La PAC, de moins en moins politique, de moins en moins commune…

La Politique agricole commune de l’UE : stop ou encore ? Trions les critiques portées à son encontre car elles ne se valent pas toutes.

La Politique agricole commune Politique agricole commune La Politique agricole commune (PAC) vise à assurer une politique agricole commune aux pays de l’Union européenne. Elle a d’abord consisté à garantir la sécurité alimentaire et les revenus des agriculteurs en Europe, puis a été réformée à plusieurs reprises à partir des années 1990 pour respecter les accords de l’OMC. (PAC) est une des premières et principales politiques de l’Union européenne. Elle fait souvent l’objet de nombreuses critiques, pour de bonnes et mauvaises raisons.

Au rayon des mauvaises, on trouve celles portées par ceux qui n’aiment pas l’idée d’un projet européen et encore moins de lui donner un budget collectif. Pour affirmer que la PAC coûte trop cher, deux stratagèmes sont habituellement utilisés. Primo, ne pas rappeler que le budget européen est ridicule (1% de notre richesse) ; et 35% de ce budget rikiki destiné à l’agriculture, ce
n’est pas trop pour celle qui nous nourrit. Secundo, ne pas rappeler que l’essentiel des aides européennes servent à compenser, partiellement, des prix agricoles inférieurs aux coûts de production. En fait, les défenseurs d’une diminution du budget sont les mêmes qui l’ont fait exploser par leurs politiques de libéralisation. Un jour, on emploie les aides pour faire avaler aux agriculteurs la pilule amère des chutes de prix et, le jour suivant, on affirme que tout cela coûte trop cher. Quand on veut noyer son chien, on affirme qu’il a la rage.

Au rayon des critiques légitimes, on retrouve l’abandon d’un vrai projet agricole européen et la priorité donnée au marché européen, la mauvaise répartition des aides et le fait que la PAC soutient trop souvent l’agriculture industrielle, celle qui détruit diversité, emploi et environnement.

60 ans de réformes

La longue évolution de la PAC rend les critiques difficiles. De quelle période parle-t-on ? Instituée en 1951, son objectif est alors de sortir de la dépendance. Comment ? En augmentant la productivité. Le secteur est alors poussé sur la voie de la « modernisation » (mécanisation, chimie, etc.). Les germes de l’industrialisation sont déjà là. Mais il y a aussi des prix agricoles garantis et une protection douanière aux frontières de l’Europe. Dès les années 1970, l’objectif d’auto-approvisionnement est atteint. Dans les années 1980, l’Europe doit faire face à des excédents quasi permanents. La PAC est alors réformée pour mieux gérer l’offre. On instaure des quotas de production, on promeut la mise en jachère. Ces politiques fonctionnent et pouvaient encore être améliorées. Mais, à partir de 1992, la PAC abandonne la régulation pour le « tout-au-marché ».
L’idée qu’il faut libéraliser et miser sur la compétitiondomine. Les effets sur les agricultures du Sud vont alors s’empirer et, au Nord, seuls les plus « compétitifs » résistent. Nos campagnes se vident et les problèmes sanitaires et environnementaux explosent.

Agriculture contre services

Le réel enjeu des dernières réformes est d’utiliser l’agriculture comme monnaie d’échange dans les négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le calcul est purement économique. Pour arracher un accord de libéralisation sur le commerce des services, l’Europe prétend répondre aux demandes des principaux pays exportateurs (Brésil, Australie, etc.) en diminuant sa protection et donc ses prix agricoles. Les dernières réformes de 2008, comme celle du secteur laitier, vont dans le même sens. Face aux effets négatifs, il semble aujourd’hui que le dogme du « tout-au-marché » a perdu de son lustre. En 2009, 22 pays ont demandé à la Commission européenne de conserver un « cadre régulatoire » [1] et de ne pas tout baser sur les marchés.

Une vision commune

C’est dans ce contexte que la Plate-forme souveraineté alimentaire Souveraineté alimentaire (PFSA) affirme que la priorité n’est pas de courir derrière la conquête de nouveaux marchés, toutes les régions du monde souhaitant produire l’essentiel de leur nourriture. Il faut au contraire orienter la PAC vers une agriculture familiale et paysanne qui assume son droit de se protéger et promouvoir des systèmes de production plus autonomes, relocalisés, diversifiés, régulés, liés au sol et qui limitent la dépendance au pétrole.

Il ne s’agit pas de demander aux agriculteurs de s’occuper d’environnement en les maintenant dans la précarité, mais de les soutenir dans une transition vers la souveraineté alimentaire. Cela prendra du temps et de l’argent, mais on ne change pas le cap d’un bateau en jetant ses matelots à la mer même s’ils ont ramé dans la mauvaise direction, en suivant le courant.

[1Appel de Paris pour une politique agricole et alimentaire commune, décembre 2009.

Source : dlm // demain le monde #2, juillet-août 2010 // www.cncd.be/dlm