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Conférence sur l’efficacité de l’aide à Busan

La fin de l’aide, ou la nouvelle donne des relations internationales

Oumou Zé Oumou Zé
1er décembre 2011

Depuis Busan en Corée du Sud, Oumou Ze, chargée de recherche au CNCD-11.11.11, dresse un bilan de cette nouvelle conférence sur l’efficacité de l’aide.

Ministres, membres de gouvernements, parlementaires, organisations multilatérales, organisations de la société civile, fondations privées, entreprises, ce sont environ 2 000 participants qui se sont retrouvés au 4e Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide à Busan en Corée du Sud. Venue pour faire de cette rencontre un dialogue déterminant de l’orientation de la coopération au développement, à seulement 4 ans de l’échéance mondiale des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), la communauté internationale des acteurs de coopération appelait à faire de ce rendez-vous un moment historique, où de nouveaux acteurs viendraient rejoindre la table, afin de prendre des engagements politiques forts et faire enfin de l’aide un instrument efficace pour le développement.

Imbrication d’intérêts politiques et commerciaux

Alors que les pays traditionnellement donateurs de l’aide font face à des crises internes sans précédents, au Sud de nouvelles formes de coopération se dessinent, et redéfinissent les relations Sud-Sud, Nord-Sud, Sud-Nord. L’aide n’est plus l’enjeu prépondérant des relations dans le nouveau dialogue pour l’efficacité du développement qui se dessine. Apportant des montants de plus en plus conséquents, sous forme d’aide publique au développement (APD), mais aussi d’investissements, les pays émergents ou le secteur privé sont désormais des interlocuteurs prisés. Ce qui s’est confirmé à Busan est bien cette imbrication croissante d’intérêts politiques, commerciaux, d’autant plus en période de crise financière et économique. Et les fortes réticences des pays donateurs à délier leur APD illustre ces enjeux : en temps de crise, l’aide doit être aussi le moyen pour eux d’offrir des opportunités à leurs entreprises.

Busan, et le 4e Forum de haut niveau sur l’efficacité de la coopération au développement, c’est l’aboutissement d’un processus qui devait déboucher sur un agenda hautement politique. En effet, l’enquête de suivi de la déclaration de Paris [1] a bien identifié l’écart entre les engagements ambitieux pour une aide au développement plus efficace et des résultats insuffisants dans la rencontre des indicateurs fixés. Et le principal enjeu est sans conteste le meilleur alignement des pays donateurs sur les politiques de développement des pays partenaires.

Ce Sud émergeant

Cependant, l’aide au développement, devenue un véritable système, doit compter avec un changement de contexte important. Une succession et un approfondissement de crises, notamment financière, qui rendent la pression sur les dépenses publiques d’aide encore plus fortes. L’apparition, ou plutôt la présence de plus en plus active d’autres acteurs devenus incontournables de par leurs actions et leur occupation de la scène de la coopération au développement, créent un précédent. Que ce soient les pays émergents, Chine, Brésil, ou Inde par exemple, mais également les entreprises et les acteurs dits du « secteur privé », Busan devait être l’occasion d’élargir la tente à tous. « Forger un nouveau partenariat global pour l’efficacité de la coopération au développement » : tel a été l’ambition du forum accueilli par la Corée du Sud.

Pour arriver à cela, et avoir dans le consensus politique recherché des principes communs, avec des engagements assortis d’indicateurs à évaluer, les discussions furent riches, souvent tendues, quelques fois difficiles et en mal de créer le consensus.

Le spectre est en effet large, autant le Brésil se dit « content de pouvoir endosser un document politique commun pour avancer sur des enjeux communs  », autant la Chine n’a eu de cesse de rappeler ses différences d’approche de la coopération au développement, avec «  plus de respect mutuel  », « un coût moindre de sa coopération technique entre autres  ». Une coopération Sud-Sud qui veut se profiler, faire la différence en marquant ses originalités, d’autant qu’elle est portée par des « modèles de développement » sans précédent. La Corée n’aura ainsi eu de cesse de rappeler combien en une génération elle aura réalisé le miracle de croissance économique, se plaçant aujourd’hui au 13e rang des puissances économiques mondiales. Ces pays émergents, autrefois proches des pays les plus pauvres, constituent une nouvelle figure d’un « Sud » qui remonte dans la danse et fait basculer le dialogue Nord-Sud vers une nouvelle configuration. La Corée du Sud, la Chine, le Mexique, la Turquie, l’Inde, le Brésil font ainsi figure de champions d’un modèle de développement économique, auquel ils invitent les pays les moins avancés.

Quel rôle pour le secteur privé ?

Le secteur privé quant à lui, appelé de toutes parts à devenir le nouveau partenaire clé pour une « croissance inclusive », est resté absent de la table, bien que présent sur toutes les lèvres. Le document politique, consécration et résultats des quatre années de dialogue qui ont suivi le précédent forum à Accra au Ghana, reste donc très vague sur les manières concrètes de faire du secteur privé lucratif un partenaire de coopération officielle au développement. Il n’est d’ailleurs pas précisé exactement de quel secteur privé il doit être question prioritairement. Et à ce sujet, la société civile n’a eu de cesse de rappeler que le secteur privé local, dans les pays en développement, premier capable de créer des emplois décents et durables, devait être au centre des priorités.

La société civile, un rôle de première ligne

La société civile, quant à elle, doit également retrouver sa place dans cette nouvelle donne, où les regards et les ambitions se redirigent vers « les nouveaux acteurs ». En 2008, à Accra, la société civile avait obtenu sa reconnaissance, et celle de son rôle, aux côtés des parlements notamment, dans l’appropriation démocratique des politiques de développement dans les pays partenaires. La déclaration politique de Busan a confirmé l’importance de créer un « environnement favorable » à la société civile, reconnaissant son rôle de première ligne, « dans la possibilité pour les personnes de faire valoir leurs droits, dans la promotion d’une approche fondée sur les droits ».

Nouveaux élans et anciennes craintes

La coopération au développement internationale est bien dans un tournant, et la nouvelle configuration qui prend forme attise les nouveaux élans et les anciennes craintes. De nouveaux acteurs viennent y changer la donne. Les donateurs traditionnels n’arrivent pas à tenir leurs promesses et semblent chercher une nouvelle configuration, dans laquelle on ne parlerait plus de l’aide et de son efficacité, mais de l’efficacité du développement. Tout l’enjeu est alors de savoir comment l’on coordonne l’aide avec les autres domaines politiques. Encore une fois, la société civile apporte sa contribution à ces réflexions, en rappelant qu’il n’y aura pas plus d’efficacité de l’aide que du développement, s’il n’y a pas une réelle cohérence des politiques. Serait-ce alors l’occasion d’élargir non pas uniquement la tente des discussions à de nouveaux acteurs, mais surtout d’aborder l’ensemble des politiques internationales ayant un impact sur l’efficacité du développement ? Cela permettrait de placer les politiques d’aide publique au cœur des enjeux de régulation, afin de s’orienter véritablement vers une gouvernance mondiale qui place la recherche de l’équité et la gestion durable des biens communs au centre de ses ambitions.

L’aide, si elle n’est pas remise en cause pour ses objectifs premiers de lutte contre la pauvreté, se trouve toutefois face à de nouvelles exigences, devant faire encore plus la preuve des résultats qu’elle permet d’atteindre. Qualifiée de « catalyseur » pour le développement, notamment pour engager d’autres fonds d’investissement privés, l’aide publique au développement n’est plus le centre privilégié de ce nouveau partenariat mondial pour le développement proposé à Busan.

[1En 2005, tous les donneurs de l’OCDE ont signé la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, qui comprend une série d’indicateurs et de cibles pour améliorer l’efficacité de l’aide.

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  • Carine Thibaut

    19 novembre 2018
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