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La nouvelle agence FRONTEX, pour barrer la route aux migrants

7 juillet 2016

Le Parlement européen a validé ce 6 juillet la création d’un nouveau corps européen de garde-frontières destiné à prendre la relève de l’agence Frontex. A la vue du mandat assigné à ce nouveau corps, l’Union européenne va un cran plus loin dans sa volonté de repousser les migrants et les réfugiés. Et cela, au détriment de leurs droits fondamentaux, comme le dénonce le CNCD-11.11.11 et les autres associations engagés dans la campagne internationale « Frontexit ».

Cette nouvelle agence de garde-côtes et de gardes-frontières européens s’appuiera sur un arsenal renforcé pour relever ses divers missions : permettre un déploiement plus rapide aux frontières extérieures ; assumer un rôle accru dans l’expulsion de migrants sans droit au séjour en Europe, en organisant notamment des opérations de retours conjoints et en aidant à l’obtention des documents administratifs nécessaires [1] ; collecter et transmettre des données personnelles à Europol dans le cadre de la lutte contre le crime transfrontalier, le crime organisé et la lutte anti-terroriste ; intercepter des migrants et des réfugiés en haute mer et les débarquer dans le port dit « sûr » le plus proche ; se déployer hors de l’Europe et échanger des informations avec un nombre croissant de pays, dont certains bafouent les droits humains, tout cela sans contrôle démocratique parlementaire.

Pourtant, un an après l’annonce d’un renforcement de Frontex (via l’augmentation de son budget), le résultat de la sécurisation des frontières européennes est consternant : le nombre de migrants morts en mer [2] ne diminue pas. Par contre, les violations de leurs droits et les violences à leur encontre se multiplient tant aux frontières que dans les centres de tri appelés « hotspots ». Ce nouveau corps ne va rien améliorer. Au contraire, son mandat porte davantage atteinte aux droits des candidats à l’asile et des personnes migrantes en général. Les risques ? La violation du droit à la protection des données personnelles, pourtant consacré par l’UE, la violation du droit international et européen, et en particulier du principe de non-refoulement, par les débarquements de migrants refoulés au Maroc, en Tunisie, en Algérie, dans les pays des Balkans ou en Turquie… Enfin, la multiplication de projets d’accords de coopération repousse de nombreux migrants dans des pays comme la Libye ou l’Egypte [3] et d’autres pays décrétés « sûrs » par l’UE, où de graves violations des droits sont fréquentes.

Action de la campagne Frontexit à Strasbourg  (Crédit : © Frontexit )

Avec ce nouveau mandat, l’UE continue visiblement de considérer exclusivement les candidats à l’asile et les migrants en général comme une menace.

Plutôt que d’ouvrir des voies de passage légales et sûres, l’Union favorise la migration irrégulière. Le CNCD-11.11.11 et les organisations membres de la campagne Frontexit, originaires d’Europe, du Maghreb, du Mashreq, et d’Afrique de l’ouest, continuent à s’opposer à cette dérive sécuritaire. Les migrants ne sont pas des menaces à la sécurité. Le véritable enjeu pour l’Union consiste à établir sur le court terme une dynamique européenne de recherche et de sauvetage plutôt que de renforcer un appareil quasi-militaire qui met en danger les migrants et les réfugiés. Sur le long terme, elle ne fera pas l’économie d’une mise en cohérence de son action extérieure, en cessant d’alimenter et en contribuant à faire cesser les conflits enlisés au Moyen-Orient ou en Afrique ; et prenant ses responsabilités pour contribuer à la lutte contre les inégalités internationales et à l’amélioration durable des conditions de vie.

[1À cet effet, un « laisser-passer » européen, document de voyage destiné à faciliter le retour de ressortissants de pays « tiers » en séjour irrégulier, est en cours de création, et ce malgré l’opposition exprimée par les pays africains, lors du sommet de la Valette de novembre 2015.

[2Stats OIM

[3Frontex a signé 19 accords de coopération extérieure à ce jour. Pour en savoir plus sur la nature de son déploiement hors Europe, voir la carte : « Les 10 cadeaux empoisonnés de Frontex ».

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