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La RDC à l’heure du « glissement »

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
19 décembre 2016

Le 19 décembre 2016 marque la fin du second mandat officiel du président Joseph Kabila, tel que défini par la Constitution congolaise. Après avoir tenté en vain de modifier cette Constitution en janvier 2015, le gouvernement congolais a tablé sur une stratégie plus sournoise : ne pas organiser les élections dans les délais prévus et prôner une période de « glissement », c’est-à-dire un prolongement de la présidence Kabila jusqu’à l’organisation des élections, annoncées en avril 2018 par la CENI. Dans le même temps, la répression du gouvernement envers la société civile et l’opposition politique a été grandissante.

Il n’est dès lors pas étonnant que le « dialogue national » organisé sous l’égide de l’Union africaine n’a pas donné les résultats escomptés : l’« accord politique » du 18 octobre dernier entre le président Kabila et une minorité de l’opposition propose un maintien au pouvoir de Kabila jusqu’aux élections d’avril 2018. Un accord inacceptable pour le reste de l’opposition et la société civile.

C’est pourquoi la CENCO (la Conférence épiscopale nationale du Congo) a pris l’initiative d’organiser un véritable « dialogue national inclusif » avec l’ensemble des représentants de l’opposition, afin d’aboutir à un compromis pour que la transition vers les prochaines élections ne débouche pas sur un retour de la violence et des conflits. Durant ce dialogue, deux pommes de discorde ont dominé les débats : d’une part, le fait que la transition soit dirigée ou non par le président Kabila ; d’autre part, que les prisonniers politiques et les exilés soient amnistiés ou non.

Concernant le premier enjeu, les positions sont claires et contrastées : d’une part, le pouvoir en place n’entend pas laisser diriger la transition par quelqu’un d’autre que le président Kabila, qui n’a par ailleurs toujours pas annoncé clairement qu’il ne serait pas candidat aux prochaines élections ; d’autre part, l’opposition politique et la société civile ne veulent pas entendre parler d’une telle option – les premiers proposant un « régime spécial » sans le président Kabila menant à des élections dans les 10 mois, tandis que les seconds proposent d’appliquer les articles 75 et 76 de la Constitution, c’est-à-dire une transition de 120 jours dirigée par le président du Sénat.

En ce qui concerne l’enjeu des prisonniers politiques et des exilés, le pouvoir en place n’a pas voulu répondre favorablement aux demandes de la société civile et de l’opposition, non seulement en ce qui concerne la libération des prisonniers politiques, mais aussi en ce qui concerne Moïse Katumbi, condamné dans des conditions plus que douteuses pour spoliation immobilière, alors qu’il venait de se déclarer candidat à la présidentielle.

L’absence de compromis a rendu impossible la conclusion du dialogue à l’échéance prévue du 15 décembre. Les négociations ont été suspendues du 17 au 21 décembre, tandis que le gouvernement redoublait de répression, interdisait les manifestations, suspendait le championnat de football et bloquait Internet et les réseaux sociaux. Alors que son deuxième mandat touche à sa fin, le président Kabila laisse penser qu’il est prêt à tout pour s’accrocher le plus longtemps possible au pouvoir. Avec le risque de replonger le pays dans les dérives autoritaires et les conflits du passé.

Pour sortir de l’impasse, le réseau AETA (Agir pour des élections transparentes et apaisées), qui rassemble des centaines d’ONG et organisations congolaises de la société civile, propose une transition dirigée par une personnalité neutre, dans le but d’organiser au plus vite les élections. Pour les mouvements citoyens comme Lucha ou Filimbi, le président Kabila n’est plus légitime à partir du 20 décembre et doit donc quitter son poste comme le prévoit la Constitution. Mais tout indique que le clan Kabila n’a aucunement l’intention de céder.

Après trente-deux ans de dictature, cinq ans de guerre et trois ans de transition, la République démocratique du Congo avait connu en 2006 ses premières élections démocratiques depuis son indépendance. En respectant la Constitution, le président Kabila pourrait entrer dans l’histoire de son pays comme le premier chef d’Etat à avoir permis l’alternance démocratique. Il lui suffirait, pour ce faire, de prononcer une phrase simple : « Je ne serai pas candidat aux prochaines élections ». A défaut, l’histoire retiendra sans doute de Joseph Kabila qu’il aura précipité le retour de la dictature et de la violence en République démocratique du Congo.

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