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Action à Bruxelles

La banque ING continue de financer des plantations d’huile de palme controversées

23 octobre 2018

Alors qu’ING lance une campagne sur l’investissement durable (« c’est bien pour votre avenir et le mien »), un groupe d’ONG dénonce publiquement aujourd’hui ses financements à des entreprises d’huile de palme, telles que SOCFIN, qui vont à l’encontre des engagements sociaux et environnementaux de la banque !

« Il faut arrêter de nous mener en bateau !  » déclare Florence Kroff au nom du collectif d’ONG. « Sur papier la banque s’engage à respecter toute une série de critères sociaux et environnementaux, notamment dans des secteurs sensibles tels que l’huile de palme. Mais dans la réalité, nous avons pu constater que ces engagements ne sont pas respectés et passent loin derrière les soucis de rentabilité ».

Depuis deux ans, les ONG ont engagé un dialogue avec ING à propos des services financiers octroyés à l’entreprise SOCFIN, une entreprise agroindustrielle belgo-luxembourgeoise, spécialisée dans les plantations de palmiers à huile et d’hévéas (caoutchouc). Les impacts des activités de SOCFIN sur les droits des communautés et les risques environnementaux ont été largement documentés dans de nombreux rapports d’ONG et d’experts (voir notamment farmlandgrab.org, grain.org, fian.be, projet-react.org).

Une représentante de l’organisation MALOA qui défend les droits des communautés affectées par SOCFIN en Sierra Leone témoigne : « SOCFIN est arrivé en 2011 et a accaparé 18.000 ha de nos terres. Nos chefs n’ont pas eu le choix. A présent nos villages sont entourés de palmiers. Nous n’avons plus de terres pour cultiver notre nourriture. Nous n’avons plus d’argent pour envoyer nos enfants à l’école. Nos leaders sont criminalisés et beaucoup de jeunes sont en prison car ils sont accusés à tort de voler des noix de palme ». Des situations similaires se reproduisent dans les autres plantations de SOCFIN au Cameroun, en Côte d’Ivoire, ou au Liberia.

ING prétend appliquer des standards internationaux reconnus et se réfère par exemple aux standards de la Banque Mondiale. Or la Banque Mondiale elle-même a refusé d’octroyer un prêt de €150 millions en 2016 à SOCFIN, constatant notamment des écarts importants entre les pratiques de l’entreprise et les principes de bonnes pratiques internationales. Cette décision de la Banque Mondiale suivait également les recommandations du Point de Contact National belge de l’OCDE pour les entreprises multinationales. Ces recommandations invitaient les autorités et les partenaires de SOCFIN à « exercer une diligence raisonnable approfondie » suite à des manquements constatés dans les opérations de SOCFIN au Cameroun et au manque de coopération de l’entreprise.

Quelques mois plus tard, ING annonçait toutefois avoir assisté SOCFIN dans l’émission d’un emprunt obligataire de €80 millions. Ce soutien financier vient s’ajouter aux nombreux autres crédits octroyés par ING aux groupes SOCFIN et Bolloré (deuxième principal actionnaire de SOCFIN), tel que le révèle le récent rapport de Milieudefensie sur les investissements des banques néerlandaises dans l’huile de palme controversée.

Dans sa réponse aux interpellations des ONG, les représentants d’ING ont affirmé que les critères sociaux et environnementaux avaient été appliqués à SOCFIN et que l’entreprise avait répondu à toutes leurs questions « de manière pleinement satisfaisante ». ING serait même en train de considérer l’octroi d’un nouveau prêt de €15 millions à SOCFIN.

Cette position d’ING est d’autant plus étonnante que le Président de SOCFIN et quatre cadres du groupe viennent d’être condamnés pour corruption active d’une haute fonctionnaire guinéenne par le Tribunal correctionnel de Bruxelles (29 juin 2018).

Pour les ONG trop c’est trop. « ING refuse de répondre à nos questions concernant la responsabilité sociale et environnementale de SOCFIN en prétextant systématiquement le secret bancaire », déclare Sébastien Mortier. Mais si SOCFIN passe l’examen des critères sociaux et environnementaux d’ING comme une lettre à la poste, quelle entreprise serait recalée ?? En tout cas pas l’entreprise Wilmar, le géant de l’huile de palme, et autre client d’ING, dont les mauvaises pratiques sont fréquemment dénoncées par les ONG, comme dans cette enquête sur les violations de droits humains par Amnesty international et tout récemment encore dans un rapport de Greenpeace.

Pour les ONG, il est temps de fixer une ligne claire et d’exclure les investissements dans l’huile de palme controversée. ING doit cesser tout nouveau financements au groupe SOCFIN, responsable d’accaparement de terres et d’abus de droits humains.

Les clients, employés et citoyens concernés peuvent s’informer et envoyer une plainte à ING via www.greenwash-ing.be

FIAN Belgium

#Greenwashing : flashmob devant la banque ING

https://youtu.be/79nQOelvD8Y

Signataires :
AEFJN
CNCD-11.11.11
Entraide & Fraternité
FairFin
FIAN Belgium
Financité
Friends of the Earth Europe
MAP
Milieudefensie
Oakland Institute
Oxfam Solidarity
ReAct
SOS Faim

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