unique bémol : les références à la sortie des énergies fossiles ainsi qu’à l’exploitation minière ont été retirées du texte.
Le mécanisme doit être développé et aboutir à la COP32 à Addis-Abeba.
Prochaine étape ? Antalya
Une victoire est également à noter pour la Turquie, qui accueillera à Antalya la COP31. Afin de trouver un compromis avec l’Australie, également candidate, cette dernière assurera la présidence et guidera les négociations en novembre 2026. D’ici là, les délégations se retrouveront comme chaque année pour des négociations aux « intersessions » de Bonn, notamment pour avancer sur le BAM et le financement.
La question de la sortie des énergies fossiles présentant un blocage majeur, la solution pourrait survenir en dehors du cadre onusien, grâce à l’initiative colombienne, pour espérer limiter le dérèglement climatique.
Alors que certains et certaines se questionnent sur le processus en lui-même et sur sa capacité à produire des décisions à la hauteur de l’urgence, la COP30 s’achève en laissant de nombreuses questions ouvertes.
[1] 192 États et l’Union européenne.
[2] Pour rappel, les CDN recouvrent principalement la consommation d’énergie, la mobilité, le secteur du bâtiment, et l’industrie.
[3] Avis de la Cour Internationale de Justice sur l’obligation des États vis-à-vis du dérèglement climatique, www.icj-cij.org/fr/affaire/187
[4] N. Bormann (2025) « Objectif 2040, entre ambition affichée et concessions dangereuses », CNCD-11.11.11
[5] Climate Action Trackers (2025) CDN tracker, https://climateactiontrac...
[6] Climate Action Tracker (2025) China Tracker, https://climateactiontrac...
[7] ESABCC (2025) Scientific advice for amending the European Climate Law - Setting climate goals to strengthen EU strategic priorities, https://climate-advisory-...
[8] CCNUCC (2025) 10th November 2025, Messages top parties and observers “Nationally Determined Contributions Synthesis Report – update”
[9] Le Soir (2025) Comprendre les conséquences d’une Belgique à + 3°C. Consulté le 24.11.25, https://www.lesoir.be/712...
[10] GIEC (2023) Rapport de synthèse 6 sur les changements climatiques, https://www.ipcc.ch/repor...
[11] N. Bormann (2024) COP 28 : Un bilan mondial en demi-teinte, CNCD-11.11.11.
[12] Global Citizen (2025) Voici pourquoi les chefs autochtones d’Amazonie refusent les énergies fossiles. Consulté le 24 nov. 25, https://www.globalcitizen...
[13] ibid
[14] ibid
[15] Reuters (2025) What the COP30 climate summit in the Amazon delivered for forests and Indigenous people, Consulté le 25 novembre 2025
[16] Local Communities and Indigenous Peoples Platform, https://lcipp.unfccc.int/
[17] Declaration of the Peoples’ summit toward COP 30, https://phmovement.org/de...
[18] N. Bormann (2024) COP 29 :De l’espoir au coup de massue, CNCD-11.11.11
[19] N. Bormann (2024) COP 29 : À la croisée des chemins, CNCD-11.11.11
[20] 35 milliards en 2022 selon Oxfam - Oxfam Shadow Report (2025), https://policy-practice.o...
[21] Programme des Nations-Unies sur l’environnement (2025) Adaptation Gap Report, https://www.unep.org/reso...



